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Private equity : les fonds élargissent leur due diligence face aux nouveaux risques / La protection de la valeur prend davantage de poids
Six sponsors européens sur dix disent avoir renoncé à une acquisition au cours des douze derniers mois pour des motifs géopolitiques ou liés aux échanges commerciaux. Le chiffre est tiré de l'étude « A&M Private Equity Report: How Due Diligence is Adapting to Volatility », publiée en août 2026 par Alvarez & Marsal et construite sur une enquête menée par Statista Q auprès de 83 professionnels seniors du capital-investissement dans onze pays européens, dont 16 % en France. Il dit assez bien ce qui s'est déplacé dans la manière d'examiner une cible : l'exposition géopolitique est désormais citée par près de 70 % des sponsors comme le premier risque évalué avant une transaction, devant la disruption liée à l'intelligence artificielle, le changement climatique et la cybersécurité.
Depuis le début des années 2020, la succession des chocs macroéconomiques et géopolitiques a fragilisé les points de repère sur lesquels reposait la valorisation d'une opération : schémas de demande, structures de coûts et dynamiques concurrentielles évoluent plus vite et de façon moins prévisible qu'auparavant. « La volatilité des marchés a souligné l'importance de la planification par scénarios et des tests de résistance », résume un associé senior d'un fonds danois cité dans l'étude.
Le rééquilibrage se lit dans les priorités déclarées. La création de valeur reste l'objectif dominant, citée par 93 % des répondants, mais elle n'est plus poursuivie seule : 58 % des répondants recherchent désormais un équilibre entre création et protection de la valeur, contre 35 % qui restent orientés vers la première et 7 % vers la seconde. Près de neuf répondants sur dix font de la conception d'opérations résilientes et scalables une priorité de la phase amont, et 42 % travaillent spécifiquement des scénarios de relocalisation ou de nearshoring de la chaîne d'approvisionnement. A&M observe chez ses clients une double question devenue centrale : l'entreprise peut-elle réduire ses coûts si le plan de croissance ne se matérialise pas, et ses coûts restent-ils maîtrisés si la croissance accélère ?
La due diligence devient plus opérationnelle
Cette exigence déplace le centre de gravité des travaux préparatoires. Les diligences commerciales et financières demeurent la norme, mais la capacité d'exécution opérationnelle pèse désormais autant que l'attractivité commerciale dans la conviction d'investissement. Interrogés sur ce qui déclenche la commande d'une due diligence opérationnelle, 79 % des sponsors citent la complexité opérationnelle de la cible, 57 % les carve-out, dont l'appréciation suppose de vérifier qu'une entité peut fonctionner de façon autonome au niveau de coûts retenu, et 55 % la scalabilité du modèle. « Nous commandons une ODD pour évaluer la scalabilité du modèle économique et déterminer avec quelle efficacité l'entreprise peut croître et faire face à une hausse de la demande », explique un senior director espagnol.
L’IA, outil et objet d’analyse
L'intelligence artificielle accompagne cet élargissement en absorbant désormais une partie importante du travail préparatoire. 81 % des professionnels interrogés l'utilisent régulièrement ou l'expérimentent, avec un écart marqué selon la taille des véhicules : 70 % des fonds de premier rang y recourent systématiquement, contre 41 % des grands fonds et 28 % des fonds intermédiaires, encore largement au stade des essais. « L'IA peut traiter rapidement des milliers de contrats, en identifiant les clauses clés, les obligations et les risques en une fraction du temps qu'exigerait une revue manuelle », témoigne un associé senior allemand. Les usages jugés les plus concluants se répartissent entre création de valeur, avec l'intelligence de marché et opérationnelle (31 % des mentions) et la modélisation prédictive (26 %), et protection de la valeur, avec la détection de fraudes et d'anomalies (22 %) et le suivi de la conformité (21 %). Le sujet a d'ailleurs débordé l'outillage des équipes : 80 % des sponsors intègrent l'IA à la thèse d'investissement elle-même, 41 % d'entre eux comme levier d'efficacité et d'automatisation, 39 % comme moteur d'expansion commerciale.
Sortir des silos
La multiplication des angles d'analyse crée en retour une difficulté nouvelle, celle de faire tenir ensemble des travaux souvent menés séparément. L'approche intégrée consiste précisément à croiser dans une même lecture de la cible les conclusions des diligences commerciale, opérationnelle et financière, ainsi que sa capacité d'exécution, plutôt qu'à juxtaposer plusieurs diagnostics indépendants. Les répondants désignent les carve-out (63 %), les cibles exposées à un risque de disruption par l'IA (57 %) et les opérations transfrontalières (54 %) comme les configurations où cette approche apporte le plus. « L'intégration des flux de due diligence clarifie la dynamique du besoin en fonds de roulement et de la trésorerie, et aide à identifier dès le départ des gains opérationnels rapides », relève un senior director français. L'offre, elle, n'a pas suivi : 18 % seulement des sponsors estiment que leurs prestataires proposent un service pleinement intégré, 54 % constatent une intégration partielle et 28 % un travail encore organisé en silos par fonction.
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