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Slawomir Krupa donne du temps à l’IA / Société Générale inscrit sa transformation sur cinq à dix ans

Société Générale attend déjà 500 à 600 millions d’euros d’économies de l’intelligence artificielle d’ici 2029. Mais Slawomir Krupa estime que la transformation profonde des métiers bancaires prendra beaucoup plus de temps, notamment en raison des enjeux de confiance, de contrôle et de supervision.
Slawomir Krupa, le directeur général de Société Générale. (Photo by Fabrice COFFRINI / AFP)
Slawomir Krupa, le directeur général de Société Générale. (Photo by Fabrice COFFRINI / AFP)

Au lendemain de la présentation du plan stratégique de Société Générale à horizon 2029, Slawomir Krupa a profité de la conférence financière organisée mardi à Londres par Bank of America pour revenir sur l’un des leviers les plus attendus de son plan : l’intelligence artificielle. Moins pour en vanter le potentiel que pour en tempérer le calendrier. Le groupe en attend pourtant déjà 500 à 600 millions d’euros d’économies d’ici 2029, dont environ 350 millions sont d’ores et déjà identifiés, et vient de signer un accord stratégique avec Anthropic. Mais pour son directeur général, ces gains ne représentent encore qu’une première étape d’une transformation qu’il inscrit dans un temps beaucoup plus long.

Sur le fond, sa conviction est entière. « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il existe un horizon où certains de nos processus les plus lourds, les retraitements manuels, l’informatique héritée, les problèmes d’architecture, etc., seront balayés par cette technologie », a-t-il assuré à Tarik El Mejjad, l’analyste de Bank of America qui l’interrogeait. Toute la question est celle du rythme, et le dirigeant reconnaît s’être volontairement gardé de faire trop de bruit autour de cette opportunité. Car dans la banque, la confiance demeure à ses yeux une valeur qui ne disparaîtra pas. « Dès que nous rencontrerons, en tant qu’industrie, le moindre problème de confiance lié à cette technologie, nous reviendrons très vite à une priorité donnée à la confiance et à la sécurité », prévient-il.


La leçon des modèles de crédit


Avant de confier à l’IA des pans entiers de leur activité, les banques devront donc concevoir et déployer ces outils, puis les faire valider par les régulateurs et les superviseurs, afin d’être certaines d’en garder le plein contrôle. Slawomir Krupa en veut pour preuve le précédent des modèles de crédit : il a fallu entre cinq et dix ans au secteur bancaire européen, selon les établissements, pour en documenter à peu près correctement le fonctionnement auprès des superviseurs. « Et croyez-moi, le modèle de crédit est au fond la chose la plus simple qui soit dans la banque », souligne-t-il. Pour les modèles et les agents d’IA, l’horizon se situe donc selon lui « bien plus à cinq à dix ans au minimum que dans les dix-huit prochains mois ».


BoursoBank, la preuve par douze


Ce calendrier long n’empêche pas Société Générale de mettre en avant un modèle qui a déjà profondément réduit le coût de production bancaire, sans attendre un recours massif à l’IA. « Je n’ai encore entendu personne nous dire qu’il allait diviser par douze le coût d’une activité bancaire grâce à l’IA. Or nous avons un cas d’école où, avec un peu d’IA, mais pas encore beaucoup, nous avons une activité qui fonctionne à un douzième de ce que coûte par ailleurs une activité de banque de détail en France », fait valoir Slawomir Krupa à propos de BoursoBank. La banque en ligne, qui devrait gagner 300 millions d’euros cette année, conjugue ce coût de service extrêmement bas avec des classements de premier plan en matière de satisfaction client.

Cette efficacité est précisément celle que Société Générale veut davantage diffuser dans son dispositif français. Le rapprochement sous un même management des clients particuliers de BoursoBank, du réseau SG et de la banque privée doit notamment permettre d’importer dans le réseau certains acquis technologiques et opérationnels de la banque en ligne et d’ajuster davantage le coût de service au potentiel de chaque segment. Une transformation qui, là encore, dépassera le seul horizon du plan : Slawomir Krupa attend de ce nouveau modèle, une fois arrivé à maturité, des volumes de création de valeur plus importants à partir de 2029-2030.

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