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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Julien Laroche, directeur adjoint de la Direction des Émetteurs de l'Autorité des marchés financiers

EXCLUSIF. Julien Laroche a gravi les échelons du régulateur jusqu’à devenir directeur adjoint de sa Direction des Émetteurs en juillet 2025. Après avoir notamment contribué au développement de l’attractivité de son action sur le marché obligataire, il pilote désormais l’instruction des offres publiques qui lui sont présentées et coordonne également des chantiers majeurs touchant aux entreprises cotées, sur le plan réglementaire et de l’attractivité. Une fonction qui le place à la croisée de plusieurs grands enjeux stratégiques de la Place de Paris.
Julien Laroche. Crédits : autorité des marchés financiers
Julien Laroche. Crédits : autorité des marchés financiers

Offres publiques d’achat, d’échange, retraits de cote, grandes restructurations capitalistiques… derrière les opérations stratégiques qui rythment la Place de Paris, se trouve un écosystème de marché : entreprises, investisseurs institutionnels, banquiers d’affaires, cabinets d’avocats, actionnaires individuels. Et, bien évidemment, l’Autorité des marchés financiers (AMF), dont le Collège a la compétence pour statuer sur la conformité des offres publiques, sur la base de l’instruction des dossiers réalisée par son département des offres publiques et de ses recommandations, qui est piloté par le directeur adjoint de la Direction des Émetteurs du régulateur, Julien Laroche. Une fonction qui lui offre trois champs d’action.

D’abord, celle donc de chapeauter l’instruction des dossiers d’offres publiques présentés à l’AMF, de leur départ jusqu’à la réalisation. « Au quotidien, nous instruisons les projets d’offre publique, vérifions qu’ils respectent le cadre réglementaire défini par l’AMF et dont j’ai aussi la charge, sous l’autorité du Collège, de faire évoluer et de moderniser. Le respect du cadre réglementaire permet de s’assurer qu‘une opération va se dérouler de manière ordonnée pour les acteurs et dans des conditions protectrices des actionnaires minoritaires », explique-t-il à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Mais à ses fonctions transversales de directeur adjoint, Julien Laroche s’affaire aussi à coordonner les projets réglementaires touchant aux sociétés cotées, notamment dans le cadre des discussions avec l’Autorité des marchés européens (ESMA). Enfin, il supervise aussi les sujets d’attractivité ayant trait au champ de compétences de la Direction des Émetteurs, dirigée par Astrid Milsan, secrétaire générale adjointe de l’autorité présidée par Marie-Anne Barbat-Layani.

 

Un fin connaisseur des banques

 

Présent chez le gendarme boursier depuis près de quinze années, ce jeune leader de la régulation financière française y a progressivement gravi les échelons. Jurassien d’origine, Julien Laroche a soldé ses années de classes préparatoires par une entrée à l’école de commerce de Reims, aujourd’hui nommée Neoma Business School. Dès lors, une dominante financière viendra rapidement colorer son parcours, notamment grâce à des stages en audit financier. Il poursuivra sur cette voie une fois diplômé, en rejoignant le cabinet Deloitte. « Je me suis alors spécialisé dans le secteur bancaire, au contact d’une clientèle de grandes banques françaises, installées à la Défense, en région, ou parfois coopératives », souligne-t-il. Il en retiendra deux années formatrices, tout particulièrement sur le plan de la rigueur, du développement de relations avec ses clients, ou encore du fait d’avoir rapidement eu l’occasion d’encadrer une petite équipe.

Il rejoindra l’AMF au sein de la direction où il exerce encore aujourd’hui. Tout d’abord en tant que chargé de mission : il assurait le suivi de la communication financière des banques, dans une équipe qui était également chargée des grands assureurs. Et, aussi, d’un marché alors modeste, mais qui commençait à davantage se développer sur la place financière française après la crise des subprimes : celui de l’obligataire.

 

Un véritable fil rouge

 

La personne qui dirigeait alors cette équipe avait pour volonté de rendre l’action du régulateur plus attractive pour les émetteurs sur ce type de financement. « Sur ce marché de la dette, à l’inverse d’une introduction en Bourse, la réglementation permet de choisir l’autorité qui approuvera le prospectus », souligne Julien Laroche, qui se souvient avoir été résolument intéressé par ce projet. Et dont l’expérience du développement de relations clients fut aussi un atout dans le repérage de son profil. « Il y avait une volonté, de la part de la direction, d’avoir un niveau de relation avec les sociétés équivalent à celui que l’on peut entretenir dans un grand cabinet d’audit financier, dans le respect du rôle de chacun et avec le même niveau d’engagement et de prestation vis-à-vis des parties prenantes », explique-t-il.

Il progressera ainsi pendant cinq ans au sein de cette équipe, ayant en charge un portefeuille d’acteurs bancaires et assurantiels à accompagner et surveiller. À la fois sur les aspects de communication financière et extra-financière. Mais aussi sur leurs projets d’opérations financières, lors d’introductions en Bourse et, surtout, d’émissions de dette, « avec une vaste palette de ce qui peut être fait en termes de produits financiers », raconte Julien Laroche. Il y travaillera notamment à les fidéliser, afin qu’ils se tournent vers l’AMF lors de ces opérations.

Tout en représentant l’autorité, il souligne avoir apprécié le caractère relationnel développé avec ce qu’il nommait encore, lorsqu’il faisait ses premiers pas à l’AMF, « des clients », plutôt que des « assujettis » De fil en aiguille, l’AMF lui confiera les rênes de la division « marché obligataire et secteur financier », toujours au sein de la direction qui l’avait accueilli à son arrivée. Lors de sa prise de poste, une mission lui avait été confiée : poursuivre le renforcement de l’attractivité de l’AMF sur les opérations de financement sur les marchés de dette. Mais sans jamais sacrifier l’exigence qui fait la culture de la maison, rappelle Julien Laroche.

