éditorial / Laurent Bigorgne
éditorial
Laurent Bigorgne
éditorial
Un 49-3, oui, mais pour quoi faire ?
par Laurent Bigorgne
Le Premier Ministre a demandé vendredi au ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, d’explorer la possibilité d’organiser des élections législatives anticipées en même temps que les élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Celui qui a fondé sa politique vis-à-vis du Parlement sur le rejet du 49-3 envisagerait désormais le recours à l’arme de la dissolution. Cette hypothèse vise, bien sûr, les deux motions de censure déposées par LFI et le RN, qui seront discutées mardi et mercredi, mais le PS, qui réclame un « 49.3 négocié » et dont les exigences budgétaires sont déraisonnables, est tout autant dans le viseur…
L’impossible convergence ?
Il y a quelques jours encore, Sébastien Lecornu entendait faire adopter le budget par le Parlement avant la fin du mois de janvier. Ni les échanges informels avec le PS durant la trêve parlementaire, ni les discussions tenues à Bercy de lundi dernier n’ont cependant permis de dégager la moindre voie de passage.
Sur le fond, la version du PLF adoptée par le Sénat, qui n’a même pas été examinée en commission mixte paritaire en décembre, avait beau être "meilleure" que celle de l’Assemblée, elle affiche néanmoins un déficit de 5,5 %. Il manque donc au minimum un demi-point de PIB pour contenir notre déficit public à 5 % du PIB l’an prochain. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a rappelé samedi que sans cela, la France "se met en danger".
Sur les 15 milliards à trouver, le rapporteur général du budget à l’Assemblée, Philippe Juvin, a fait la proposition d’un coup de rabot systématique de 2,5 % sur les dépenses de l’État, hors pensions et fonctions régaliennes. L’autre moitié proviendrait de hausses d’impôts, notamment grâce à la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises proposée par le gouvernement.
Les socialistes, quant à eux, sont convaincus qu’il faut dépenser 10 milliards de plus au bénéfice des services publics - pourquoi pas 20 ou 30, tant qu’à faire ? Ils n’ont renoncé ni à la taxe Zucman, ni à l’alourdissement de la taxe sur les holdings, ni à la surtaxe sur les bénéfices, ni à la baisse des crédits d’impôts pour les emplois à domicile…
Leur obsession fiscale et leur refus obstiné de prendre la mesure des difficultés rencontrées par nos entreprises font de plus en plus écho au mot célèbre de Talleyrand à propos des émigrés de Coblence de retour en France à partir de 1814 : "ils n’ont rien appris, ni rien oublié !" Ou presque : hormis François Hollande et Patrick Kanner, aucun responsable socialiste ne s’est rendu à Jarnac jeudi dernier à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de François Mitterrand.
Deux motions de censure
Sur la forme, il n’existe plus aucune voie de passage pour faire adopter le PLF 2026 à l’Assemblée nationale. Certes, l’article 47 de la Constitution prévoit bien que "si le Parlement ne s’est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance". Nul doute que le recours à une telle ordonnance, qui serait inédit dans l’histoire de la Cinquième République, provoquerait la censure du gouvernement.
D’ailleurs, LFI a déposé une motion à cette fin vendredi, sans lien direct avec le vote du PLF, au motif que le gouvernement laisserait piétiner la souveraineté populaire et le droit international. Voilà donc Sébastien Lecornu rendu comptable de la chute de Nicolás Maduro au Venezuela. Le RN a fait de même sur l’adoption de l’accord de libre-échange UE Mercosur vendredi dernier par Bruxelles, malgré son rejet officiel par la France. Ces deux textes seront soumis aux députés mardi et mercredi.
Plus que jamais, l’impuissance de l’exécutif est flagrante. Depuis la dissolution de juin 2024, il est incapable de résister aux exigences continues du parti socialiste – un mix aberrant d’impôts et de nouvelles dépenses ; à celles de LFI, dont la croisade en faveur des autocrates criminels bolivariens n’a d’égale que son soutien au Hamas ; et enfin, à "l’agit-prop" du RN contre le traité UE Mercosur, auquel Giorgia Meloni elle-même s’est pourtant ralliée. Une posture qui doit sans doute autant à son protectionnisme qu’au calendrier judiciaire de Marine Le Pen, dont le procès en appel s’ouvrira mardi prochain.
Peut-on sauver le soldat Lecornu ?
Voici donc, dans la France de 2026, le paysage politique qui se dessine. C’est ce que déplorent à l’unisson tous les dirigeants économiques rencontrés depuis décembre, quelle que soit la taille de leur entreprise, sa géographie ou son secteur d’activité. Tous expriment une lassitude profonde et ils sont de plus en plus nombreux à se montrer réceptifs à un discours de rupture, tel celui de Sarah Knafo, qui vient d’annoncer sa candidature à la mairie de Paris.
Contrairement à ce que pensent de nombreux responsables des Républicains ou de ce qu’il reste du bloc macroniste, la séquence budgétaire a provoqué une fracture durable avec tous ceux qui créent de la richesse en France. Notre système politique apparaît profondément déréglé. La succession de renoncements des derniers mois – parfois dans une forme d’unanimisme inquiétant – en est la preuve : abandon de la réforme des retraites et de la trajectoire de redressement de nos finances publiques, préférence systématique et sans limite pour l’impôt plutôt que pour la maîtrise des dépenses, rejet du Mercosur plutôt que traitement structurel des difficultés du monde agricole…
Plusieurs dirigeants politiques, de François Hollande à Bruno Retailleau, ont demandé au Premier Ministre de revenir sur l’engagement exprimé le 3 octobre dernier de renoncer à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution. Sur la forme, ils ont raison. Sur le fond, on voit mal sur quoi le PS et les partis qui participent au gouvernement pourraient s’accorder, y compris dans le cadre d’un hypothétique "49-3" négocié. Certains parient même désormais sur un départ du Premier Ministre, dont le gouvernement serait censuré après la mise en vigueur du PLF par ordonnance. À suivre.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Laurent Bigorgne
Éditorial / « Année utile » : d’accord, mais utile à quoi ?
04/01/2026 - 06:30
de la semaine
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / En géopolitique, les vides sont toujours comblés
10/01/2026 - 08:30
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Mali : les djihadistes reprennent le dessus
15/11/2025 - 08:30

