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Yves de Kerdrel

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Pourquoi le G 20 sera vain
par Yves de Kerdrel

Les chefs d’État des vingt plus grandes puissances mondiales – à l’exception de Vladimir Poutine qui a déclaré forfait – se réunissent à Bali mardi et mercredi pour traiter des grandes préoccupations mondiales. Mais dans un climat où la guerre incite au retour des nationalismes, on voit mal ce qui pourrait déboucher de cet exercice de multilatéralisme. À commencer par le sujet du prix de l’énergie.

13/11/2022 - 06:30 Lecture 12 mn.

 

C’est un curieux exercice auquel vont se livrer les chefs d’État ou de gouvernement des vingt principales puissances mondiales qui se réunissent mardi et mercredi à Bali, avant de le faire en 2023 en Inde. Cette dix-septième réunion d’un G 20 voulu par Nicolas Sarkozy pour résoudre les conséquences de la grande crise financière de 2008 pourrait pourtant être intéressante dans la mesure où se retrouvent autour de la table toutes les sensibilités politiques : démocraties, démocratures, non-alignés, … Si bien que le G 20 dispose d’une capacité de discussion très supérieure à celle d’un ONU qui a disparu des radars, en dépit de la montée des tensions internationales.

Il y aura donc présents à Bali les désormais habitués de l’exercice comme Emmanuel Macron, Justin Trudeau, Narendra Modi, l’argentin Alberto Fernández, Cyrille Ramaphosa, Président de l'Afrique du Sud, le roi Salmane d’Arabie saoudite ou le turc Erdogan, mais aussi les chefs des superpuissances comme Joe Biden et Xi Jinping (catégorie dans laquelle on n’ose même plus faire figurer la Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen) et les petits nouveaux comme Giorgia Meloni, Olaf Scholz de retour de Pékin, le Coréen Seok-Youl, le Japonais Kishida ou l’Australien Albanese. Le seul grand absent sera Vladimir Poutine, qui a déclaré forfait il y a quelques jours, sauf coup de théâtre de dernière minute.

 

La question du réchauffement climatique de la COP 27 au G 20

 

Bien sûr le conflit russo-ukrainien sera au cœur des discussions avec la présence de Volodymyr Zelensky par visioconférence. Il sera donc question des moyens de faire pression sur les deux parties pour la reprise des pourparlers au moment précis où l’armée russe vient de faire une piteuse retraite à Kherson de l’autre côté du fleuve Dniepr. Mais on peut compter sur la Chine pour défendre les intérêts de la Russie. Et il sera intéressant de voir comment se comporte l’Inde, qui a été désignée pour accueillir le G 20 en 2023.

Autre sujet essentiel lié à la guerre, et qui était déjà au cœur des discussions du G 7 en juin dernier, c’est la flambée du prix des énergies. L’Arabie saoudite mène la danse pour maintenir un pétrole à un prix élevé. Ce qui arrange la Russie qui reste l’un des principaux exportateurs d’or noir. Mais la flambée des coûts énergétiques déstabilise les économies européennes et rebat les cartes de la compétitivité internationale. Ce G 20 pourrait être aussi une occasion exceptionnelle d’avancer dans le combat de tous contre le réchauffement climatique. Au moment où vient de s’ouvrir la COP 27. Mais le fossé entre les pays riches, les pays émergents très émetteurs de gaz à effet de serre et les pays pauvres ne cesse de se creuser. C’est ce qu’Emmanuel Macron a mis en avant dans son intervention à Charm-El-Cheikh. À l’Élysée on évoquait ces derniers jours une initiative importante du Chef de l’État qui lui permettrait d’imposer son leadership dans ce domaine.

 

Le sommet parallèle du B 20

 

Sur le plan économique, les représentants des employeurs de toute la planète font également le déplacement ; ce qui ne manquera pas de susciter des protestations pour la consommation occasionnée en matière de kérosène… Mais en même temps que le G 20 se tient le B 20 (B comme Business). La délégation française à ce sommet parallèle est conduite par Bernard Spitz, le Président de la Commission internationale et Europe du Medef avec pour but de faire l’unité des Européens et si possible des Occidentaux autour de quelques priorités telles que la protection de conditions de concurrence justes et équitables entre pays membres (Level playing Field), la limitation des obstacles au commerce, la préservation de la propriété intellectuelle et de la protection des données, et le respect des engagements en matière environnementale et sociale.

La délégation française devrait s’appuyer, à cette occasion, sur l’accord unanime signé, lors du B 7 de 2019 à Aix-en-Provence, par toutes les délégations d’employeurs ainsi que par toutes les organisations de salariés. Cette plateforme en faveur d’un développement économique plus inclusif sur le plan social et environnemental est défendue depuis plusieurs années par Bernard Spitz et le Medef auprès des gouvernements européens et dans le cadre du trilogue européen annuel entre Confindustria, Medef et BDI dont la prochaine réunion se tiendra à Rome à la fin du mois.