 

La crédibilité avant tout

 

Il y mettra ainsi en œuvre une stratégie reposant sur trois piliers. D’abord, le respect des calendriers, « le premier facteur clé du succès d’une opération financière », assure-t-il. Ensuite, la crédibilité de l’équipe face à des interlocuteurs exigeants. « Sur l’aspect obligataire, ce sont généralement des directions juridiques des entreprises du CAC 40, de banques, d’assureurs, ainsi que leurs conseils qui sont de grands cabinets d’avocats d’affaires », précise-t-il. Il travaillera ainsi à diversifier les profils recrutés, à renfort d’auditeurs financiers, de juristes, de mélange de niveaux d’expérience, tout en mettant l’accent sur la formation interne. « Notre métier ne souffre pas d’approximation. Il n’y a pas d’à peu près lorsque l’on parle de réglementation ou d’émission d’obligation. Nous nous devons d’avoir des réponses parfaitement fiables », insiste-t-il.

Enfin, dernier axe, celui d’établir un dialogue optimal avec l’écosystème régulé, afin de pouvoir aller prendre la température des acteurs, identifier les grains de sable dans la machine, prendre des retours sur d’éventuelles sources d’incompréhension dans les décisions que l’AMF pouvait être amenée à prendre, au sein du domaine dont il avait la charge. « Cela nous a permis de s’assurer que nous étions alignés avec les attentes des acteurs au niveau de notre approche, mais aussi de comparer nos pratiques à celles d’autres autorités », relève Julien Laroche. « Aujourd’hui, sur le marché obligataire, nous accueillons de nombreuses opérations et la plupart des sociétés françaises sont désormais bien fidélisées », se félicite-t-il.

 

Aux premières loges

 

Après sept années passées à diriger la division « Marché obligataire et secteur financier », logée au sein de la Direction des Émetteurs, Julien Laroche sera donc nommé à sa direction adjointe en juillet 2025. Et s’ouvrira par la même occasion à de nouvelles prérogatives. « Quand on aime la finance de marché, il s’agit tout de même de pouvoir suivre de près des opérations financières à enjeux stratégiques », sourit-il. Des opérations allant des plus exposées et médiatiques à celles qui concernent de plus petites ETI vivant un retrait de cote ou une OPA, qui sera des plus importantes pour sa vie boursière. Autant de situations que les équipes de Julien Laroche s’attachent à traiter avec la même rigueur et la même importance.

Un pan de ses fonctions à la fois passionnant et résolument exigeant, lui permettant d’être au contact d’interlocuteurs de premier rang. « Je mesure pleinement les conséquences des décisions qui sont prises pour une société, mais aussi pour ses actionnaires », résume-t-il, rappelant le rôle de son équipe quant à la proposition de recommandations au Collège les plus robustes et opérationnelles possibles, capables d’être défendues lorsqu’elles font l’objet d’un recours devant un juge. Et insiste sur l’objectif de l’AMF quant au bon aboutissement des offres publiques, dans leur ensemble.

De l’autre, sa casquette de directeur adjoint lui offre donc un positionnement transversal, sur les sujets réglementaires et d’attractivité touchant aux émetteurs. Il assure ainsi un rôle de coordinateur interne, travaillant par exemple de concert avec la direction des affaires internationales, négociatrice à l’échelle européenne, ou des affaires juridiques, afin de pouvoir être présent lors de la construction et l’évolution des réglementations qui façonnent les places financières européennes. Une suite logique pour le dirigeant, qui fut auparavant notamment particulièrement actif, en coordination avec les différentes équipes de l’AMF, sur la révision du règlement Prospectus, et du Listing Act, dont certaines dispositions sont applicables depuis 2024 et d’autres depuis mars 2026. « Cela nous donne une vraie valeur ajoutée dans nos relations avec les parties prenantes, que de travailler directement à la version d’un texte applicable, pour l’expliquer, mais aussi pour assurer sa bonne mise en œuvre », précise-t-il.

 

Trouver le juste milieu

 

En termes d’attractivité, explique Julien Laroche, outre son investissement auprès de l’ESMA, l’AMF s’attache aussi à réduire au maximum la sur-transposition des règles. Le tout en travaillant de manière consultative avec les acteurs de la Place, pour inscrire son action dans l’équilibre. « L’attractivité ne repose pas que sur les émetteurs : une place attractive, c’est aussi une place qui attire les investisseurs, grâce à sa liquidité par exemple. Dans toutes les décisions que nous prenons sur le sujet, lorsque nous travaillons à aménager la réglementation, à la simplifier ou la diminuer parfois, au niveau européen comme à notre échelle, nous essayons toujours de trouver cette juste balance. Ce n’est jamais tout l’un, ou tout l’autre », rappelle Julien Laroche.

Cette fonction le place au cœur du réacteur de la régulation financière, à la croisée de plusieurs enjeux, au sein d’une autorité dont le positionnement particulier anime Julien Laroche. « L’AMF, avec ses 545 collaborateurs, est finalement une petite structure qui n’a à gérer que de grands sujets. C’est d’ailleurs ce que j’explique aux plus jeunes d’entre eux, lorsqu’ils arrivent : si la question trouvait une réponse évidente, les émetteurs ne feraient pas appel à leur interlocuteur de l’AMF. C’est là où tout devient intéressant », souligne-t-il. Une exigence et un sens du détail qui auront accompagné sa progression au sein du régulateur et qui lui permettent d’être aux premières loges des grandes transformations et défis de la Place.

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