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Un sauvetage à 1milliard d'euros pour Vallourec
C’est exactement le schéma évoqué par WanSquare en octobre dernier qui a finalement été retenu : Bpifrance et le japonais Nippon Steel volent au secours de Vallourec via une augmentation de capital réservée concomitamment à un appel au marché. L’artillerie lourde est déployée puisque le groupe de tubes sans soudure s’apprête à récupérer un milliard d’euros de ces deux opérations. Restructuration financière qui comprend également un volet industriel assez lourd avec notamment la réduction de 50% des capacités européennes passant par la suppression de 1.000 emplois.
Concrètement, le schéma conseillé par Goldman Sachs, Rothschild et Société Générale CIB côté Vallourec, Nomura, côté Bpifrance et Lazard côté Nippon Steel, envisage une émission réservée d’obligations convertibles en actions (ORA) à Bpifrance et Nippon Steel pour 490 millions d’euros, susceptible de leur conférer à terme 15% du capital de Vallourec chacun. Prix envisagé : 11 euros par action représentant une prime de 44% par rapport aux cours moyen de ces trois derniers mois (même beaucoup plus comparé au dernier de 4 euros…avant que la société ne demande la suspension de l’action vendredi en fin d’après-midi). Dans le détail, seuls 365 millions d’euros seront souscrits à 11 euros, une autre tranche de 125 millions devant l’être au prix retenu pour l’augmentation de capital (soit un prix logiquement très inférieur). A noter que cette émission d’ORA ne pourra avoir lieu que si l’augmentation de capital avec DPS (droit préférentiel de souscription) organisée en parallèle n'est réussie. Celle-ci, de 510 millions d’euros en théorie, sera en réalité de 445 millions d’euros puisque Bpifrance et Nippon Steel, déjà actionnaires du groupe, ont prévu de souscrire. Elle sera lancée dès que l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires du 6 avril l’aura autorisée. L’émission d’ORA sera lancée concomitamment au règlement livraison de l’appel au marché, soit au cours du deuxième trimestre 2016. L’Etat comme le japonais verront leurs droits de vote plafonnés à 15% pendant 15 ans. Ils se sont engagés parallèlement à conserver leurs titres pour une période d’au moins 12 mois.
Côté volet industriel, Vallourec s’apprête aussi à changer de braquet. Outre la réduction de 50% de ses capacités de production européenne, il envisage de créer deux pôles de production au Brésil et en Chine grâce à la fusion de Vallourec & Sumitomo Tubos do Brasil et de Vallourec Tubos do Brasil et à l’acquisition de Tianda Oil Pipe pour un montant maximum de 175 millions de dollars à la Bourse de Hong Kong. La rationalisation des activités brésiliennes conduira à la fermeture de deux hauts-fourneaux et d’une aciérie sur la période 2016 – 2018. La production d’acier sera concentrée dans l’aciérie de pointe de Jeceaba.
En Europe, Vallourec concentrera ses activités sur la conception et la production de produits et solutions à haute valeur ajoutée et continuera à mettre l’accent sur ses activités de Recherche et Développement en France et en Allemagne. La cession prévue d’une participation majoritaire dans l’aciérie de Saint-Saulve permettra au groupe de remédier à sa surcapacité de production d’acier. Par ailleurs, il annonce être entré en négociations exclusives en vue de céder Vallourec Heat Exchanger Tubes, sa filiale spécialisée dans les tubes soudés en acier inoxydable et en titane avec des actifs en France, en Inde, aux Etats-Unis, en Chine et en Corée.
Clairement, Philippe Crouzet, dont le mandat de 4 ans vient d’être renouvelé par son conseil de surveillance, attend beaucoup de ce plan. Il aura, certes, à ses côté, un partenaire industriel (qui l'accompagne depuis 40 ans) plus impliqué compte tenu de sa présence accrue au capital. Il a déjà chiffré les performances attendues à l’horizon de 2020 : une contribution additionnelle au résultat brut d’exploitation d’un montant d’environ 750 millions d’euros pour un total de 1,2 à 1,4 milliard d’euros ; un free cash flow normalisé de 500 à 600 millions d’euros sur la base d’investissements industriels de 350 millions d’euros par an ; un ratio de dette nette sur résultat brut d’exploitation inférieur à 1 en 2020 et surtout, un retour à la notation « Investissement Grade».
Programme plutôt alléchant mais qui demande à être confirmé. La prochaine information attendue n’est autre que le prix proposé pour l’augmentation de capital. En fin de matinée, il était intéressant de constater qu'à l'occasion de sa reprise de cotations, le titre affichait un rebond de plus de 15%, les investisseurs voyant surtout dans les annonces faites plus tôt la réelle volonté de redéployer le groupe en y mettant les moyens. Il est d'ailleurs à préciser que les deux acteurs majeurs du sauvetage, à savoir l'Etat et Nippon Steel se sont engagés à injecter quasiment 500 millions d'euros, quelle que soit la décision des organes anti-trust (au Brésil et en Allemagne).
En attendant, Nippon Steel est décidément à la manœuvre en ce moment puisque l’on apprenait dans la matinée son intention d’acquérir le 4eme sidérurgiste japonais, Nisshin Steel, avec pour objectif de réduire leur production d'acier combinée dans un contexte de saturation du marché mondial. Déjà numéro un japonais de son secteur, Nippon Steel conforterait ainsi sa position.
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