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Chute de l'or noir : manipulation de cours ou baisse de la demande ?
Les ajustements de portefeuille des fonds macros, invoqués à la fin de l’été pour expliquer la violente chute des prix du pétrole ne suffisent plus à justifier l’effondrement du baril qui s’est poursuivi depuis. Début septembre, le baril de Brent avait atteint les 100 dollars soit une chute de 15% depuis la mi-juin : un mouvement justifié, selon les analystes, par une vente massive sur les futures de fonds matières premières et macros rassurés par l’intervention des américains contre l’Etat islamique. Mais depuis, le pétrole a encore perdu plus de 15% et s’échangeait aujourd’hui à 86 dollars.
Il convient donc de trouver d’autres facteurs plus profonds que de simples débouclages de positions pour justifier cet effondrement du marché de l’or noir. « C’est surtout l’inadéquation entre l’offre et la demande qui explique le fort repli des prix du baril » justifie ainsi Christopher Dembik, analyste chez Saxo Bank. Selon lui, les prévisions de production réalisées en début d’année, reposaient en réalité sur des estimations de croissance erronées. « Il n’y a pas eu de rencontre entre la production pétrolière et la demande internationale, d’où la situation prolongée de surplus d’offre du marché » explique l’analyste. Et en effet, le ralentissement de la Chine qui a dévoilé une croissance de 7,3% sur un an soit son plus bas niveau depuis début 2009, ou celui de l’Europe dont le PIB a été révisé à la baisse par le FMI, ont certainement contribué à faire chuter la demande d’or noir et donc celle des prix du pétrole. Sachant, dans le même temps, que les Etats-Unis s’acheminent progressivement vers leur indépendance énergétique. La production de pétrole du pays a cru de 67% depuis 2008 et se rapproche du pic atteint dans les années 1960. Le pays sera le premier producteur mondial en 2020.
Mais la chute de 30% depuis la mi-juin pourrait trouver un autre élément explicatif, bien différent de la baisse de la demande mondiale ou de l’exploitation du gaz de schiste au Etats-Unis. Depuis plusieurs semaines en effet, plusieurs pays exportateurs accusent l'Arabie Saoudite de manipuler le cours du brut. Le Venezuela, l'Iran ou encore la Russie ont ainsi appelé à une réunion de l’OPEP d’urgence pour arrêter la chute des cours en réduisant la production. Proposition que le roi d’Arabie Saoudite a ouvertement rejetée, préférant voir le cours du baril dégringoler. L’Arabie Saoudite en effet, dont la production de pétrole représente tout de même un tiers du volume total exporté par les Etats de l’OPEP, dispose de suffisamment de réserves pour supporter une baisse des cours du pétrole pendant plusieurs mois. En revanche, des Etats comme l’Iran ou la Russie, considérés comme ses rivaux, seraient durement affectés par une baisse prolongée des prix du pétrole. Leurs budgets sont en effet basés sur un baril aux alentours de 100 dollars.
Du coup, plusieurs médias ont estimé que le refus du roi saoudien résultait en fait d’une position adoptée de façon concertée avec les Etats-Unis afin d’affaiblir les Etats gênants, et tout particulièrement l’Iran et la Russie. D’autant plus que les recettes d’exportations du pétrole représentent 60% des rentrées de l’Iran et 50% de celles de la Russie. Selon l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman, cité par l’Express, la baisse actuelle des prix du pétrole est en réalité une guerre stratégique par le biais de l’or noir. L'ancien ministre du pétrole iranien n’a pas déclaré autre chose en affirmant que la baise des cours n’était "pas liée aux fondamentaux du marché mais à une manipulation destinée à nuire aux économies des principaux pays producteurs de pétrole".
Un élément pourrait cependant renverser la tendance sur le marché du pétrole ou du moins stabiliser les prix : les études réalisées montrent que la production du gaz de schiste en Dakota du Sud et au Texas n’est plus rentable sous un niveau de prix moyen du baril de 80 dollars. « Nous sommes actuellement proches de cette zone de sensibilité » explique encore Christopher Dembik. Il n’est donc pas exclu que les Etats-Unis décident unilatéralement de réduire momentanément leur production de schiste. « Dans ce cas de figure, le baril de pétrole pourrait se stabiliser à moyen terme dans une zone comprise entre 90 et 100 dollars le baril » conclut l’analyste.
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