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L'Afrique, ce continent où tout reste à inventer
L’investissement en Afrique est une option qui taraude régulièrement aussi bien les économistes que les analystes et les investisseurs du monde entier. Leurs discours ne sont d’ailleurs pas toujours à l’unisson. Si le continent a récemment attiré d’important flux de capitaux, ceux-ci se sont pourtant tari l’an passé, amenant bon nombre d’intervenants à s’interroger sur son avenir à court et moyen terme. C’est en partie pour prendre un peu de recul et voir sur quelles bases il est possible de « construire l’Afrique », que les Galeries Lafayette, à l’occasion de la Saison Africa Now, ont organisé une table ronde réunissant des personnalités (entrepreneuriales, industrielles et financières), impliquées au premier chef par le devenir de ce continent de 33 millions de km2 et doté d’une population de 1,2 milliard d’habitants.
D’abord, un constat : tous les pays africains ne vivent pas au même rythme et il est illusoire de penser que leur économie suit donc une tendance symétrique. Ainsi, si le Nigeria vit actuellement des heures douloureuses, il n’en va pas de même au Kenya ou au Ghana qui devraient enregistrer une croissance de 6% en 2017, en Ethiopie (+7%) ou en Côte d’Ivoire (+8%). Partant de là, tous les développements sont possibles, « il n’y a pas de fatalité, d’autant que les nouvelles générations sont sans inhibitions », a martelé ce matin l’ancien premier ministre du Bénin, passé par Rothschild et PAI Partners, Lionel Zinsou. Il est d’ailleurs tellement convaincu de ce paradigme qu’il est sur le point d’annoncer la création d’une société d’investissement panafricaine dans laquelle des investisseurs marocains mais aussi de l’Ouest et de l’Est africain ont prévu de mettre de l’argent. La société aura également pour partenaires McKinsey, pour le conseil et la Banque Africaine de développement. Elle aura des bureaux à Abidjan, Casablanca, Cotonou, Paris et Londres et ouvrira ses portes au mois de mai.
Il faut dire que contrairement à certaines idées reçues, le continent est très friand de services financiers et télécoms. Il se crée actuellement plus d’emplois dans ces deux seuls secteurs que dans celui des matières premières. « Arrêtons de croire que l’Afrique ne vit que sur ses ressources naturelles. Elle s’industrialise à vitesse grand V, grâce essentiellement aux capitaux privés, le pays ne pouvant compter sur la manne publique faute de parvenir à collecter suffisamment d’impôts », analyse Lionel Zinsou. De fait, le continent ne collecte en impôts et taxes que 15% de son PIB quand la France culmine à 47% !
Preuve de ce dynamisme et de cet élan : la société Jumia. Cette entreprise de e.commerce traduit à elle seule les nouveaux besoins des Africains (la société est présente dans 11 pays dont le Nigéria, l’Egypte, le Kenya, le Maroc ou la Côte d’Ivoire) et la façon dont les nouvelles technologies peuvent les satisfaire. Jumia rencontre un tel succès qu’elle a décliné son offre sur une grande palette de services et de produits qui vont du séjour de vacances aux produits cosmétiques en passant par les annonces de jobs. « Notre champ des possibles est immense. On doit chaque jour trouver des solutions innovantes pour se caler sur les besoins de nos clients. On vient, par exemple, de mettre en place une solution de paiement en espèce à la livraison des commandes compte tenu de l’importance de la cybercriminalité. Nous équipons également nos clients potentiels de tablettes car la plupart n’ont aucun accès à internet », explique Fatoumata Ba, chef marketing de Jumia. Qui reconnaît que son environnement n’est pas toujours facile à gérer, au regard par exemple de nombreuses coupures d’électricité. Ce qui ne l’empêche pas d’imaginer tous les jours de nouvelles façons de livrer sa marchandise, en organisant notamment des flottes de camions en franchise. Le dynamisme et le potentiel de l’entreprise n’ont pas échappé à la sagacité de plusieurs investisseurs, dont Orange, Axa, Goldman Sachs et le Sud-Africain MTN. Les deux premiers viennent d’y injecter 75 millions d’euros alors que les seconds y ont mis 225 millions.
« L’Afrique, constituée d’une multitude de pays différents est dans une phase ultra dynamique qui va déjà se traduire par une urbanisation foisonnante. Il va falloir tout inventer. Ce ne sont d’ailleurs pas tant les Etats que des acteurs plus locaux, régionaux qui vont s’y atteler efficacement. Principal challenge à relever dans l’immédiat, l’électrification rurale. Des initiatives sont déjà en cours de réalisation, dont certaines à partir de l’énergie solaire. Les prochaines années vont être passionnantes », augure avec un sourire serein Lionel Zinsou.
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