Macro-économie / Taux / Politique monétaire / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Politique monétaire / Macro-économie
François Villeroy de Galhau défend sa vision de l'Europe
L'Europe était au centre de la scène diplomatique française cette semaine, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et la présidente du FMI Christine Lagarde ayant notamment esquissé hier leurs principales recommandations pour renforcer la zone euro, lors d'une rencontre organisée par Bercy. Le gouverneur de la Banque de France a lui aussi profité d'une conférence à Munich à laquelle il était conviée pour présenter sa vision de l'Europe, rappelant en introduction ses racines familiales allemandes.
Le gouverneur, europhile convaincu et auteur d'un livre intitulé l'Espérance d'un Européen, publié il y a 4 ans, a souligné le succès de l'union monétaire, 74% des citoyens de la zone soutenant la monnaie unique, cette proportion atteignant même 81% chez les Allemands. L'Union économique en revanche, est loin d'être achevée a averti le gouverneur, estimant qu'elle ne pouvait rester en l'état, au risque sinon de devoir compter uniquement sur la politique monétaire pour soutenir la zone euro en cas de retournement de cycle. Par ailleurs, l'absence d'union économique authentique pèse sur le potentiel de croissance de la zone, à un moment où elle devrait au contraire se transformer pour rattraper les Etats-Unis.
S'adressant directement au peuple allemand et ses représentants, le gouverneur les a donc encouragés à ne pas être frileux dans le renforcement de l'union économique européenne. Un discours à point nommé alors que la chancelière Angela Merkel est enfin parvenue à un accord avec le SPD pour former une coalition, après plus de 4 mois d'impasse politique. En bon diplomate, François Villeroy de Galhau a tout d'abord cherché à rassurer les Allemands, et mis à bas trois idées reçues souvent invoquées outre-Rhin pour ne pas aller plus loin dans l'intégration européenne.
Celle tout d'abord selon laquelle l'union économique européenne se substituerait à toute réforme nationale. "Je voudrais ici affirmer que c'est tout le contraire, les réformes sont un pré requis pour renforcer l'union économique, et la France est bien placée pour le dire", a ainsi affirmé le gouverneur. Il a ensuite révoqué la traditionnelle opposition entre le "rigorisme allemand" et le "laisser aller budgétaire français". "Il est hors de question de créer une 'union de transfert', qui ne profiterait qu'à certains Etats, ou d'introduire des Eurobonds", a-t-il affirmé, afin de rassurer les Allemands, pour qui ces deux sujets sont absolument non envisageables. "Je crois en revanche que le partage des risques va de pair avec la création de mécanismes de réduction des risques." Enfin, le gouverneur a appelé à arrêter d'opposer le pragmatisme allemand à l'idéalisme français. Pour réformer la zone euro, il faut être concret et prendre en compte les réels besoins des entreprises, a insisté le gouverneur. "Si nous n'agissons pas maintenant en 2018, nous Français et Allemands, puis les 19 autres pays membres, nous n'avancerons jamais", a-t-il averti.
Le gouverneur a donc exposé trois idées nouvelles pour faire avancer cette fameuse union économique : une "Union de financement pour l'investissement et l'innovation" tout d'abord, afin de mieux canaliser les 350 milliards d'euros d'épargne des citoyens de la zone euro, vers le financement des entreprises, notamment via les marchés boursiers et l'innovation. Le marché action représente 73% du PIB de la zone euro, contre 123% du PIB américain, a rappelé François Villeroy de Galhau afin de souligner le retard de la zone dans ce domaine. Cette Union de financement devra naturellement s'appuyer sur les initiatives existantes (union des marchés de capitaux, union bancaire, et plan d'investissement Juncker), qui devront accélérer, estime le gouverneur.
Deuxième idée avancée par François Villeroy de Galhau pour faire avancer l'union économique, celle d'améliorer la qualité des dépenses publiques, en donnant la priorité aux investissements d'avenir. Si, pour le gouverneur, il serait dangereux de revoir les règles du pacte de stabilité, il a estimé en revanche que les Européens devraient aussi concentrer leur attention sur la façon dont les dépenses sont allouées et non seulement sur le montant. "Nous pourrions créer un budget européen d'investissement dédié au financement de 'biens communs', tels que les technologies digitales, la transition énergétique, la sécurité et la protection des frontières", a-t-il expliqué.
Enfin, le gouverneur a abordé la question des mécanismes européens de stabilisation, afin de pouvoir mieux gérer les chocs économiques au niveau européen. Si le partage des risques par les investisseurs privés, permis par l'union bancaire et l'union des marchés de capitaux est une première étape, elle n'est pas suffisante, a affirmé François Villeroy de Galhau. Qui a donc défendu l'idée d'une meilleure coordination des politiques économiques, avec une stratégie collective pour les Etats, qui pourrait être mise en oeuvre grâce à la transformation du MES en Fonds monétaire européen. Ce à quoi les sociaux démocrates allemands de la coalition sont justement très favorables. Le discours du gouverneur devrait donc trouver un écho favorable au sein du parti de la coalition, de même que chez les conservateurs allemands, très opposés à une union de transfert où les Allemands seraient les principaux contributeurs. En attendant les résultats du vote des adhérents du SPD sur l'accord de coalition le 4 mars prochain, la chancelière peut donc dès à présent plancher sur les idées dévoilées par le gouverneur, somme toute assez proches de celles du Président français.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

