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Politique monétaire / Devises

Benoît Coeuré frappe à son tour sur le Bitcoin

Le gouverneur de la BCE a reconnu que l'émergence des cryptomonnaies nécessitait de réfléchir à l'évolution du rôle traditionnel des banques centrales. Mais a estimé que les devises "classiques" représentaient pour le moment un mode de paiement et une réserve plus sûre que les monnaies virtuelles.
Benoît Coeuré
Benoît Coeuré

Le rôle de création et mise en circulation de billets et pièces de monnaies par les banques centrales nationales de la zone euro va-t-il disparaître, au profit de monnaies virtuelles basées sur la technologie de la blockchain et émises par des privés ? Si l'effondrement du Bitcoin depuis le début de l'année a quelque peu remis en cause la valeur et le bien-fondé de ces nouvelles "devises", la multiplication de ce type de monnaies a contraint les banques centrales traditionnelles à se poser la question de leur positionnement sur le sujet.

Lors d'un forum organisé à Genève sur les cryptomonnaies, le gouverneur et membre du conseil de la BCE Benoît Coeuré s'est ainsi exprimé sur l'avenir des monnaies traditionnelles, et sur la possibilité pour les banques centrales d'émettre leur propre monnaie virtuelle. "Avec l'émergence des cryptomonnaies, l'idée commence à émerger que les banques centrales devraient émettre leurs propres devises digitales, qu'on pourrait appeler 'réserves universelles', et auxquelles tous les individus pourraient avoir accès, sous forme de billets, de pièces ou de réserve électronique de la banque centrale", a ainsi expliqué le gouverneur en guise d'introduction.

Le gouverneur a réfuté deux arguments souvent évoqués pour justifier une telle devise digitale universelle créée par les banques centrales : la disparition rapide du cash d'une part, et la possibilité pour les banques d'utiliser la technologie de la blockchain pour développer ces "réserves universelles". Selon Benoît Coeuré, si la Norvège et la Suède n'utilisent quasiment plus le cash, la demande de billets de banque continue à croître dans le monde et le cash est encore parmi les moyens de paiement les plus utilisés dans la zone euro. Il n'y a donc pas encore lieu de justifier de réserve numérique universelle émise au niveau des banques centrales. Le gouverneur a par ailleurs rappelé que la Blockchain n'était pas une technologie assez mature et sure, même si à terme, son utilisation permettra aux banques centrales de réduire les coûts administratifs et liés aux risques opérationnels. "Aujourd'hui les systèmes de paiement de détail sont peut-être plus lents que ceux basés sur la blockchain, mais avec l'introduction de paiements instantanés sept jours sur sept et 24H sur 24, ils restent supérieurs à ce que pourraient offrir des cryptomonnaies". Et d'ajouter que le Bitcoin reste quant à lui une mauvaise devise (car trop volatile et soumise à la spéculation) et un moyen de paiement inefficace.

Benoît Coeuré a en revanche souligné qu'une réserve universelle accessible directement aux acteurs économiques, sans passer par les banques, pourrait faciliter la transmission de la politique monétaire décidée par les banques centrales. Ainsi, alors que les banques de la zone euro payent des taux négatifs de -0,4% depuis deux ans sur leurs réserves excédentaires, presqu'aucune d'entre elles n'a répercuté ces taux négatifs sur ses clients, affaiblissant la politique monétaire de la BCE. En émettant directement une devise digitale à des taux d'intérêt qu'elle déciderait, la BCE pourrait ainsi avoir un impact plus efficace sur les prix et l'inflation, a expliqué le gouverneur. Ce qui accélérerait la transition vers une économie dont le financement serait moins dépendant des banques. Mais une telle option ne serait pas forcément bénéfique pour la stabilité du système financier, selon Benoît Coeuré. Qui a donc conclu que la seule évolution envisageable pour le moment pour les banques centrales serait d'élargir le spectre d'acteurs financiers qui pourraient avoir accès au passif du bilan de la banque, à condition que ceci renforce le mécanisme de transmission de la politique monétaire.

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