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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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Aurons-nous un budget à Noël ?
par Laurent Bigorgne

Pendant que la Chine et les États-Unis dessinent ensemble la suite du vingt et unième siècle, la dégradation de notre vie politique nous ramène à notre condition de puissance moyenne, que la tenue du sommet Africa Forward à Nairobi peine à masquer. À Paris, cette semaine, l’ambiance était très différente : le gouvernement cherche déjà comment doter la France d’un budget pour 2027 et l’équation est à plusieurs inconnues.

17/05/2026 - 06:25 Lecture 8 mn.

La macroéconomie en berne

 

On se rappelle dans quelles circonstances Sébastien Lecornu fut appelé à Matignon en septembre et combien l’adoption du PLF 2026 fut douloureuse. Dès ce mois de mai, le budget 2027 est dans toutes les têtes, d’autant que trois facteurs en compliquent la construction : le ralentissement de la croissance dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient, le retour de la hausse du chômage et bien sûr l’imminence de l’élection présidentielle du printemps prochain.

Déjà oubliée la bonne nouvelle du mois de mars, lorsque l’Insee publia une première évaluation des comptes nationaux de 2025, établissant le déficit public à 5,1 % du PIB et non pas à 5,4 % comme attendu – même si chacun a bien en tête ce que ce résultat doit au levier fiscal. Cette maigre consolation a néanmoins conféré pour quelques semaines un certain crédit à l’hypothèse gouvernementale d’un déficit ramené à 4,7 points de PIB en 2026 et au respect d’une trajectoire à 3 % en 2029.

Mais, coup sur coup, les chiffres de la croissance livrés il y a deux semaines – nulle au premier trimestre contre 0,2-0,3 % attendu – et ceux du chômage – qui a dépassé 8 % pour la première fois depuis 2021 – sont venus assombrir l’horizon et rendre l’équation budgétaire plus difficile encore. L’inflation, quant à elle, atteint 2,2 %, tirée principalement par la forte accélération des prix de l’énergie. Elle provoquera mécaniquement une revalorisation de 2,4 % du smic au mois de juin.

Dans ce contexte très tendu, certains considèrent que nous n’aurons pas d’autre choix que d’adopter une loi spéciale plutôt qu'une loi de finances avant la fin de l’année, comme en décembre 2024 après la censure du gouvernement de Michel Barnier, puis en décembre dernier. Disons-le tout net : en faire le scénario central de la prochaine discussion budgétaire serait une folie.

 

La folle idée d’une loi spéciale

 

D’abord parce qu’un tel renoncement aurait un coût considérable. David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, vient d’ailleurs de demander à l’Inspection générale des finances à Bercy d’en mesurer les conséquences. En reconduisant simplement les paramètres de 2026, une loi spéciale empêcherait toute nouvelle mesure d’économie et elle ne permettrait pas l’adaptation nécessaire des moyens de l’État, notamment pour nos armées. Des estimations officieuses circulent déjà : le déficit public pourrait atteindre 6 points de PIB en 2027, soit un niveau très supérieur à celui de cette année.

Ensuite, il faudrait imaginer tenir sur cette « roue de secours » au-delà de la présidentielle, au moins jusqu’à l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale en juin 2027. Il faudrait alors présenter, en plein été, un véritable projet de loi de finances et probablement aussi un projet de loi de financement de la sécurité sociale. Au mieux, le budget 2027 ne serait adopté qu’au début de l’automne… au moment même où commenceraient les discussions sur le budget 2028.

Indépendamment de la réaction des marchés, une telle situation nous rapprocherait dangereusement d’une forme de paralysie politique et administrative du pays. Celle-ci viendrait négativement et durablement marquer le début du quinquennat 2027-2032. C’en serait, en outre, terminé des fameux « cent jours » censés permettre à un nouveau président d’imprimer sa marque.

 

Défendre la politique de l’offre

 

Manifestement, le plan de Sébastien Lecornu est à l’opposé de ce scénario du pire. Le Premier Ministre fait travailler son gouvernement sur le PLF 2027 et il compte bien jouer des atouts dont il dispose. D’abord, il n’est candidat à rien et il le dit ouvertement, ce qui lui donne évidemment des marges de manœuvre importantes pour envisager l’année qui vient. Ensuite, il n’inscrit pas son action dans une compétition avec le Président de la République. Sa situation est ainsi très différente de celle de Gabriel Attal qui se plaint beaucoup d’avoir subi la défiance et les attaques d’Emmanuel Macron comme de son entourage.

S’il a jugé difficile, pour cette raison notamment, les neuf mois qu’il a passés à Matignon, l’aspirant candidat à la présidence de la République ferait bien de se plonger dans Jours tranquilles à Matignon, livre de souvenirs de Jean-Paul Huchon, directeur de cabinet de Michel Rocard entre 1988 et 1991. Il y décrit la frustration quotidienne de son Premier Ministre face aux interventions quotidiennes de François Mitterrand. Selon lui, les deux hommes vivaient dans « deux univers presque hermétiques ». Sans oublier l’ambiance délétère des petits-déjeuners hebdomadaires des « éléphants » socialistes, ni du congrès de Rennes de mars 1990, qui fractura profondément le Parti socialiste, bien davantage que le parti présidentiel aujourd’hui présidé par Gabriel Attal, pourtant loin d’être un modèle d’unité.

À sa tâche, le Premier Ministre semble faire de la politique autrement : moins par la mise en scène permanente ou l’organisation de sa rareté, que par la négociation et la recherche de compromis concrets. Ces dernières semaines ont montré sa capacité à discuter et à agir directement avec Patrick Pouyanné, le P.-D.G. de Total, sur les prix à la pompe, alors que les relations avec le Medef sont compliquées. Idem avec Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, sur le travail des boulangers le 1er mai, au point que celle-ci a déclaré au Parisien qu’« il est utile d’avoir des boulangeries ouvertes le 1er mai », alors que la relation avec la CFDT est plus difficile. Le Premier Ministre fait de la politique et il cherche les trous de souris comme les bons coups à jouer.

On a d’ailleurs bien compris que sa méthode n’est ni l’enfermement estival à Matignon ni le grand discours sacrificiel de rentrée. S’il reste, au sein de la majorité, un dirigeant prêt à défendre la politique de l’offre - y compris en assumant sa dimension transpartisane et ses racines dans le quinquennat de François Hollande - c’est probablement lui. Il pourrait ainsi tenter un double pari : donner un budget raisonnable à la France pour 2027 tout en obligeant les candidats à l’élection présidentielle à dévoiler enfin aux Français leurs intentions réelles en matière de finances publiques, y compris ceux qui cherchent avant tout à vivre cachés. Dans un paysage politique dominé par l’évitement, ce serait déjà beaucoup.

 

laurent@fnxlb.org

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