Macro-économie / Taux / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Macro-économie
Guerre commerciale américaine: quel impact pour la zone euro ?
L'Union européenne a durci le ton à l'égard du Président américain, qui entend remonter les tarifs douaniers appliqués à l'acier et l'aluminium. La commissaire en charge du Commerce, Cecilia Malmström, a ainsi tenu à démontrer que l'UE ne se laisserait pas faire, au cas où l'administration américaine passait à l'acte. Lors d'une conférence de presse ce matin quasiment entièrement dédiée au sujet, la commissaire a ainsi présenté le plan de défense en trois volets de l'UE, à savoir le dépôt d'une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce, la préservation de ses propres importations d'acier en provenance des USA (lorsque l'UE exporte certains produits en pièces détachées et les réimporte), et enfin et surtout une hausse des tarifs douaniers de certains produits américains. Parmi eux, les célèbres motos Harley Davidson ou encore le Bourbon, cités par le président de la Commission Jean-Claude Juncker comme potentiels cibles d'une hausse des taxes appliquées par l'Europe.
La commissaire a par ailleurs rejeté l'argument de la sécurité nationale, présenté par Donald Trump pour justifier son intention de remonter les taxes. « Je ne vois pas comment les amis et alliés dans l'Otan que sont les membres de l'Union européenne pourraient représenter une menace », a ainsi affirmé Cecilia Malmström. Selon elle, si les mesures américaines étaient mises en oeuvre, «elles auraient essentiellement un impact sur les alliés traditionnels » de Washington. Le Président américain, qui a annoncé vendredi dernier sa volonté de taxer l'acier et l'aluminium européen à 25% et 10%, est de son côté monté d'un cran dans ses menaces hier, justifiant la prise de parole officielle aujourd'hui de la part de l'UE. Donald Trump a ainsi affirmé que si les européens répliquaient, les Etats-Unis mettraient en place "une grosse taxe de 25% sur leurs voitures", qui découragerait rapidement l'UE de poursuivre leur politique de représailles. C'est donc bien l'engrenage d'une guerre économique qui est en train de se dessiner, et qui risque d'affecter l'économie de la zone euro.
Car du simple point de vue des exportations d'acier et d'aluminium vers les Etats-Unis, une hausse des tarifs appliqués par les USA n'aurait pas un impact énorme sur l'économie de la zone euro, estiment les équipes de Capital Economics. Les exportations de métaux bruts vers les Etats-Unis représentent ainsi moins de 0,1% du PIB de la zone euro. Et les importations de ces métaux vers la zone euro ne représentant que 0,1% du volume global des produits acheminés vers l'UE. "Même si l'UE augmentait les tarifs douaniers sur ses propres importations de métaux, l'impact sur l'inflation de la zone euro serait négligeable", explique ainsi Jack Allen, économiste au sein du cabinet de recherche.De même, une hausse des taxes sur les exportations de véhicules européens serait finalement bénigne pour l'économie globale de la zone euro et pour l'Allemagne, où l'industrie est particulièrement développée. Ainsi, selon les chiffres de l'OCDE, les exportations de "véhicules à moteur, remorques et semi remorques", ne représentaient en 2011 que 0,5% de la valeur ajoutée allemande, et cette proportion est encore plus faible dans les autres pays de la zone euro. Ici, elles n'atteignaient même que 0,15% du PIB. Les exportations de véhicules européens à destination de la Grande-Bretagne sont en revanche bien plus importantes, soulignant l'enjeu d'un "bon deal sur le Brexit" pour la zone euro. Le ministre de l'Economie française a, à ce sujet, affirmé hier après-midi lors d'une visite à Londres que le gouvernement de Theresa May était tout à fait opposé à la tentative de repli commercial entamé par les Etats-Unis, confortant les Européens sur cet aspect des négociations sur le Brexit.
Le principal danger pour la zone euro serait donc que la décision de Trump ne marque le début d'un fort regain de protectionnisme et d'une hausse généralisée des tarifs douaniers. En 2011, les exportations européennes vers les Etats-Unis ont représenté autour de 3% du PIB de la zone euro et elles ont depuis sensiblement progressé. Plus grave encore, les Etats-Unis sont la deuxième source d'importations la plus importante, après la Chine, pour la zone euro. "Une hausse du protectionnisme entraînerait un ralentissement généralisé de l'économie mondiale", conclut Jack Allen, de Capital Economics.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

