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Tapering de la BCE : un risque pour les obligations corporate ?
Lors de la prochaine réunion de politique monétaire de novembre, Mario Draghi pourrait annoncer comment il entend réduire le programme d'achats d'actifs mensuels de la BCE, à quel tempo et dans quelles proportions. L'asset purchase program (APP) court jusqu'à fin décembre de cette année, et les gouverneurs sont donc en train de préparer leur retrait progressif des marchés. Ce qui pourrait avoir un impact sur les obligations corporate notamment. Rappelons que la BCE a annoncé en mars 2016 que les titres d'entreprises seraient désormais intégrés à son programme d'achat dès juin de la même année et qu'elle a en moyenne acquis pour 6,7 milliards d'euros d'obligations corporate par mois depuis lors, soit 10% du montant total. Du coup, Francfort détient désormais pour 110 milliards d'euros d'obligations corporate.
L'intervention de la BCE sur le marché de la dette d'entreprise de la zone euro a entraîné un resserrement des spreads, en particulier pour les sociétés les moins bien notées : selon les estimations de Capital Economics, en juin dernier, 11% des titres corporate de la BCE étaient notés AA et 52% BBB. Les émissions de dette d'entreprise ont sensiblement progressé, ce qui a du même coup soutenu les investissements : sur les quatre trimestres qui ont précédé l'annonce de la BCE incluant les obligations corporate dans l'APP, l'investissement des entreprises était en hausse de 3,1% ; il a progressé de 4,1% en moyenne depuis que la BCE rachète des titres d'entreprises. Si le retrait de la BCE entraîne une forte hausse des rendements corporate, les investissements d'entreprises pourraient diminuer du même coup.
Selon les analystes de Capital Economics cependant, les titres d'entreprises de la zone euro devraient résister au tapering et ce pour trois raisons : d'une part, la BCE devrait adopter une stratégie très flexible lui permettant d'accroître temporairement ses achats de titres, en cas de forte réaction des marchés. Ensuite, Francfort devrait ralentir son rythme d'achat de dette corporate plus modérément que ceux d'obligations d'Etat, et la dette corporate devrait donc dans un premier temps représenter un montant plus important dans l'APP au total, qu'actuellement. La BCE devrait atteindre plus rapidement son quota de titres souverains (33% de dette d'un Etat maximum) que de titres corporate (70%). Enfin, le rendement des titres corporate se tend principalement pendant les périodes de récession : ainsi le spread de taux entre les titres d'Etats et d'entreprises a atteint un plus haut lors de la crise de 2008/2009 et lors de la récession de 2012. Or la zone euro est en pleine phase d'expansion, favorable à la croissance des entreprises.
La BCE ne devrait donc a priori pas modifier son projet de retrait des marchés, à moins d'un emballement des taux corporate, ce qui est peu probable sachant que Francfort compte diminuer très progressivement ses achats. Enfin, les entreprises européennes se financent encore majoritairement via les banques et un écartement des spreads ne devrait donc pas pénaliser outre mesure leurs projets d'investissements.
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