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Macro-économie / Taux / Macro-économie / Politique monétaire

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Méfions nous des banques centrales !

Alors que Mario Draghi a laissé entendre qu'il pourrait sortir du QE plus tôt que prévu en raison de la forte reprise, des analystes ont souligné combien par le passé les banques centrales s'étaient parfois trompées dans l'analyse de la conjoncture, les contraignant à faire demi-tour.
Mario Draghi - Jean-Claude Trichet
Mario Draghi - Jean-Claude Trichet

Mario Draghi a fait flamber l'euro contre le dollar la semaine dernière, après avoir déclaré lors du sommet des banques centrales de Sintra, que le risque de déflation en zone euro était désormais révolu et que les éléments d'une relance des prix étaient en place. Les marchés ont immédiatement interprété ces propos dans le sens d'une sortie de QE plus rapide que prévu, incitant le président de la BCE à clarifier ses dires dès le lendemain. S'il a alors assuré que les achats de titres se poursuivraient jusqu'à la fin de l'année au moins, les traders en devises n'ont pas tenu compte de la remarque, et la monnaie unique a continué de grimper. Elle a ainsi progressé de plus de 4% contre le billet vert entre le 22 et le 29 juin. De même, le rendement des obligations allemandes à dix ans s'est-il tendu de 21 points de base en quatre jours, et s'échangeait le 30 juin à 0,461%. Preuve également que les marchés continuent de penser que la BCE fera des annonces sur son resserrement monétaire lors de la réunion de septembre.

Ce bref épisode souligne à quel point les propos des banquiers centraux sont scrutés par les marchés et la façon dont les présidents de ces institutions utilisent la réaction des Bourses pour ajuster leur politique monétaire et leur forward guidance. Il reste que les propos très optimistes des banquiers centraux, comme c'est le cas ces dernières semaines, doivent toujours être analysés avec recul, au regard de l'histoire de la politique monétaire des quarante dernières années.

Ainsi, dans une note publiée aujourd'hui, les équipes de la société de gestion RMG Investment Management à Londres ont énuméré les cas de figure où les grands banquiers centraux n'ont pas pris la mesure des risques financiers futurs. A commencer par l'ancien président de la Fed Alan Greenspan qui, en janvier 1973, avait déclaré que les marchés avaient rarement connu un contexte aussi porteur, quatre jours avant que le S&P ne s'effondre de plus de 50% ! Son successeur, Ben Bernanke, a de son côté affirmé en juillet 2005 que le marché immobilier des Etats-Unis n'avait jamais connu de baisse, et qu'il ne s'attendait pas à un recul des prix, seulement à une stabilisation du marché. Peu de temps après, le marché a commencé à reculer, et ce n'est que cinq ans plus tard, après avoir baissé de 25% que les prix ont commencé à se stabiliser ! Autre exemple de la difficulté des banquiers à anticiper les crises, en mai 2007, Bernanke affirme : "les effets et les problèmes liés aux subprimes sur le marché immobilier devraient être limités, et nous ne nous attendons pas à une contagion au reste de l'économie ou au système financier". L'été 2007 et les années suivantes ont bien prouvé qu'il avait tort !

A la lumière de ces différents exemples, les équipes de RMG Investment Management recommandent donc aux investisseurs de prendre du recul par rapport aux propos très encourageants de l'ensemble des banquiers centraux depuis quelques mois. "Les banques centrales du G10 ont tenu des discours très 'hawkish' ou du moins indiquant qu'elles allaient sortir de leur politique accommodante. La Fed est en tête des banques, elle qui a déjà commencé à normaliser sa politique", explique ainsi Stewart Richardson, gérant chez RMG.

Mais c'est la mise en garde d'un des gouverneurs de la Fed, Stanley Fischer, la semaine dernière, qui inquiète le gérant. Sachant que les banques centrales sont généralement optimistes pour rassurer les marchés, au risque d'avoir un train de retard, comme l'ont démontré les différents exemples historiques, quand elles soulignent de potentiels risques, c'est qu'elles ont de réelles inquiétudes pour l'avenir des marchés, estime le gérant. Et si la remarque de Stanley Fischer a été peu commentée, elle mérite pourtant de s'y arrêter : le banquier a ainsi déclaré que les actifs financiers étaient très chers et que cela pourrait entraîner des troubles. "En d'autres termes, le gouverneur a avoué qu'il craignait que la politique accommodante menée par son institution n'ait entraîné une bulle sur les marchés actions", explique le gérant, qui recommande donc la prudence aux investisseurs, au moment même où la Fed va justement resserrer ses taux. "Les crises financières ont toujours commencé par une baisse du prix des actifs et la Fed vient discrètement de reconnaître que les marchés étaient peut-être surévalués mais qu'elle comptait quand même relever ses taux", relève le gérant. Il conclut qu'il est donc sans doute imprudent de continuer d'investir dans des actifs risqués, malgré l'optimisme de façade des banques centrales...

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