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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Brésil : Bolsonaro à qui perd gagne
par Jean-Baptiste Noé

Mis en ballottage défavorable au premier tour de l’élection présidentielle, Jair Bolsonaro peut se consoler des très bons scores de son parti au niveau local. S’il devait gagner la présidentielle le 30 octobre, Lula aurait face à lui un Parlement et des pouvoirs locaux opposés à sa politique. 

08/10/2022 - 08:30 Lecture 5 mn.

 

Les sondages lui promettaient une victoire dès le premier tour, l’ancien président socialiste Lula da Silva devra passer par un second suffrage pour retrouver le poste de président. Avec 48 % des voix, il échoue de peu à l’élection. La grande surprise est venue de son concurrent, Jair Bolsonaro, donné largement vaincu par les sondages et qui termine à 43 %. Non seulement il talonne Lula mais il provoque un second tour qui sera beaucoup plus serré que prévu.

 

Pouvoirs nationaux, pouvoirs locaux

 

À l’inverse de la France, le président du Brésil ne dispose pas de pouvoirs très étendus. Les États fédéraux, les villes et le Parlement captent une partie du pouvoir exécutif et législatif, réduisant d’autant les pouvoirs présidentiels. Pour gouverner et faire appliquer les réformes promises, le prédisent brésilien doit donc disposer de ces relais locaux, au risque sinon d’être un président impuissant. C’est notamment ce qui avait manqué à Bolsonaro lors de son premier mandat ; l’opposition systématique des pouvoirs locaux entravant son action. Au Brésil, toutes les élections se déroulent le même jour, dévoilant un paysage politique beaucoup plus complexe. Certes Lula est en tête au niveau national, mais au niveau local, son Parti des travailleurs (PT) est très souvent dépassé par le Parti libéral (PL) de Bolsonaro.

Le 2 octobre se tenait donc, outre le premier tour des élections présidentielles, l’élection de tous les gouverneurs d’État (26 États plus le District fédéral de Brasilia), le renouvellement du Parlement national (ensemble de la Chambre des députés, 513 sièges, et un tiers du Sénat, qui compte 3 sénateurs par État) et des chambres législatives des États fédérés. Le mode de scrutin varie d’une élection à l’autre : scrutin majoritaire à deux tours pour la présidentielle et l’élection des gouverneurs, majorité des scrutins exprimés à deux tours pour les sénatoriales, scrutin proportionnel pur pour la Chambre des députés, mode de scrutin variable d’un État fédéré à l’autre pour les chambres locales. Tout cela dessine une pratique politique complexe, d’autant que le vote est obligatoire, ce qui n’a pas empêché malgré tout une abstention à près de 20 %.

Pour les élections des gouverneurs, le PL obtient huit élus dès le premier tour, dont celui de Rio de Janeiro avec près de 60 % des suffrages, et huit autres sont en ballottage favorable, notamment Tarcisio Gomes, ancien ministre de l’Infrastructure (État de São Paulo). Avec 83 députés et 15 sénateurs, le Parti Libéral devient le plus grand groupe tant à la Chambre des députés qu’au Sénat. Cela constitue le meilleur résultat pour un parti brésilien depuis 1998. Si Lula devait finalement l’emporter, son action présidentielle serait entravée par les pouvoirs locaux, qui n’ont guère coûté la corruption massive orchestrée par le PT, ce qui valut à Lula et Dilma Roussef une période de prison.

 

Implantation de Bolsonaro

 

Les nombreuses victoires locales, notamment à São Paulo et Rio de Janeiro, les deux plus grandes villes du pays et les États les plus développés, témoignent d’un enracinement du parti de Bolsonaro et d’une adhésion à ses idées, même si la personne peut rebuter les électeurs pour l’échelon national. La diminution de la délinquance et des homicides, véritable fléau au Brésil, a été mise à son crédit par une partie de la population issue des couches les plus populaires. Lula et le PT conservent en revanche leur fort ancrage électoral du Nordeste où le PT a toujours été en position de force.

Les trois semaines qui précèdent le second tour s’annoncent donc difficiles pour les candidats. La structure politique du Brésil étant assez plastique et ouverte aux coalitions et aux ententes, il est tout à fait possible que des alliances se nouent localement, pour des régions spécifiques, sans que cela n’aboutisse à des ententes au niveau national. Quoi qu’il en soit, si Lula devait l’emporter le 30 octobre prochain il verrait ses champs d’action réduits par la forte implantation du PL et des idées de Bolsonaro.

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