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Iliad change de braquet grâce au cash / Le groupe prépare SFR et accélère dans le cloud et l’IA
« Les trois agences simultanément dans la même direction, c'est assez rare », a relevé Thomas Kienzi, directeur financier d'Iliad, en présentant jeudi 27 août les comptes du premier semestre 2026. Le triple relèvement de note décidé au cours du semestre par Moody's, Fitch et S&P, qui fait accéder le groupe à la catégorie investment grade chez S&P et Fitch, accompagne une nette amélioration de son profil financier. La croissance reste mesurée, mais elle produit désormais beaucoup plus de cash. Le chiffre d'affaires progresse de 3 %, à 5,24 milliards d'euros, tandis que l'equity free cash-flow atteint 661 millions d'euros sur le semestre, en hausse de 32 % à périmètre comparable une fois neutralisés les 440 millions de produits tirés de la cession de 50 % d'OpCore un an plus tôt. Le cash-flow opérationnel augmente parallèlement de 10,2 %, à 1,287 milliard d'euros. Sur cette base, le groupe a relevé son objectif annuel de génération de trésorerie au-delà du milliard d'euros, contre environ 850 millions en 2025.
Le retour sur quinze ans d’investissements
Cette accélération doit autant à la fin d'un cycle qu'à la performance courante. Les investissements reculent de 8,4 %, à 804 millions d'euros, soit environ 15 % du chiffre d'affaires, « ce qui est le signe que les grands chantiers des dernières années, le déploiement de la 5G et de la fibre arrivent à leur terme dans nos différents pays », explique Thomas Kienzi. Après plusieurs années où l'extension des réseaux absorbait une part importante des ressources du groupe, leur niveau de couverture permet désormais de réduire progressivement l'effort de déploiement. La croissance de l'activité peut donc se traduire plus directement en génération de cash, sans que le groupe ait à reproduire les mêmes niveaux d'investissement.
Le bilan au service d’un nouveau cycle
Le bilan profite lui aussi de cette amélioration. La dette nette recule de 9 430 à 8 996 millions d'euros et le levier tombe à 2,2 fois l'EBITDAaL, son plus bas niveau depuis 2019. Ce désendettement, combiné aux relèvements de notation, renforce les capacités de financement d'Iliad au moment où le groupe prépare un nouveau cycle d'investissements et de développement. D'un côté, le projet d'acquisition d'une partie des actifs de SFR pourrait lui faire changer d'échelle dans les télécoms français. De l'autre, Iliad prévoit de consacrer plus de 4 milliards d'euros au cloud, aux data centers et à l'intelligence artificielle dans les prochaines années. « Au-delà de la reconnaissance de notre performance financière, cela nous permet de sécuriser des opérations de financement dans de bonnes conditions et d'avoir de la flexibilité financière », souligne Thomas Kienzi.
Cette capacité a déjà été mise à contribution. Iliad a sécurisé près de 10 milliards d'euros de financements au deuxième trimestre, dont 6,5 milliards pour le projet SFR, le solde correspondant au refinancement de lignes bancaires. En parallèle, le groupe accélère dans le numérique souverain. Scaleway, dont l'activité de cloud public croît de plus de 50 %, a remporté le contrat de cloud de confiance européen d'Airbus et a été retenue pour héberger la plateforme des données de santé. « On est en train de passer des discours aux actes en Europe sur cette question du cloud souverain », observe de son côté Thomas Reynaud, directeur général du groupe. Du côté des data centers, OpCore a sécurisé 400 mégawatts de nouveaux projets. Pour ces implantations, la question du financement est désormais réglée selon Iliad : le principal obstacle devient l'obtention des autorisations. Or, pour Thomas Reynaud, il n’est pas possible de tenir le rendez-vous de l’IA « avec des procédures administratives qui durent deux voire trois ans en cas de recours avant de pouvoir poser la première pierre », a-t-il averti devant la presse.
La France sous pression, l’Italie accélère
Cette amélioration financière s’appuie toutefois sur des dynamiques opérationnelles encore contrastées selon les pays. La France, qui pèse encore 60 % du chiffre d'affaires, affiche la meilleure croissance organique des quatre grands opérateurs, à 1,5 %, mais son EBITDAaL (résultat opérationnel avant amortissements, après loyers) recule de 1,9 %, à 1 286 millions d'euros. La direction financière l'attribue à des effets de saisonnalité et à des éléments comptables concentrés sur le premier trimestre, la rentabilité étant repartie en hausse de 1,4 % au deuxième et attendue stable sur l'année. Reste un phénomène de fond : « face à des coûts de réseau qui ne cessent d'augmenter et une pression sectorielle aussi croissante, le niveau de rentabilité pour Free comme pour les autres acteurs du secteur est sous tension », reconnaît Thomas Kienzi.
Les relais de rentabilité se sont déplacés vers l'Italie, où le chiffre d'affaires services progresse de 10,1 %, l'EBITDAaL de 20,2 % et le cash-flow opérationnel de 75 %, à 106 millions d'euros. Le modèle italien entre désormais dans une phase beaucoup plus contributive pour le groupe. « Pendant très longtemps nous avons investi, investi massivement en Italie, désormais nos activités italiennes contribuent à la génération de trésorerie du groupe », souligne Thomas Reynaud.
Le changement d’échelle SFR
Cette trajectoire financière renforcée prend une importance particulière avec le dossier SFR, dont l'examen a été renvoyé par Bruxelles à l'Autorité de la concurrence, qui instruira donc seule les opérations de Bouygues, d'Orange et d'Iliad. L'acquisition porterait le parc du groupe à 31 millions d'abonnés en France. « L'intérêt industriel de cette opération n'est pas d'augmenter les tarifs », a affirmé Thomas Reynaud. Le dirigeant met en avant les effets d'échelle qu'apporterait une base de clients plus large dans un métier dominé par les coûts fixes, avec l'objectif de renforcer encore la capacité d'investissement du groupe dans ses réseaux et ses nouveaux métiers.
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