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STMicroelectronics / Rémy El-Ouazzane / Lorenzo Grandi

STMicroelectronics croule sous les commandes / Mais ses marges dépendent encore de ses usines

La demande accélère au point de dépasser certaines capacités de production. Un retournement spectaculaire pour STMicroelectronics, dont le redressement des marges reste pourtant suspendu à sa restructuration industrielle.
30/10/2026 - 17:00
(Photo by Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
(Photo by Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

« L’an prochain, nous serons très probablement davantage limités par nos capacités que par la demande. » Rémy El-Ouazzane, qui dirige la division microcontrôleurs, circuits numériques et RF de STMicroelectronics, évoquait jeudi les composants électroniques que le groupe fournit pour les communications des satellites en orbite basse. Après deux années de repli, le fabricant de semi-conducteurs ne manque plus de clients : dans certaines de ses activités, c'est désormais sa capacité à produire suffisamment qui pourrait freiner sa croissance. Au troisième trimestre, son chiffre d’affaires a progressé de 17,9 % sur un an, à 3,76 milliards de dollars, et il devrait atteindre 4,15 milliards au quatrième, en hausse de près de 25 %.

En Bourse, l’accueil réservé à ces résultats est toutefois resté mesuré. Après avoir gagné 1,9 % jeudi, l’action reflue de 2,9 % ce vendredi, à 42,94 euros. Les comptes ont dépassé le consensus, mais de peu sur le chiffre d’affaires, et « les attentes élevées des investisseurs, leurs positions déjà constituées sur le titre et le climat boursier défavorable au secteur ont limité la réaction du marché », estime Deutsche Bank. Vendredi, le titre a surtout été entraîné par le repli des valeurs technologiques européennes, ASML cédant près de 5 %, sur fond de nouvelles interrogations autour des valeurs liées à l’intelligence artificielle.


Les satellites et l’IA font déborder le carnet


Sur le fond, la demande ne faiblit pas. Le ratio entre commandes et facturations reste nettement supérieur à deux pour l’ensemble du groupe. Dans les équipements de communication comme dans l’industrie, « quand je dis bien au-dessus de deux, je dois dire bien au-dessus de trois », a précisé Jean-Marc Chéry, le directeur général. Le carnet de commandes dépasse 20 milliards de dollars, soit environ cinq trimestres de ventes. « Mais nous sommes encore loin du pic de 2023 et 2022 », tempère le dirigeant, en référence aux années marquées par les tensions sur l’approvisionnement en semi-conducteurs.

Deux relais propres au groupe alimentent cet afflux. Les centres de données devraient lui rapporter environ 1,3 milliard de dollars cette année, contre plus de 1 milliard espéré en juillet, et le groupe ambitionne de dépasser largement 2 milliards en 2027. Dans les satellites, où SpaceX est le principal client, 2027 s’annonce au moins aussi bon que 2026, année record, d’autres programmes venant s’ajouter. C’est là que STMicroelectronics cherche à libérer des capacités pour servir toute la demande. Ce basculement modifie le profil du groupe : à la fin de l’année, les équipements de communication et périphériques informatiques, qui comprennent les centres de données et les satellites, mais aussi des activités historiques, pèseront un peu plus de 20 % de ses ventes, contre environ 35 % pour l’automobile, et leur part doit encore grimper en 2027.


Quatre usines à fermer pour quatre points de marge


Encore faut-il que cette croissance se traduise en rentabilité. Car si certaines lignes de production sont saturées, d’autres restent sous-utilisées et continuent de peser sur les marges. La marge brute est remontée à 37,3 % au troisième trimestre et le groupe vise 39 % au quatrième, au-dessus des 38,1 % attendus par le consensus, ce qui constitue le principal motif de satisfaction, selon UBS. Mais l’objectif de 44 à 46 % dépend avant tout de la refonte de l’outil industriel, censée apporter à elle seule plus de 400 points de base. « Le calendrier des bénéfices de la restructuration industrielle sera déterminant », souligne AlphaValue. L’essentiel de ce gain structurel est attendu fin 2027 ou début 2028, avec la fermeture de quatre usines historiques dont la production est transférée vers des sites plus modernes. « Cela dépend de l’acceptation des clients. Pour trois de ces usines, pour l’essentiel, nous pensons avoir tout en main. Il y a encore des discussions pour l’une d’entre elles », a détaillé Lorenzo Grandi, le directeur financier.

D’ici là, la transition pèse sur les comptes. Le transfert des productions entraîne des coûts supplémentaires, tout en perturbant temporairement l’efficacité des usines concernées. C’est particulièrement le cas dans les produits analogiques, MEMS et capteurs, dont la marge opérationnelle est tombée de 15,4 % à 14,1 %, malgré des ventes en hausse de 8,8 %. Cette activité devrait bénéficier du transfert vers des lignes de production plus modernes, notamment en 300 millimètres, qui permettent de fabriquer davantage de composants sur chaque tranche de silicium. Les composants de puissance et discrets, dont la production doit également migrer vers des tranches de plus grand diamètre, restent quant à eux déficitaires, avec une marge opérationnelle négative de 17,1 %. Au quatrième trimestre encore, la sous-utilisation des capacités et les coûts non récurrents liés aux transferts amputeront la marge brute d’environ 70 points de base.

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