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Les gouverneurs de la BCE ne sont pas d'accord sur la fin du tapering
La dernière réunion de politique monétaire des gouverneurs de la BCE a été l'occasion pour Mario Draghi d'annoncer le début du tapering, à savoir le retrait progressif des marchés de la BCE. Dont les achats de titres mensuels passeront donc de 60 milliards à 30 milliards à partir de janvier prochain, et devraient se prolonger "jusque fin septembre 2018 ou au-delà si nécessaire et, en tout cas, jusqu’à ce que le Conseil des gouverneurs observe un ajustement durable de l’évolution de l’inflation conforme à son objectif". Des termes précis, que les gouverneurs ont longuement médités et sur lesquels tous n'étaient pas unanimes, si l'on en croit le compte rendu détaillé de la conférence qui a précédé la décision, et publié aujourd'hui sur le site de Francfort.
Benoit Coeuré, chargé d'introduire le contexte macroéconomique auprès des autres gouverneurs, s'est tout d'abord félicité du succès de la politique de "forward guidance" de la BCE : grâce à la bonne communication de la BCE, les marchés ont bien intégré le fait que Francfort continuera d'acheter des titres en 2018 et anticipent une première hausse du taux de dépôt au début du premier trimestre 2019. Anticipations de marchés qui "soulignent que le conseil des gouverneurs est parvenu à ancrer les taux d'intérêt à court terme, dans un contexte où les Etats-Unis continuent eux pourtant de resserrer leurs taux", a souligné Benoit Coeuré.
Peter Praet a pour sa part exposé les différentes options relatives au tapering, discutées ensuite par les gouverneurs. "Trois aspects sont à prendre en compte concernant le ralentissement des achats mensuels de titres", a ainsi souligné le gouverneur, "le rythme, l'horizon des achats et la conditionnalité". Selon lui, la BCE est confiante dans le fait que les perspectives d'inflation devraient s'améliorer et tendre vers l'objectif de 2%, soutenues par une très belle reprise de la conjoncture économique. Il allait donc de soi de commencer à diminuer les achats mensuels, pour l'ensemble des gouverneurs. Mais, le compte rendu révèle que certains auraient aimé que le montant mensuel soit inférieur à 30 milliards, au motif que l'économie de la zone euro est suffisamment forte et surtout que les rendements apportés par les titres détenus par la BCE devraient être moins intéressants : les taux vont monter si l'inflation et la croissance continuent d'accélérer, soutiennent ces gouverneurs.
Du point de vue de la durée de l'Asset Purchase Program, le conseil des gouverneurs a reconnu que les perspectives d'inflation étaient encore trop faibles et qu'il fallait donc prolonger l'APP suffisamment longtemps pour permettre aux prix de repartir. L'horizon de 9 mois a donc semblé un laps de temps raisonnable aux gouverneurs. Mais, le fait de laisser la porte ouverte à une prolongation du programme, au-delà de septembre 2018 a en revanche fait débat : plusieurs gouverneurs ont ainsi estimé qu'une prolongation de l'APP risquait de limiter la capacité de réaction de la BCE à l'évolution des données macroéconomiques. A trop attendre en somme, Francfort prend le risque de ne plus pouvoir réagir en cas de contre-coup économique. Le compte rendu souligne ainsi que "quelques membres" auraient souhaité qu'une date de fin claire soit donnée aux marchés, estimant que même si ces derniers ne s'y attendaient pas, la conjoncture était suffisamment bonne pour leur permettre d'encaisser la nouvelle.
Ces divergences laissent penser que la BCE pourrait terminer le programme d'achats de titres plus tôt que prévu, estiment les équipes de Capital Economics. "L'APP pourrait prendre fin même si l'objectif d'inflation n'est pas atteint, soit d'ici à la fin de l'an prochain", explique ainsi Jennifer McKeown. Même son de cloche de la part de HSBC, dont l'analyste Simon Wells estime que la BCE devra mener avec beaucoup de précision sa politique de forward guidance l'an prochain, afin de préparer les marchés à la fin plus rapide du tapering.
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