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Le yuan, nouvelle valeur refuge ?

La devise chinoise a progressé près de 8% contre le dollar depuis janvier, soit la plus forte hausse parmi les monnaies asiatiques. Et cette fois, les autorités du pays ne devraient pas intervenir pour contenir la hausse. 
Yuan chinois
Yuan chinois

La faiblesse du dollar ne fait pas les affaires des autorités chinoises : la devise asiatique a progressé de 7,8% contre le billet vert depuis le début de l'année, dont un peu plus de 6% depuis fin mai. Le dollar/ yuan atteignait ainsi aujourd'hui 6,45, soit un plus haut de 21 mois, proche du seuil de 6,5 considéré comme "critique" par les autorités du pays. Car une appréciation trop forte du renminbi risque de peser sur les exportations chinoises, ce qui a d'ailleurs commencé à se matérialiser dans les chiffres du commerce extérieur chinois pour le mois d'août. Les exportations du pays ont ainsi progressé de 5,5% seulement, après une hausse de 7,2% en juillet, soit la plus faible performance des ventes chinoises depuis six mois. Sachant que dans le même temps, les importations ont augmenté de 13,34% en glissement annuel. Plusieurs sources officielles citées par l'agence Bloomberg ont expliqué qu'une hausse trop rapide de la devise asiatique était "mauvaise pour les entreprises locales", l'une d'elles ayant même déclaré que la flambée du renminbi serait "désastreuse" pour l'économie.

Le problème est que la hausse de la devise chinoise devrait se poursuivre, à moins d'un resserrement de la politique monétaire américaine beaucoup plus rapide qu'anticipé par les marchés. "La hausse du yuan est principalement due à une baisse du billet vert, massivement délaissé par les investisseurs depuis le début de l'année, et qui a fléchi contre l'ensemble des monnaies mondiales", explique ainsi Sylvain Loganadin, analyste chez FXCM. Mais selon Iris Pang, analyste d'ING, la baisse du dollar a fini par entraîner un mouvement d'appréciation du yuan "auto-alimenté": de nombreux investisseurs en dollars, ont échangé la devise américaine contre du yuan depuis le début de l'année, et la tendance s'est accélérée depuis le mois de juin, soutenue par la baisse continue du dollar, renforçant la hausse du yuan. Autre facteur qui devrait soutenir la devise chinoise : l'interdiction par les autorités il y a quelques jours, des ICO (initial coin offering, ces levées de fonds en cryptomonnaies), qui étaient jusqu'à présent très nombreuses dans le pays, et qui devraient inciter les investisseurs à se rabattre vers le yuan. "Les autorités chinoises ont souhaité contrôler les flux de cryptomonnaies en imposant des mesures pour lutter contre les ICO et soutenir la devise du pays", explique ainsi Sylvain Loganadin, analyste chez FXCM. 

Les autorités chinoises vont-elles pour autant intervenir sur le marché des changes pour contenir cette hausse, elles qui ont historiquement pratiqué le contrôle de leur monnaie pour favoriser leurs exportations ? Etonnamment, celles-ci ne devraient pas le faire, estiment les analystes, notamment afin de préserver l'amélioration de leur image à l'international. La devise du pays a effectivement intégré le panier de devises du FMI servant de réserve à l'institution (DST) en novembre 2015, et tente depuis lors de faire bonne figure. Les monnaies membres du DST doivent être "librement utilisables", et les autorités monétaires des pays concernés laisser leurs devises s'échanger librement. Ce qui n'a toutefois pas empêché la PBOC d'intervenir en décembre 2016 ! "On a souvent critiqué la banque centrale chinoise parce qu'elle était trop interventionniste, mais il faut reconnaître que depuis le début de l'année, elle est restée en retrait", explique ainsi Sylvain Loganadin. Il faut dire que le président américain n'a cessé d'accuser la Chine de manipulation des cours de sa devise pendant sa campagne, et les autorités ont visiblement tenté de démontrer le contraire depuis le début de l'année. D'autant que le Trésor américain doit justement publier dans un mois un nouveau rapport sur les pratiques de change des partenaires commerciaux des Etats-Unis. Or il avait averti au printemps dernier, qu'il observerait plus particulièrement la façon dont la banque centrale chinoise gérait l'évolution de sa devise. 

Il reste que la convertibilité du yuan est étroitement contrôlée, puisque chaque jour, la banque centrale chinoise continue de fixer un taux-pivot autour duquel le renminbi est autorisé à fluctuer, dans une fourchette limitée à 2% de part et d'autre. Selon Iris Pang, d'ING, une fois que les flux de devises entrant seront largement et durablement supérieurs aux flux sortants, la PBOC devrait tenter de ralentir la vitesse d'appréciation du yuan. L'analyste estime ainsi que le dollar/yuan devrait terminer l'année autour de 6,6. Par ailleurs, le yuan pourrait fléchir si les tensions en Corée du Nord n'aboutissent à un véritable conflit. Dans ces conditions, si la Chine prend le parti de Kim Jung-Un, les Etats-Unis pourraient sanctionner le pays en cessant d'acheter de la devise chinoise, estime de son côté Sylvain Loganadin. Ce qui ferait baisser de fait le renminbi. Mais on est encore loin d'un tel scenario.

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