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Euro trop fort : le dilemme de Mario Draghi
Les gouverneurs de la BCE se retrouvent le jeudi 7 septembre prochain pour une réunion de politique monétaire, qui sera scrutée de près par les marchés et les traders en devises. Car le président a affirmé en juillet dernier qu'il ferait des annonces "à l'automne" sur la stratégie à venir de son institution. Les investisseurs sont donc nombreux à parier sur des déclarations détaillant le calendrier du tapering (diminution progressive des achats de titres mensuels par la BCE). D'autant que les données macroéconomiques européennes sont toujours aussi bonnes, le FMI ayant déclaré que la croissance devrait atteindre cette année 1,9% sur le Vieux Continent, dans un contexte où les investissements et les exportations sont en pleine forme.
Le seul problème est que l'euro ne cesse de grimper contre les autres devises internationales, et que le resserrement monétaire va accélérer la hausse de la monnaie unique. Or, un euro trop fort est nuisible pour les exportations du Vieux Continent, et plusieurs gouverneurs ont d'ailleurs fait part de leurs inquiétude sur le sujet lors de la dernière réunion. L'euro dollar a ainsi progressé de près de 13% depuis le début de l'année, et de 5% depuis juin : il s'échangeait aujourd'hui à 1,20 contre 1,05 fin décembre. Une tendance qui résulte à la fois de la progression de l'euro et des bonnes performances du Vieux Continent, mais aussi de la faiblesse du dollar, alors que les marchés sont de plus en plus sceptiques quant à la capacité de Donald Trump de mener à bien ses réformes.
De même, la livre/euro est-elle quasiment à la parité, et s'échangeait ce matin à 1,07, contre 1,18 début mai, soit une baisse de la devise britannique de quasiment 9% contre l'euro. Sachant que la baisse de la monnaie anglaise risque de se poursuivre, car les données macro du pays commencent à donner des signes d'essoufflement et que les négociations sur le Brexit sont très mal enclenchées. Jean-Claude Juncker a annoncé hier soir, à l'issue des premières heures de la rencontre avec les Britanniques sur le Brexit, que les documents fournis par le pays n'étaient pas satisfaisants et que de nombreux sujets cruciaux avaient encore besoin d'être réglés. Des propos qui ne laissent pas présager d'avancée rapide dans les négociations, ce qui risque donc de peser davantage sur le sterling.
Comment Mario Draghi va-t-il donc réussir à sortir de la politique accommodante et mettre fin au programme d'achat d'actifs PSPP, entamé en mars 2015, sans entraîner d'envolée de l'euro ? Le président n'a plus d'autre choix que de commencer à resserrer le robinet monétaire : le contexte macro porteur ne justifie plus de maintenir le continent sous perfusion, et certaines obligations (notamment les titres allemands) se font de plus en plus rares sur le marché, le programme d'achats de la BCE ayant drainé une grande partie des obligations souveraines disponibles. Mais un discours trop optimiste pourrait affoler les traders en devises : le président en avait fait les frais lors de la conférence des banques centrales de Sintra fin juin, où ses propos avaient immédiatement fait grimper l'euro.
Mario Draghi devrait s'appuyer sur la faiblesse de l'inflation, pour justifier un tapering très progressif, afin de ne pas provoquer de flambée de la monnaie unique. Les économistes de la BCE, qui vont dévoiler leurs nouvelles prévisions macros jeudi prochain, devraient revoir leurs prévisions d'inflation à la baisse pour l'an prochain et pour 2019, à 1,2% et 1,5% (au lieu de 1,3% et 1,6% annoncé en juin). Un niveau encore très éloigné de l'objectif de 2% visé par la BCE, ce que devrait rappeler Draghi lors de la prochaine réunion.
Si la majorité des analyste table pour des annonces dès la réunion du 7 septembre, les équipes d'HSBC estiment pour leur part que le président de la BCE devrait patienter jusqu'octobre pour dévoiler le calendrier du tapering. Quelle que soit la date choisie, Mario Draghi devra se montrer extrêmement prudent dans l'échelonnement du tapering : les achats de titres, actuellement situés à 60 milliards d'euros mensuels, pourraient ainsi diminuer de 20 milliards à partir du premier trimestre 2018, de 20 autres milliards au deuxième trimestre et se terminer totalement à la fin de l'année prochaine. Le président devrait par ailleurs préciser qu'aucune hausse des taux directeurs n'est prévue pour cette année ou l'an prochain, ce qui devrait contenir la hausse de la monnaie unique. L'exercice est en tout cas très délicat pour Draghi, qui devra démontrer dans les prochains mois ses talents de communicant aux marchés.
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