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Feuilleton de l'été / François Alarcon / Franprix

Feuilleton de l'été
François Alarcon / Franprix

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / François Alarcon, directeur général de Franprix

EXCLUSIF. Voyageur dans l’âme, curieux de tout et longtemps convaincu qu’il travaillerait loin de la grande distribution, François Alarcon a finalement trouvé chez Franprix un terrain à sa mesure. Entré pour quelques mois, il y est resté douze ans, jusqu’à en devenir directeur général, avec une conviction forte : une stratégie ne vaut que par sa capacité à être exécutée sur le terrain. 
François Alarcon, directeur général de Franprix.
François Alarcon, directeur général de Franprix.

François Alarcon a longtemps été convaincu qu'il ferait tout sauf de la grande distribution. Son père a passé l'essentiel de sa carrière au sein du groupe Casino, et lui-même a baigné très tôt dans cet univers, au point d'effectuer son premier stage de césure chez Franprix, en 2012. Sans conviction particulière : « On ne veut jamais faire comme ses parents », sourit aujourd'hui celui qui cherchait alors ailleurs ce qu’il pensait ne pas pouvoir y trouver : du sens, mais aussi la possibilité de travailler à l’étranger.

Né à Saint-Étienne, berceau historique de Casino, le dernier d'une fratrie de cinq enfants nés en huit ans grandit dans une maison animée, avant de suivre sa famille en expatriation en Pologne à l'âge de sept ans. Une enfance qui a nourri son goût du collectif. « J'aime le groupe, j'aime être avec les autres, j’aime le bruit et le mouvement », énumère celui qui apprécie toujours autant les grandes tablées et la convivialité. Et s'il a quitté tôt sa ville natale, l'attachement est resté intact : il demeure un fervent supporter de l'AS Saint-Étienne.

Adolescent curieux, il se rêve d'abord journaliste sportif à L'Équipe, puis économiste, puis financier. Non retenu pour les classes préparatoires d’été de Sciences Po (« J'étais bon élève, mais pas excellent, et sans doute pas assez travailleur », reconnaît-il), il passe un bac ES, une classe préparatoire économique à Lyon, puis intègre l’ESC Bordeaux, devenue depuis Kedge Business School. L’économie l’attire particulièrement. C’est à ses yeux « la matière la plus ancrée dans le concret, dans le monde réel ». Il retrouvera plus tard cette même proximité avec le quotidien dans la distribution.


L’appel du large


Ses études lui offrent l’occasion d’assouvir son goût du voyage, développé très tôt, au gré de l’expatriation familiale : un stage chez Éxito, la filiale colombienne de Casino, grâce aux passerelles internes du groupe, puis un échange universitaire en Corée du Sud, choisie pour pouvoir voyager facilement dans le reste de l’Asie. Diplômé, il rejoint le Comptoir de l'innovation, la filiale d'investissement à impact du groupe SOS, persuadé que le sens ne se trouve que dans une entreprise à mission affichée. Deux mois après son arrivée, son responsable lui propose de participer au lancement du bureau de San Francisco. « Ils me l'ont proposé un mardi et, le mardi suivant, nous partions », se souvient-il. L'équipe vit et travaille dans une maison louée sur Airbnb, dans une ambiance de start-up qui avait « un côté très grisant ».


Trois mois devenus douze ans


De retour à Paris, il n’a qu’une envie : repartir à l’étranger. Un déjeuner avec son ancien maître de stage en décide autrement. Jean-Paul Mochet, alors directeur général de Franprix, cherche un chargé de mission pour trois mois. « C'était presque un CDD alimentaire », qu’il accepte en attendant de trouver un poste hors de France. La mission est prolongée, puis pérennisée : « Le CDD de trois mois s'est finalement transformé en CDI de 12 ans ». Sa quête de sens, elle, ne s'est pas éteinte, elle s'est déplacée. « Avec un peu plus de maturité, je considère qu'on peut trouver du sens dans n'importe quel travail, dans n'importe quelle entreprise », explique-t-il à WanSquare, citant le management et l'accompagnement des équipes.


