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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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L’autre « crime du 30 août » ?
par Laurent Bigorgne

Fin de partie pour François Bayrou. Au moins, donne-t-il le sentiment d’avoir eu le choix des armes et du moment pour préparer sa sortie. L’alternative dessinée par le PS ce week-end à Blois – celle d’un choc fiscal de 31 milliards d’euros - nous replongerait 13 ans en arrière. Cette rentrée dessine un pays dont le grippage institutionnel porte désormais atteinte à sa vie économique et sociale…

31/08/2025 - 06:30 Lecture 8 mn.

La semaine n’avait pas si mal commencé pour le Premier ministre. Sa conférence de presse tenue lundi lui avait permis de montrer, comme à l’occasion du plan d’économies de 44 milliards d’euros présenté le 15 juillet dernier, qu’il ne cherchait pas à durer à Matignon quoi qu’il en coûte. Il a même pu donner le sentiment, au moins un temps, de maîtriser le calendrier de son départ sous la forme d’un repli ordonné et digne.

François Bayrou a feint de croire qu’il pouvait troquer le panache blanc d’Henri IV pour le costume de Pierre Mendès France… alors que le Mouvement républicain populaire, ancêtre du Mouvement Démocrate, n’a jamais pardonné à PMF de ne pas avoir engagé sa responsabilité, laissant filer un vote sur la Communauté européenne de Défense (CED). Pour Georges Bidault et les siens, ce vote resta comme le "crime du 30 août"…  

 

Plus de marge de manœuvre à l’Assemblée

 

Avant même la conférence de presse tenue lundi, la marge du gouvernement, comme de tout gouvernement issu du bloc central pour les prochains temps, est terriblement étroite : 123 RN + 71 LFI + 15 UDR (Éric Ciotti), soit 209 voix, d’emblée contre la confiance ; 91 Ensemble + 49 Droite républicaine + 36 Démocrates + 34 Horizons, soit 210 voix. Restaient en position d’arbitres les 38 écologistes, les 17 communistes et les 66 socialistes, soit 121 voix… Dans un contexte où les écologistes et les communistes ont choisi de mêler leurs voix aux extrêmes, portant le refus à 264 voix possibles. Conclusion : même l’abstention socialiste ne suffirait pas à sauver le gouvernement.

La configuration privilégiée par le Premier ministre – le recours inattendu à l’article 49-1 de la Constitution et sans consultation au cœur de l’été – n’a fait que monter les enchères pour prix éventuel des voix socialistes… Si François Hollande avait décrit sur France Inter lundi matin un équilibre à trouver entre 22 milliards d’économies et 22 de fiscalité, le PS a livré sa copie lors de son université d’été à Blois.

 

Autun-Blois, deux salles, deux ambiances

 

En écho, des appels à la raison ont été émis par les invités de Jean-Michel Blanquer à l’occasion de la très remarquée université d’été de son Laboratoire de la République du 28 au 30 août à Autun. Si Bernard Cazeneuve y a justement souligné lors d’un débat avec Edouard Philippe que "la responsabilité des partis de gouvernement n’est pas de se comporter comme des partis de non-assistance à nation en danger", cette exhortation est restée sans effet. Finalement, une autre voix autunoise aurait pu éclairer nos consciences en cette fin de semaine, celle de Talleyrand, qui y fut évêque, s’exprimant au sujet des émigrés de retour en France après la chute de Napoléon, auxquels il reprochait de n’avoir "rien appris, rien oublié !"

En effet, on connaît depuis samedi le mix que le PS entend mettre en œuvre pour 2026, qui reposerait sur 27 milliards d’euros d’impôts supplémentaires : 15 au titre de la taxe dite "Zucman", 3,8 par la refonte de la fiscalité des dividendes et des plus-values, 2,9 de cotisations sociales pour les entreprises, un de prélèvement supplémentaire sur les successions… Sans oublier un programme d’économies de 14 milliards, qui repose pour près d’un tiers, soit 4 milliards sur la réduction des aides aux "grandes entreprises", notamment le crédit impôt-recherche et la réforme du pacte Dutreil

La gauche dite "de gouvernement" pratique désormais sans complexe une forme de populisme économique. Elle mélange tout et elle a ses boucs émissaires bien commodes : les "riches", les grandes entreprises, désormais les entreprises de taille intermédiaire et les PME… En s’en prenant au pacte Dutreil, qui permet leur transmission, le risque de porter atteinte aux ETI et aux PME constituerait un coup fatal au "produire en France" et à la volonté affichée de réindustrialiser nos territoires. Comme vient de le rappeler utilement une étude menée par le METI et KPMG, leurs implantations sont à plus de 60 % dans les villes moyennes et les zones rurales.

 

Du côté du PS, 31 milliards de plus…

 

L’avenir nous dira si on pourra à nouveau parler de "crime du 30 août" contre l’économie française. Pour le PS, l’avenir du pays passe à court terme par un choc fiscal de 31 milliards sur les entreprises et les ménages… un peu comme en 2013, portant fortement atteinte à la croissance : + 0,8 point cette année-là, + 1 % en 2014 contre 3,2 % en Grande-Bretagne et 2,2 % en Allemagne. Ce qui fit écrire à Xavier Ragot, le président de l’OFCE, que ces mesures eurent "des conséquences en termes de croissance et d’emploi […] sous-estimées par le gouvernement"*.

La rentrée n’en est qu’à ses prémices, car au vote sans doute négatif du 8 septembre, succédera le temps de la contestation "Bloquons tout" le 10 septembre qui a pris son origine sur les réseaux sociaux, à laquelle se raccrochent avec plus ou moins de gourmandise LFI, les communistes, les socialistes et les écologistes, quitte à cheminer avec l’extrême droite et la violence de rue comme à l’automne 2018. L’habitude a été prise au parlement, elle se poursuit dans la rue… Et que penser de la journée d’action syndicale du 18 septembre qui n’a pas vocation à sans doute pas à apaiser l’agitation du 10 ?

Ces forces ne portent pas à elles seules la responsabilité de cette situation. La dissolution voulue par le Président de la République en juin 2024 a grippé le fonctionnement de nos institutions et ses conséquences sont pour le moment impossibles à dépasser. Surtout quand pour éloigner ce spectre, le Président prive son Premier Ministre de l’arme de la dissolution, alors qu’il en aurait eu légitimement besoin pour aborder cette rentrée. Nous ne sommes plus en 2017 ni en 2022. Aussi, les femmes et les hommes de bonne volonté doivent-ils désormais se réunir pour inventer une alternative au populisme des extrêmes qui détruit la politique et la démocratie et à sa version light, le populisme économique. Ils étaient autunois cette semaine !

 

* "Le quinquennat de François Hollande : enlisement ou rétablissement ?", OFCE, Policy Brief, 5 septembre 2016

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