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ArcelorMittal tient bon et soigne ses actionnaires / Embellie sur les prévisions de demande
La sidérurgie européenne a beau être en crise, ArcelorMittal n’en souffre pas outre mesure et prévoit même du mieux pour la suite. Ce qui n'a pas échappé aux opérateurs de marché. Le pensionnaire du CAC 40 s’est installé sur le podium des plus fortes progressions de l’indice phare depuis l’ouverture de la Bourse de Paris, gagnant plus de 6 % à la mi-séance.
Certes, certaines facettes du cri d’alerte lancé il y a quelques semaines par le président du groupe en France, Alain Le Grix de la Salle, aux députés de la commission des affaires économiques, s’illustrent dans les résultats du groupe : la fin d’année semble bel et bien avoir été plus difficile sur le plan commercial.
Les ventes de l’aciériste ont en effet perdu de l’altitude au fil de l’année, pour atterrir à 14,7 milliards de dollars au titre du quatrième trimestre. Trois mois au cours desquels ArcelorMittal a aussi enregistré une perte d’exploitation de près de 2 milliards de dollars. Sur l’ensemble de l’année 2024, ArcelorMittal a enregistré un recul d’environ 8 % de son chiffre d’affaires, qui s’est élevé à 62,4 milliards de dollars. Néanmoins, son bénéfice d’exploitation a repris des couleurs : à 2,3 milliards de dollars à la fin de l’année 2023, il a grimpé à 3,3 milliards de dollars en 2024. Et puis, malgré le recul de ses ventes hivernales, le groupe est parvenu à maintenir sa rentabilité, pour qu’elle se situe finalement au-delà des attentes des observateurs de marché.
Une enveloppe qui profite aux actionnaires
Au quatrième trimestre, l’Ebitda d’ArcelorMittal a représenté 1,65 milliard de dollars. Il traduit une progression de 5 % par rapport au trimestre précédent et de 14 % sur un an. Et dépasse même de 8 % le consensus des analystes. Une performance tirée par la division minière du groupe, qui a signé des livraisons records, tandis que son cœur de métier qu’est l’acier a été plus en ligne avec les prévisions. Le résultat d'une rentabilité solide au Brésil, tandis que la contribution de l’Europe a malgré tout été résistante, grâce à un contrôle des coûts. De quoi compenser le ralentissement en Amérique du Nord, où le recul des prix et des volumes n’a pas joué en la faveur d’ArcelorMittal.
L’indicateur, sur l’ensemble de l’année, s’est toutefois érodé, de 8,7 milliards de dollars en 2023 à 7 milliards de dollars en 2024. "L’année dernière a été difficile d’un point de vue économique mondial", a admis le président-directeur général du groupe, Aditya Mittal. "Mais malgré cela, l’Ebitda par tonne à 130 dollars est considérablement plus élevé que la moyenne sur cinq ans avant le Covid. Le fait que nous générions des flux de trésorerie disponibles, que nous investissions pour la croissance et que nous rendions des liquidités aux actionnaires dans ces conditions de marché témoigne de la solidité de l’entreprise", a-t-il poursuivi. Il faut dire, effectivement, que l’entreprise a généré un flux de trésorerie net, provenant de ses activités d’exploitation, de près de 5 milliards de dollars en 2024.
Et les actionnaires du groupe en ont profité : 1,7 milliard de dollars leur a été restitué (le reste ayant très majoritairement été alloué aux projets de croissance et plus marginalement aux fusions-acquisitions). À fin décembre 2024, 92 % du programme en cours de rachats d’actions, de 85 millions d’euros (88 millions de dollars), avait aussi été réalisé. Le conseil d’administration d’ArcelorMittal propose ainsi d’augmenter le dividende annuel de base aux actionnaires à 55 centimes de dollar par action, soit 5 centimes de plus qu’au cours de l’exercice 2024. "La société continuera de restituer aux actionnaires un minimum de 50 % du flux de trésorerie disponible après dividende via des rachats d’actions", assure l’entreprise.
Priorité aux zones de croissance
Pour l’année prochaine, elle estime que ces flux devraient être soutenus par l’optimisation du fonds de roulement. L’achèvement des projets de croissance stratégique sera aussi en mesure de les porter. Il en sera de même pour l’Ebitda, qui profitera de ceux en cours, malgré les retards pris de certains. Par exemple, l’expansion du minerai de fer du Liberia a été révisée à la baisse, tandis que le nouveau four électrique de Calvert aux États-Unis est en train d’être mis en service. Au total, ces fameux programmes d’investissements stratégiques devraient augmenter le potentiel d’Ebitda de 1,9 milliard de dollars à terme, avec un bénéfice anticipé de 400 millions de dollars en 2025.
En tout, le groupe prévoit de consacrer 4 à 5 milliards de dollars aux investissements en 2025. Les projets liés à la décarbonation devraient, eux, profiter de 300 à 400 millions de dollars. En revanche, la priorité d'allocation de ces fonds sera donnée aux marchés où les perspectives de croissance sont les plus lisibles, soit le Brésil, l’Inde et les États-Unis, prévient ArcelorMittal. Car pour l’heure, plus difficile de se projeter en Europe. La faiblesse de la demande, mêlée à des coûts de l’énergie trop élevés, à des importations chinoises massives, le tout dans un contexte de surcapacités de production mondiale n’arrangent en effet pas la santé du groupe sur le Vieux continent, qui a par exemple mis en suspens son grand projet d’acier vert à Dunkerque. A l'inverse, l'entreprise a prévu de construire une usine d'acier électrique aux États-Unis. La production devrait y démarrer fin 2027.
Pour la suite, ArcelorMittal se montre optimiste. La société estime que la demande apparente devrait s’apprécier dans le monde en 2025. Les niveaux de stocks faibles, tout particulièrement en Europe, devraient alimenter l’activité de réapprovisionnement, ce qui complétera ainsi l’amélioration réelle des conditions de marché. "De nouvelles mesures sont particulièrement nécessaires en Europe, qui a été touchée par l’augmentation des importations en 2024, ce qui a encore accru les pressions sur l’industrie manufacturière européenne. Il est essentiel que nous voyions des progrès en 2025, à la fois pour fournir l’aide d’urgence nécessaire et pour créer un environnement politique qui encourage les investissements requis pour accélérer la décarbonation en Europe", a ajouté Aditya Mittal. La Commission européenne devrait de son côté dévoiler un "Plan Acier" autour du mois de mars pour répondre aux préoccupations du secteur.
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