L’audace plutôt que l’innovation


Chez Franprix, il enchaîne d'abord les missions transverses, à commencer par le déploiement du concept Mandarine sur le parc de magasins. En 2017, il pilote le lancement de Franprix Noé, une enseigne « bio mais pas que » née d'un constat : la défiance croissante des consommateurs envers les modes de consommation traditionnels. Une dizaine de magasins ouvrent, le concept séduit, mais l'équation financière résiste. « Nous n'avons jamais trouvé le modèle économique, alors nous avons arrêté », résume-t-il. L'expérience nourrit sa philosophie. Méfiant envers le mot innovation, qu'il juge fourre-tout, il lui préfère la notion d'audace : « Essayer, tester, se tromper, recommencer, apprendre, mais aussi savoir arrêter ce qui ne fonctionne pas ». Avec un mantra : « Il n'y a pas de bonne stratégie sans bonne exécution ». Une machine à jus ou une rôtisserie ne valent ainsi pas tant par leur nouveauté que par la capacité à les déployer sur mille points de vente.

En 2019, son entrée au comité exécutif comme directeur stratégie et innovation change la nature de son poste. On lui confie notamment la technique, la maintenance et la sécurité. Lui qui encadrait jusque-là des profils proches du sien se retrouve face à « une équipe beaucoup plus expérimentée que moi, très proche du terrain et présente dans le retail depuis longtemps ». Un nouveau test managérial. Il découvre un quotidien où la maintenance « ne consiste pas à résoudre une problématique, mais soixante-dix problèmes chaque jour », de l'autolaveuse en panne à la défaillance d'une porte automatique.


Écouter, fédérer, déployer


Nommé directeur général adjoint fin 2022, François Alarcon travaille quelques mois avec le nouveau directeur général, Vincent Doumerc. Celui-ci le connaît encore peu, mais choisit de lui faire confiance et de lui confier davantage de responsabilités. En janvier 2026, sa progression le conduit finalement à la tête de l’enseigne, sur décision de Philippe Palazzi, le directeur général de Casino. Il y voit une marque de fabrique maison, cette culture de la promotion interne qu'il entend perpétuer : « J'ai toujours eu la chance d'avoir des managers qui me faisaient confiance ».

À la tête de Franprix, il ne revendique aucune révolution : le cap est fixé, reste à l'exécuter, ce qui n'est pas la partie la plus simple. « Un bateau ne file jamais tout droit, il faut tirer des bords », image-t-il. Pour tenir ce cap, sa méthode tient en trois verbes : « écouter, fédérer, déployer ». Écouter le terrain, les magasins, les clients et les partenaires franchisés, qui représentent plus de 85 % du réseau. Il en fait même un principe de performance : « L'empathie rend efficace », assure-t-il, convaincu qu'elle n'a rien d'incompatible avec l'exigence, puisqu'elle permet de comprendre les attentes de chacun et de lever plus vite les freins.


À l’échelle du quartier


Au sein d'un Casino recentré sur la proximité, Franprix se veut la référence du commerce urbain, autour de trois marchés : les courses du quotidien, les repas et les services, des consignes Vinted aux boîtes à clés pour locations saisonnières. Avec une idée simple : « La proximité, ce n'est pas qu'une question de mètres carrés ». Dans des zones de chalandise de 300 mètres, c'est la liberté laissée aux franchisés d'adapter le concept aux usages de leur quartier qui fait selon lui la différence.

Devenu père pour la première fois au début de l'été, il veille aussi à préserver du temps pour les siens, convaincu qu’« être équilibré dans sa vie personnelle permet sans doute d’être meilleur dans son travail ». Curieux de nature, sportif éclectique passé du tennis et du kitesurf aux séances intensives en salle, lecteur et amateur de cinéma, il avoue faire partie « de ces gens frustrés de n'avoir jamais excellé dans un domaine ». Son expérience musicale ne lui permet guère de démentir ce constat : il fut « un très mauvais bassiste dans un très mauvais groupe au lycée », à coups de reprises d'Oasis et des Rolling Stones. La musique n'y a rien perdu. Franprix, elle, y a beaucoup gagné.

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