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La capitalisation de la Société Générale alimente les rumeurs
L'actualité de la Société Générale n'est pas un long fleuve tranquille. Après deux trimestres de pertes conséquentes, un déficit surprise de 326 millions d’euros au premier trimestre et une perte de 1,26 milliard d’euros au deuxième, le géant bancaire se doit d’aller de l’avant. Et pour cela, Frédéric Oudéa mise sur une baisse générale des coûts dans tous les métiers. Mais la dégradation des comptes pourrait impliquer également des décisions plus stratégiques. C’est dans ce cadre que la rumeur d’une possible vente de Lyxor est réapparue. Réapparue car il est presque devenu habituel de recevoir des alertes concernant une possible cession de la filiale de gestion d’actifs de la Société Générale. La rumeur court en effet depuis 2014, où différents signes (départ de dirigeants, intérêts de concurrents…) avaient laissé envisager une telle décision. Depuis elle part et revient sans cesse, notamment l’an passé.
Cette fois, Reuters a relancé la machine : deux sources ont confirmé à l'agence de presse que Citigroup a été engagé par la banque pour superviser une vente, qui serait attendue au quatrième trimestre. Cette vente valoriserait la filiale autour du milliard d’euros, précisent même les sources. Fondée en 1998, Lyxor gère un total de 147,5 milliards d’euros d’encours à fin août 2020, dont 74,4 milliards d’euros d'ETF et 73,1 milliards en gestion active. Le gestionnaire est lui-même organisé en deux filiales : Lyxor Asset Management et Lyxor International Asset Management. Bien qu’ayant perdu 21,6% de son Produit net bancaire (PNB, l'équivalent du chiffre d'affaires) au deuxième trimestre, il reste le troisième fournisseur européen d’ETF.
Société Générale dément dans un environnement compliqué
Contactée par Wansquare, la Société Générale précise "ne pas faire de commentaires sur les rumeurs de marché". La banque préfère d’ailleurs balayer l'idée de pertes, pour mettre en évidence les niveaux de ratio de fonds propres (le ratio CET1 était de 12,3% lors de la publication des résultats du S1, soit 330 points de bases au-dessus de l’exigence réglementaire) et les réserves de liquidité, que de parler des réorientations à l’œuvre. Pour autant, le départ de deux directeurs délégués, ainsi que la cession de ses actifs en Europe de l’Est dès 2018 et l’année passée de sa division nordique SG Finans témoignent d’une véritable volonté de changement sans même qu'une stratégie soit clairement définie.
Les effets de cette rumeur n’ont, de toute façon, pas eu d’impact sur les marchés. Du moins d’impact visible, le CAC40 subissant une perte significative en raison des craintes liées au rebond des cas de contaminations qui pourraient entraîner un reconfinement. Les bancaires sont encore plus touchées sur fonds de nouvelles révélations. Les "FinCEN Files", une fuite de plus de 2.500 nouveaux documents obtenus par BuzzFeed News et confiés pour investigation au Consortium International des Journalistes d’Investigation, révèlent comment les banques font circuler de l’argent susceptible de relever du blanchiment.
Le groupe dirigé par Frédéric Oudéa est le plus touché de toutes les bancaires. Son action perdait vers 17h00 près de 7% à 11,77 euros. Si celle-ci se maintenait à ce niveau à la clôture, la Société Générale aurait atteint son plus bas niveau depuis... son introduction en Bourse. Même pendant la grande crise financière de 2007-09, qui s'ajoutait à l'affaire Kerviel, la banque n'avait connu une telle désillusion : un tel niveau lui confère une valeur à peine supérieure à 10 milliards d'euros. Plus qu'une cession, c'est donc surtout d'une OPA que le groupe devrait s'inquiéter : avec une capitalisation de six fois inférieure à ses fonds propres (65,7 milliards d'euros au 30 juin), la Société Générale est indéniablement une bonne affaire...
Face à sa grande sœur BNP Paribas et au géant mutualiste Crédit Agricole, l'établissement rouge et noir a dû se battre et prendre des risques pour défendre sa place. Il est habitué à être convoité, comme le rappelle si bien la dantesque bataille qui, en 1999, l'a opposé à BNP pour mettre la main sur Paribas et au cours de laquelle il a failli être avalé. La déclaration de la BCE en juillet dernier, jugeant que les fusions étaient un moyen de soutenir la rentabilité du secteur bancaire, avait d'ailleurs fait bondir les titres des établissements français, signe que ce type de scénario à la faveur des marchés. Le double argument, servi par la Société Générale, de la liquidité et des fonds propres (qui, comme toutes les banques qui ont survécu à la crise financière de 2008, ont été considérablement renforcés) ne suffit plus à convaincre les investisseurs.
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