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Kitesurf; australie; France

Feuilleton de l'été / Mirova / wansquare / Cachan / Ecole normale supérieure / DNCA / Sycomore / Oddo

Feuilleton de l'été
Mirova / wansquare / Cachan / Ecole normale supérieure / DNCA / Sycomore / Oddo

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Léa Dunand-Chatellet, directrice générale de Mirova

EXCLUSIF. La nomination au début de l’été de Léa Dunand-Chatellet comme directrice générale de Mirova est un retour à la maison pour celle qui en avait déjà été directrice de la gestion actions il y a quelques années. Une aventure en Australie et un passage chez DNCA Finance plus tard, la voilà qui est prête à relever un défi de plus dans sa carrière. Pour y parvenir elle compte mettre à profit tant son expérience dans l’analyse extra-financière que celle acquise dans la gestion ESG.
Léa Dunand-Chatellet, directrice générale de Mirova. DR
Léa Dunand-Chatellet, directrice générale de Mirova. DR

Une voie classique avant de bifurquer rapidement. Léa Dunand-Chatellet n’a, à vrai dire, pas eu trop le choix de ses études, confie-t-elle à WanSquare, notamment en raison de ses parents, puisqu’avec « une mère professeur de maths et un père qui travaillait dans la physique pour Météo-France, on m’a incitée à privilégier la voie de la classe prépa avec une dominante en mathématiques ». Elle remise alors à plus tard ses envies de journalisme, ou encore d’architecture, tout en conservant un volet économique qui comptera largement dans son parcours.

Cap est mis sur une classe prépa à Toulouse, où elle va se retrouver « à intégrer Normales presque par hasard, c’était presque un non-choix alors même que j’avais postulé à des écoles d’architecture et de journalisme ». La découverte des salles de cours de Cachan sera néanmoins par certains aspects une « douche froide, on doit beaucoup travailler une fois arrivée à Normale, notamment pour préparer l’agrégation, alors que je voyais tous mes copains qui s’amusaient une fois la prépa achevée. J’ai eu la chance d’avoir un enseignement théorique de haute volée pour poursuivre vers la recherche académique mais ça ne correspondait pas à ma vocation ».

 

Virage

 

Le déclencheur sera le passage alors obligé par l’agrégation, puisqu’une fois reçue au concours d’économie et gestion elle ne souhaite en effet pas enseigner, et obtient une disponibilité d’une année. Elle se rappelle « avoir cherché une opportunité en finance, je ne trouvais rien et j’enchaînais refus sur refus. C’est alors qu’on me fait confiance chez Oddo, il s’y montait alors un pôle dédié à l’analyse ISR, on m’a fait confiance alors que je n’y connaissais rien et que je n’avais que vingt-deux ans. J’étais alors ravie de rejoindre la salle des marchés, j’ai eu la chance que cette voie n’intéresse alors pas grand monde ».

Le début de deux aventures. La première dans la thématique de la durabilité dure jusqu’à aujourd’hui et la deuxième chez Oddo va durer cinq années. Durant lesquelles on lui fera confiance malgré ses études à achever en parallèle et elle se remémore « y avoir découvert ce qu’était le monde du travail et que le monde de la finance était finalement très matheux. Il fallait alors tout défricher, essayer de trouver une pertinence entre ce qui se passe sur les marchés, la santé des entreprises et arriver à marketer tout ça ». D’autant plus que l’époque est marquée par la chute de Lehman Brothers et le renforcement des contraintes pesant sur le secteur financier.

 

Enchaîner

 

L’occasion se présente alors de partir chez Sycomore, où on lui offre l’opportunité de créer une équipe, de construire une analyse et finalement de lancer un fonds. Le fruit d’une situation où « la demande des clients était forte sur la question de la sélection de fonds, il y avait un intérêt grandissant pour ces questions et pourtant personne ne voulait aller créer un fonds ». Ce qui finit par se traduire par « un partner qui me confie la création de ce fonds, on partait de loin puisqu’on avait uniquement 100 000 euros d’encours au départ ». Une époque où la concurrence n’est pas exacerbée et où les approches structurées commencent à voir le jour.

Le fait que les sous-jacents de marché soient bien orientés joue également dans le fait que l’histoire soit un succès selon elle, avec près de « 300 ou 400 millions d’euros collectés en deux ou trois ans et 1,5 milliard par la suite. On m’a responsabilisée et j’ai senti une ambiance où chacun était aux manettes de son business ». Elle n’y restera pas moins de six ans, le temps notamment d’intégrer diverses instances – dont des mandats auprès de l’AFG - au fur et à mesure que la finance durable se structurait.

 

Découverte

 

C’est ainsi qu’à la demande de Philippe Zaouati, elle va prendre la présidence du groupe de travail négociant avec Bercy sur la question du label ISR, tout en intégrant nombre de comités pour entreprises spécialisées type CAC 40. Elle découvre en discutant avec Philippe Zaouati le projet de Mirova et malgré « un départ où j’ai quitté à contrecœur mes collègues, j’ai senti que je devais aller relever le défi là-bas. J’ai compris qu’avec mon profil mêlant recherche et gestion de portefeuille j’étais vraiment la personne idéale pour le projet ». Il faut dire que ce dernier est alléchant, elle se retrouve « avec des équipes dont j’ai dû restructurer tous les process, je devais transformer vingt gérants en gérants de conviction et sur la thématique ISR ».

