Macro-économie / Taux / WEF / Forum économique mondial
Macro-économie / Taux
WEF / Forum économique mondial
Les capitaux privés affluent peu à peu vers la nature / La dernière décennie a vu les investissements être multipliés par cinq
L’arbre qui cache la forêt. Les mots qui viennent à l’esprit de Genevieve Bennett - conseillère principale en tendances forestières au Forum économique mondial (WEF) - pour évoquer l’évolution des capitaux privés investis dans la gestion et la restauration de la nature ne tombent pas dans l’euphémisme béat. Bien au contraire, puisqu’elle considère que la croissance brute des sommes allouées à des projets de gestion et de restauration de la nature « est une bonne nouvelle pour la nature, mais elle est en réalité moins intéressante que ce que les chiffres révèlent sur la nature de ces investissements ».
Le plus intéressant à voir serait non pas la croissance des sommes, mais plutôt la façon dont elles sont réparties dans l’économie. L’agriculture durable cesserait ainsi de s’accaparer l’essentiel des flux, puisque là où 68 % des investissements en capitaux privés alloués à la nature avaient été captés par elle entre 2016 et 2020 ce chiffre devrait être tombé à 36 % à compter de 2024-2025. L’experte du WEF explique que l’agriculture n’a pas baissé pavillon pour autant et bien au contraire « ses allocations ont continué de croître. Mais le gâteau qui l’entoure a grossi plus vite, grâce aux catégories d’investissement dans la nature qui étaient à peine prises en compte en 2016 ».
Révolution
Une réalité que Genevieve Bennett explique en grande partie par l’évolution des mentalités des investisseurs, la restauration écologique aux États-Unis serait ainsi devenue « suffisamment ennuyeuse pour constituer un actif de fonds de pension ». Là où en 2016, seul un fonds de pension public américain était investi sur la question, via un ticket de 30 millions de dollars dans un fonds d’Ecosystem Investment Partners, ce ne sont pas moins de 10 acteurs qui sont investis aujourd’hui par ce biais. Un attrait qui témoigne du faible niveau de risque perçu que présenterait ce type d’investissement.
Une autre révolution reste le volume de financement alloué actuellement à la restauration écologique en Amérique Latine. L’attention du Forum économique mondial a en effet été attirée par le fonds clôturé en avril dernier par Timberland Investment Group (TIG), filiale de BTG Pactual, celui-ci ayant réussi à drainer pas moins de 1,24 milliard de dollars en proposant une stratégie inédite dans cette proportion. La stratégie de TIG est présentée comme se concentrant sur les terres dégradées, notamment le Cerrado, région brésilienne riche en biodiversité. Il est expliqué que « seule la moitié de ces terres sera cultivée à des fins commerciales. L’autre moitié (environ 133 500 hectares) est destinée au reboisement avec des espèces indigènes et à la protection de ces zones ». De quoi laisser espérer que cette méthode fasse tache d’huile et permette d’attirer des flux habituellement cantonnés aux seules matières premières.
Capitaliser
Un autre secteur a suscité l’attention WEF, celui des terres agricoles situées sur des marchés établis, au vu de leur relativement bon historique d’investissement. Ici c’est tant leur faible corrélation avec le marché que leur capacité à protéger contre l’inflation qui attire compte tenu des turbulences récentes. Les investisseurs se montrent d’ailleurs actifs étant donné que le « volume des transactions liées à l’agriculture durable a plus que triplé après 2020 par rapport aux cinq années précédentes, tandis que les investissements ont doublé, passant de 10,8 milliards de dollars à 22,2 milliards de dollars ».
Le marché du carbone conserve encore ses chances espère-t-on du côté de Genevieve Bennett, tant elle constate que l’absence de gouvernance de marché adapté et des infrastructures associées n’empêchent pas les investissements de continuer à affluer. Certes il y a eu des fluctuations considérables depuis dix ans - 4 % des allocations totales en 2020 puis 15 % l’année suivante puis enfin 6 % actuellement -, il n’en demeure pas moins que les investissements dans les entreprises de captage de carbone sont de plus en plus considérés.
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