 

Un choc énergétique évalué à 60 milliards pour la France

 

Pour l’heure la question énergétique concentre de plus en plus les craintes des industriels et des entrepreneurs français. François Villeroy de Galhau a souhaité dédramatiser ce sujet jeudi matin sur Europe 1. Pour la première fois, à l’occasion de son enquête mensuelle, la Banque de France a interrogé les chefs d'entreprise sur l'effet de leur facture d'énergie sur leur activité. Il ressort qu’environ un quart des entreprises affirment que l'énergie a un impact sur leur activité. En fonction des prévisions sur les trois prochains mois, ce quart pourrait devenir 40 % des entreprises françaises. Curieusement le grand argentier français a expliqué que les craintes exprimées dans cette enquête sont "plutôt de l'ordre du sentiment que de la réalité aujourd'hui" Avant d’ajouter tout de même : "Mais ce sentiment, évidemment, il faut y être très attentif." D’autant que François Villeroy de Galhau a estimé le coût du choc énergétique à environ 60 milliards d'euros ou 2,5 % du PIB.

C’est dans ce contexte que Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, qui est submergé d’appels d’entrepreneurs, noyés par la hausse de leur facture énergétique, a convoqué une conférence de presse sur les conséquences de la crise énergétique sur les entreprises, mercredi prochain dans la matinée. Le patron des patrons va essayer de tirer la sonnette d’alarme sur les conséquences immédiates en termes de trésorerie des entreprises, mais aussi d’emploi et à moyen terme sur la compétitivité des entreprises françaises. D’autant plus que le bouclier tarifaire à destination des entreprises est à la fois complexe et minime (10 milliards d’euros). Alors que les industriels allemands profitent d’un parapluie de 200 milliards d’euros.

 

Le patronat inquiet de l’impact des factures énergétiques

 

Le patron du Medef sera aussi amené à commenter les dernières perspectives de la Banque de France sur la croissance française. L’économie française pourrait, en effet, connaître une très légère croissance au quatrième trimestre, a estimé mercredi dernier la Banque de France, qui note à la fois une bonne résistance de l’activité des entreprises et une atténuation des tensions inflationnistes. La prévision de croissance pour le quatrième trimestre est toutefois entourée d’une "très forte incertitude", en raison du contexte international mais aussi des aléas liés à la météo comme aux approvisionnements en énergie, a précisé Olivier Garnier, directeur général des statistiques, études et international de la banque.

La croissance du produit intérieur brut de la France a ralenti à 0,2 % au troisième trimestre selon la première estimation publiée fin octobre par l’Insee, après 0,5 % sur les trois mois précédents. Dans son point de conjoncture mensuel, la Banque de France explique que "l’activité continue à résister globalement" et que les entreprises anticipent une poursuite de cette tendance en novembre. Elle évoque aussi une diminution des difficultés d’approvisionnement dans l’industrie, une atténuation des difficultés de recrutement ou encore un ralentissement de la hausse des prix des produits finis.

 

Villeroy de Galhau se défend de refroidir l’économie

 

En revanche lors de son interview de jeudi sur Europe 1, François Villeroy de Galhau, a pris un ton martial pour affirmer : "Il ne s'agit surtout pas d'être autosatisfait puisque l'inflation est autour de 7 % aujourd'hui en France, c'est trop." Avant d’ajouter : "Nous allons avec Christine Lagarde faire ce qu'il faut pour ramener l'inflation vers 2 % d'ici deux ou trois ans. Ce n'est pas seulement notre prévision, c'est aussi notre engagement vis-à-vis des Français et des Européens. C’est notre responsabilité comme Banque centrale."

Pour autant François Villeroy de Galhau s’est défendu, comme banquier central de "refroidir l’économie" par les hausses de taux. "Le but de la Banque centrale européenne et de la Banque de France, ce n'est pas de provoquer une récession, c'est de faire baisser l'inflation, c'est cela notre responsabilité. Et par rapport à cet objectif, nous avons les instruments efficaces, nous avons la capacité d'agir et nous avons la volonté d'agir." Il reste que l’exemple américain inquiète jusqu’en Europe avec désormais des taux à 4 % et une anticipation des marchés à 5 % d’ici la fin de l’année, alors les prix à la consommation américains ont augmenté moins que prévu en octobre, limitant l’inflation en dessous de 8 % pour la première fois en huit mois. De fait les États-Unis pourraient échapper à une récession l’an prochain. Ce qui ne serait pas le cas de la zone Euro et de la France en particulier.

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