La dynamique est alors porteuse chez Mirova, où Raphaël Lance est occupé à construire l’activité infrastructure et où la filiale américaine voit le jour. Deux années consacrées à créer l’identité propre de Mirova, à y changer les méthodes de gestion et à intégrer le comité de direction. Des raisons personnelles vont néanmoins la pousser à quitter la France, Léa Dunand-Chatellet nous explique « avoir d’abord pris six mois de disponibilité puis m’être rendue à l’évidence que cela n’allait pas suffire. Je suis partie en Australie afin de m’occuper de mon fils, une fois sur place j’ai complètement changé de vie et rejoins une école de Kitesurf lancée par des Français ». Cette maternité lui laissera également moins de temps pour l’enseignement, celle qui a assuré plusieurs modules de cours à Skema se contente aujourd’hui d’interventions plus ponctuelles sur un sujet en particulier.

 

Dépaysée

 

Tout d’abord installée à Perth, la structure prend de l’ampleur au fur et à mesure de l’acquisition d’autres sites. Ce qui lui permet de renouer avec sa passion pour l’architecture lorsqu’il faut lancer un nouveau spot au Portugal où elle imagine et supervise le chantier. Une vie au grand air qui la verra pourtant rentrer en France en 2018, un choix dicté par un système éducatif français qui lui convient mieux. Un temps passé en dehors du circuit de la finance qui l’aidera à faire le tri dans les propositions qu’elle reçoit. Elle nous explique que « les entretiens, notamment en Suisse, où on me demande un peu si je me sens à jour, si ça ne me fait pas peur de devoir me mettre à jour, j’ai tout de suite senti que ça ne marcherait pas. J’ai à cœur qu’on valorise la prise de risque, les expériences personnelles et donc ça ne peut pas coller si on ne partage pas les mêmes valeurs. Mon cœur de métier n’est pas les ressources humaines, mais je n’ai jamais regardé les études lorsque je devais recruter quelqu’un et c’est uniquement ce que font les personnes qui m’intéressent ». Elle édicte une seule règle pour un environnement de travail positif, c’est d’être d’accord à la fois avec les hommes au-dessus, et avec ceux en dessous, et si ces conditions ne sont pas réunies, ce n’est pas le reste qui la fera changer d’avis.

Son choix sera vite fait, puisqu’à peine débarquée sur le tarmac de l’aéroport, voici que son téléphone sonne. Au bout du fil, c’est Éric Franc, le patron de DNCA. Elle explique « avoir agi à l’instinct, j’ai tout suite sentie que la relation serait saine. Tout est allé très vite, on a calé un entretien le lendemain, avec Éric on a surtout parlé kite, sport et pas du tout boulot. Il a trouvé géniale cette aventure et en moins d’une semaine j’avais soumis une feuille de route à trois mois à la suite de laquelle on m’a proposé un contrat dans la foulée ». Le retour en France se passe bien, et le fait que « les relations d’affaires saines et sincères, on les garde à vie ».

Sitôt arrivée, elle se retrousse les manches et obtient un analyste et un ingénieur informatique pour créer un modèle, et mesure la puissance de frappe de la maison DNCA. Une époque « où on faisait à notre échelle ce que faisait Mirova, j’ai pu irriguer toute la gamme de gestion de façon transversale. Notre façon de faire a été de lancer tout de suite des fonds, parce que vous ne pouvez pas parler business si vous ne gérez pas ».

 

Galon

 

Le temps passe et elle deviendra également Partner, de quoi lui permettre d’être au fait de l’ensemble des thèmes. Ce qui aide à surmonter les difficultés, confie celle qui estime « qu’on peut tous avoir des difficultés, le fait d’être seule sur un thème aurait pu être pesant ».

Pas question de baisser les bras néanmoins, elle a ainsi lancé un fonds climat en avril 2020 et a continué à développer l’activité chez DNCA. Arrive alors une offre de directrice générale de Mirova bien difficile à refuser, elle voit des similitudes avec son arrivée chez Sycomore dans la mesure où « à la fois le challenge et le timing sont intéressants. Prendre les rênes d’une société dédiée à la durabilité après cinq ans de backlash sur le sujet et un contexte pas favorable dans certains pays, c’est un beau défi ». À ses yeux, se profile la fin d’un cycle baissier et elle considère que « Mirova est devenue une société reconnue à l’international, au vu de cette base de départ, c’était difficile de dire non. Mon patron de l’époque m’a même encouragée à me lancer. À bien des égards, ça correspond à ce que j’ai fait par le passé mais en plus grand ». Elle a déjà commencé à retrouver les équipes quittées il y a quelques années et est heureuse de retrouver des têtes connues. Avec lesquelles elle ambitionne « de renouveler la finance durable, le modèle actuel bâti sur l’hypothèse que tout le monde allait tenir une trajectoire commune de décarbonation n’a pas été atteint après l'Accord de Paris. Il faut désormais penser l’économie différemment, autour des concepts de résilience et d’adaptation ».

 

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