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Rexel pousse plus loin son pari américain / Sa plus grosse acquisition depuis 2008 renforce ses marchés les plus porteurs
Il faut remonter au rachat du néerlandais Hagemeyer, en 2008, pour trouver chez Rexel une opération de croissance externe plus importante. Le distributeur de matériel électrique a annoncé vendredi soir un accord avec le fonds américain de private equity Audax Private Equity pour acquérir GCG, spécialiste américain des câbles et des solutions d’ingénierie pour les infrastructures critiques, sur la base d’une valeur d’entreprise de 1,4 milliard de dollars. GCG emploie environ 950 personnes et devrait dépasser 1,1 milliard de dollars de chiffre d’affaires cette année, avec une marge opérationnelle d’environ 11 %.
Depuis 2021, Rexel avait multiplié les acquisitions ciblées, destinées à renforcer ses positions locales ou à prendre pied sur des marchés adjacents. Lors de la présentation aux investisseurs, en octobre 2025, d’Axelerate 28, son plan stratégique à moyen terme lancé en interne auprès des salariés dès mars, le distributeur chiffrait à 2,8 milliards d’euros le chiffre d’affaires ainsi acquis. GCG tranche donc par sa taille avec les opérations récentes, sans bouleverser pour autant l’échelle de Rexel : elle représente 4,7 % de chiffre d’affaires supplémentaire et l’équivalent de 8 % de son EBITA, calculent les analystes d’Oddo BHF, qui la jugent « cohérente avec la stratégie du groupe ».
Dans le sillage d'Axelerate 28
« Elle suit la même logique que nos opérations précédentes, à plus grande échelle », a résumé Guillaume Texier, le directeur général, qui s’exprimait vendredi soir lors de la présentation de l’opération aux analystes et à la presse. Une fois GCG intégré, l'Amérique du Nord pèsera pour la première fois plus de la moitié des ventes, contre 35 % en 2021. L'opération renforce aussi l'exposition de Rexel aux marchés que le groupe considère comme les plus porteurs : plus de 60 % du chiffre d'affaires de GCG est réalisé dans des segments en forte croissance. Les centres de données, déjà identifiés comme un relais prioritaire aux Etats-Unis dans Axelerate 28, en représentent 21 %. L'acquisition permet également à Rexel de pénétrer deux marchés nouveaux ou encore très peu couverts aux Etats-Unis, les utilities, où le groupe était déjà présent au Canada, et la défense, « traditionnellement difficile à pénétrer », relève également Oddo BHF.
Remonter dans la chaîne de valeur
Mais GCG se distingue surtout par la nature de son offre. Plus de 75 % de ses revenus intègrent des produits ou services à valeur ajoutée : ingénierie, assemblage sur mesure, découpe, surmoulage, kitting. « Pensez à un entrepreneur qui construit aujourd'hui un centre de données ou un poste électrique. La main-d'œuvre sur le terrain est rare et chère, les calendriers sont agressifs », décrit Guillaume Texier. Le principe consiste à déplacer une partie du travail réalisé sur le chantier vers les ateliers de GCG, afin de livrer au client des équipements déjà préparés et prêts à installer. Pour un énergéticien engagé dans un programme de 2 GW destiné à des hyperscalers, sa solution a réduit d'environ 60 % le temps d'installation. « GCG vend du temps, de la certitude et des économies de main-d'œuvre », insiste le dirigeant, pour qui ces relations sont « beaucoup moins dictées par le prix ». C'est précisément ce savoir-faire que Rexel veut intégrer pour élargir son rôle au-delà de la distribution et « se positionner sur les segments les plus en amont de la chaîne de valeur des infrastructures ».
La rentabilité de GCG reflète notamment ce positionnement plus riche en services et en valeur ajoutée. Son intégration doit améliorer la marge de Rexel de plus de 20 points de base dès la première année, alors qu’Axelerate 28 vise plus de 7 % à moyen terme. Le multiple d’acquisition, inférieur à 8 fois l’EBITDAaL (EBITDA après loyers), après synergies, repose uniquement sur des synergies de coûts, que Rexel situe dans le haut de sa fourchette habituelle sans les chiffrer. Les éventuelles synergies commerciales n’entrent donc pas dans ce calcul. Des niveaux « jugés raisonnables compte tenu de la croissance et de la rentabilité de GCG », estime Oddo BHF.
L’équilibre financier à préserver
Le financement traduit lui aussi le changement d'échelle. Rexel, qui présente d'ordinaire sa stratégie d’acquisitions comme autofinancée par ses flux de trésorerie, mobilisera environ 800 millions d'euros de trésorerie et de dette. Il prévoit aussi une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d'euros, afin de préserver sa notation de crédit et de ramener son levier autour de 2 fois d’ici fin 2027. « C'est à la fois un choix de prudence, à un moment où la situation géopolitique et économique reste un peu incertaine, et un choix d'ambition, car nous voulons garder une bonne marge de manœuvre dans un marché en forte croissance », justifie Guillaume Texier. Les rachats d'actions seront temporairement suspendus, mais le taux de distribution restera d'au moins 40 %. La finalisation est attendue d'ici fin 2026.
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