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Legrand muscle sa feuille de route à horizon 2030 / Les datacenters renforcent leur rôle clé dans la trajectoire du groupe
Le relèvement des prévisions de chiffre d’affaires annoncé mi-juillet n’était qu’un prélude. Deux semaines plus tard, Legrand ajuste aussi à la hausse ses ambitions de rentabilité, confirmant la solidité de sa trajectoire semestrielle. Sur les six premiers mois de l’année, le groupe a enregistré une croissance organique de 9 %, avec une accélération à 10,1 % au deuxième trimestre. Cette dynamique dépasse largement les attentes du marché, tout comme la marge opérationnelle ajustée, qui s’établit à 21 %, soit environ 60 points de base au-dessus du consensus.
"Nos résultats sont à l’image de notre chiffre d’affaires, avec une très belle marge opérationnelle", souligne à WanSquare Benoît Coquart, directeur général du groupe. Dans ce contexte, Legrand vise désormais une marge opérationnelle ajustée (après acquisitions) comprise entre 20,5 % et 21 % pour l’année, contre une cible initialement annoncée comme "globalement stable" par rapport à 2024, où elle s’élevait à 20,5 %. Cette révision s’ajoute donc à celle de la prévision de croissance des ventes (hors effets de change, organique et par acquisitions), désormais comprise entre 10 % et 12 %, contre 6 % à 10 % précédemment.
Les datacenters comme moteur exclusif de la croissance
Le levier principal de cette performance ? Le segment des datacenters, qui pèse désormais 24 % de l’activité du groupe. Pour en saisir le poids réel, il faut rappeler que l’ensemble de la croissance organique du semestre provient exclusivement de cette activité. Encore marginal en 2018, avec 300 millions d’euros de chiffre d’affaires, le segment devrait franchir les 2 milliards en 2025.
L’explosion des besoins en capacités de stockage – portée par l’essor du cloud, de l’intelligence artificielle et des objets connectés – alimente une course mondiale à la densité et à la performance des infrastructures. Legrand s’y est positionné en fournisseur de solutions critiques : distribution électrique, racks haute densité, gestion énergétique intelligente, refroidissement, surveillance, sécurité.
Environ 80 % du chiffre d’affaires réalisé dans les datacenters provient aujourd’hui du white space, la zone des serveurs. Cette part est amenée à diminuer légèrement avec les acquisitions, ce qui permettra au groupe de renforcer sa présence sur le grey space, encore peu couvert à ce stade. Mais la forte dominance actuelle du white space n’a rien de problématique, au contraire : "C’est justement la zone qui profite le plus du développement de l’intelligence artificielle", souligne Benoît Coquart.
Un rythme d’acquisitions accéléré
Le segment bénéficie en effet pleinement de la stratégie d’acquisitions ciblées menée par Legrand, qui a accéléré son rythme ces derniers trimestres. Après un record de dix opérations en 2024, le groupe en a déjà signé six sur le premier semestre 2025, dont trois dans les datacenters. Les autres visent les "modes de vie numériques" et la transition énergétique. "Ce sont précisément les trois piliers de notre stratégie de croissance", rappelle Benoît Coquart.
Les États-Unis en soutien malgré les tensions commerciales
La montée en puissance des datacenters soutient également la performance du groupe aux États-Unis, son premier marché (39,2 % du chiffre d’affaires au premier semestre), où les ventes ont bondi de 21,6 % sur six mois, et de 22,7 % au deuxième trimestre. Et ce, malgré le regain de tensions commerciales entre Washington et Bruxelles.
Legrand se montre serein face aux droits de douane réactivés par l’administration américaine. "Nous nous sommes engagés à compenser totalement ces surcoûts en valeur, afin de préserver nos marges", affirme le directeur général. Il précise que l’impact sera répercuté dans les prix : "Nous tablions initialement sur une hausse de 1 %. Aujourd’hui, nous prévoyons plutôt une augmentation de 2 %, en grande partie liée aux tarifs douaniers." Le compromis trouvé entre l’Europe et les États-Unis est, selon lui, "plutôt équilibré. Rien n’aurait été pire qu’un conflit commercial prolongé."
Un scénario 2030 revu à la hausse
Alors même que ses marchés historiques - résidentiel et tertiaire - demeurent peu porteurs, Legrand relève sa feuille de route de long terme. "Nous n’observons pas encore, dans nos chiffres, de reprise du marché du bâtiment, ni aux États-Unis ni en Europe", admet Benoît Coquart, tout en notant des "signaux favorables" sur le résidentiel européen.
Mais l’essentiel est ailleurs : "Nous bénéficions à la fois d’un environnement plus porteur - notamment sur les datacenters - et d’une exécution interne qui se situe plutôt dans le haut de la fourchette de nos ambitions", avance le dirigeant. Résultat : Legrand vise désormais 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2030, contre 12 milliards jusqu’ici. Un nouveau cap stratégique, aligné sur l’ambition d’un groupe qui entend désormais jouer dans la cour des consolidateurs mondiaux du numérique.
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