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Chute des matières premières, pourquoi les marchés voient le verre à moitié vide
Le prix du pétrole n’en finit plus de dégringoler et atteignait cet après-midi 38,60 dollars le baril de Brent, soit un plus bas depuis dix ans. Et alors que généralement ce type de contre choc pétrolier est considéré comme un facteur positif pour la croissance mondiale, les marchés semblent plutôt inquiets de cette dégringolade des matières premières. Selon les analystes d’Aurel, la violence du mouvement baissier et sa persistance pourraient effectivement représenter une source d’instabilité pour l'an prochain.
Tout d’abord parce que malgré trois ans de baisse, les producteurs de matières premières semblent avoir tardé à restructurer et réduire leur offre. Ainsi, souligne Aurel, au premier semestre 2015, les grands producteurs de pétrole, tels qu’Exxon ou Chevron ont annoncé d’importantes hausses de leur production de pétrole, grâce à la mise en exploitation de nouveaux gisements et malgré la forte baisse de leur prix de vente moyen. C’est seulement en cette fin d’année que les groupes ont pris conscience de l’ampleur de la chute et annoncé d’importantes restructurations (Anglo American, Rio Tinto ou encore BHP). Mais malgré cela, il faudra encore attendre la fermeture effective des mines ou gisements et la réduction des stocks accumulés pour constater un rebond durable. «Le risque est, au moins sur le premier semestre 2016, que l’offre soit très abondante », explique ainsi Christian Parisot.
Ensuite, les coupes dans les investissements des sociétés liées au secteur des matières premières risquent également de peser sur la croissance mondiale l’an prochain : selon une étude de la New York University en effet, les investissements du secteur énergétique représentent 37% de l’investissement total, soit largement devant les utilities (10%) ou la consommation (18%). Sachant que le recul des investissements dans les matières premières peut peser sur l’activité des secteurs en amont, les perspectives de croissance risquent d’être sensiblement affectées.
Le mouvement baissier est d’autant plus alarmant que de nombreux pays sont sensiblement exposés au secteur et ont d’ailleurs connu une forte chute des investissements étrangers directs sur leurs sols. Mais ce sont surtout les entreprises émergentes liées au secteur de l’énergie qui seront pénalisées l’an prochain, notamment en raison de leur fort endettement : il y a donc fort à craindre pour 2016 une remontée du taux de défaut des sociétés émergentes.
Enfin, si les Etats dont l’économie repose en grande partie sur la production et l’exportation de matières premières ont pour l’instant puisé dans leurs réserves pour compenser la baisse des prix, ils pourraient l’an prochain être contraints de mettre en place des mesures budgétaires de correction… Ce qui une fois encore représente un facteur de risque pour la croissance mondiale. On comprend dans ces conditions les inquiétudes des investisseurs des marchés relatives à l’effondrement du baril. Car même si celui-ci a atteint un point bas, le rééquilibrage de l’offre ne sera que très progressif, sachant que la croissance américaine et européenne sera modeste et que les émergents resteront pénalisés par la faiblesse de l’or noir.
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