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contournement; Turquie; exportations; importations

Macro-économie / Taux / Russie / embargo / CEPII

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Russie / embargo / CEPII

Les effets dominos des sanctions contre la Russie / Les importations russes souffrent de la moindre concurrence entre ses fournisseurs

Difficile de nier la réalité des filières de contournement des sanctions occidentales imaginées par la Russie. L’absence d’un front commun contre le régime de Vladimir Poutine explique que si les importations en provenance de l’Union européenne représentaient 42 % des importations de biens duals de la Russie avant le conflit, l’économie russe a su faire face aux divers embargos et diversifier ses sources d’approvisionnements. Ce qui n’a pas été sans conséquence tant pour le coût de ses importations que pour la qualité de ces dernières.
Port de Vladivostok. Photo by Alexander Manzyuk / ANADOLU / Anadolu via AFP
Port de Vladivostok. Photo by Alexander Manzyuk / ANADOLU / Anadolu via AFP

Donald Trump a beau s’échiner à y mettre un terme, la guerre en Ukraine continue son cours. Trois années de conflit durant lesquelles l’Union européenne s’est montrée particulièrement active sur le plan des sanctions commerciales. Dernier exemple en date, l’adoption cette semaine d’un 17e paquet de sanctions visant la Russie. Pourtant l’économie du pays dirigé par Vladimir Poutine ne s’est pas pour l’heure effondrée, arrivant à s’adapter.

C’est le constat posé par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), particulièrement actif pour jauger de l’efficacité des différents embargos et sanctions infligées à la fédération de Russie. Ses experts ont notamment passé au crible les mesures visant "à limiter l’accès de la Russie aux produits à double usage, essentiels à l’effort de guerre". Leur constat est implacable et corrobore ce qui a déjà été constaté par le passé, il s’avère que "la Russie a réussi à compenser une partie de ses importations de ces produits grâce à de nouveaux fournisseurs, principalement la Chine".

 

Inévitable

 

Pour autant la situation n’est pas idyllique pour l’économie locale, puisque la substitution s’est opérée au prix de coûts plus élevés et parfois au détriment de la qualité des produits importés. Les chocs d’offre pourraient également être bien plus dévastateurs dans le futur, les importations russes sont désormais dépendantes d’un plus petit nombre de fournisseurs et cette concentration sera difficile à résorber dans un futur proche. De quoi faire dire aux économistes de l’institution que les "sanctions occidentales ont donc atteint un de leurs objectifs en rendant l’approvisionnement de la Russie non seulement plus difficile et plus coûteux, mais aussi de moindre qualité".

Il faut dire que la réorientation des flux commerciaux en direction de la Russie a été effectuée sur un grand nombre de produits et sur un laps de temps très court. Les équipes du CEPII constant que "sur les 600 produits principalement importés de pays sanctionnant la Russie, 474 ont connu une chute de leurs échanges" et pour cause puisque "154 ont été entièrement compensés par des pays ne participant pas aux sanctions, dont 64 uniquement par des exportations chinoises". Sans surprise les efforts du régime ont porté sur les secteurs des plus stratégiques tels que les réacteurs nucléaires, les machines et équipements électriques, et les instruments d’optique lesquels " affichent des taux de compensation particulièrement élevés : plus d’un tiers des approvisionnements russes ont été intégralement compensés dans ces trois secteurs".

 

Démêler

 

La question du coût a été examinée sous toutes les coutures par les membres du CEPII et deux enseignements majeurs en sont tirés. Le premier est que " l’augmentation des prix a été particulièrement significative pour les produits duals (à double usage civil et militaire ndlr) en provenance des pays qui n’ont pas participé aux programmes de sanctions" et avec un prix près de 39 % plus cher que le prix des exportations de ces pays vers le reste du monde alors même qu’il s’agit des mêmes produits. Confrontés à une moindre concurrence, les exportateurs ont vraisemblablement profité de l’occasion pour gonfler leurs marges.

A l’inverse, l’autre affirmation tend à prouver que cette hausse "n’est, en revanche, pas plus élevée pour les produits réexportés, ce qui suggère que le contournement des sanctions via des pays connecteurs n’est pas à l’origine du renchérissement des importations russes de produits duals". Ces pays dits connecteurs sont caractérisés comme ceux "ayant permis à des produits duals de pays appliquant des sanctions d’être acheminés jusqu’au marché russe". C’est notamment le cas de la Turquie, dont près du quart de ses exportations vers la Russie est constitué de produits réexportés.

Il s’agit d’un des exemples les plus flagrants mais le phénomène reste difficile à quantifier. Au CEPII on assume d’avoir choisi de "considérer comme réexporté un produit dont la hausse des exportations à destination de la Russie représente au moins la moitié de l’augmentation des importations en provenance des pays ". Les chiffres sont donc loin d’être exhaustifs dans certains cas, d’autant plus qu’une multitude de pays sont utilisés à cette fin tels que l’Arménie (90 % de réexportation), l’Ouzbékistan (74 %) ou encore l’Azerbaïdjan (66 %).

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