Feuilleton de l'été / Banque Hottinguer / Maxime Cagić
Feuilleton de l'été
Banque Hottinguer / Maxime Cagić
Série d'été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Maxime Cagić, directeur général adjoint de Hottinguer Banque Privée
Il voulait être psychiatre, a échoué en médecine, étudié le droit à Melbourne, vendu de grands crus en restauration gastronomique et prêté main-forte comme assistant dentaire à Madagascar. Le parcours de Maxime Cagić rappelle que les trajectoires les plus fécondes sont rarement les plus rectilignes.
Aujourd’hui directeur général adjoint de Messieurs Hottinguer et Cie – Gestion Privée, il est entré au capital de la banque avant ses trente ans. Mais son histoire commence loin des grandes fortunes qu’il conseille désormais, dans le Finistère Sud - « probablement la plus belle région de France », qu’il défend « en toute impartialité », sourire aux lèvres. L’ancrage est breton, les racines plus lointaines : son grand-père serbe a émigré en Allemagne, son père est allemand, et son patronyme, il y tient. « Je considère presque comme un acte politique le fait d’avoir un nom d’origine étrangère, et j’aime le revendiquer », confie-t-il à WanSquare.
Le goût des autres
À l'école, il se décrit comme un élève sérieux et travailleur, sans jamais se voir en premier de la classe. Son bac scientifique, obtenu « au ras des pâquerettes » avec mention bien, s'amuse-t-il, doit moins à des facilités qu’à un effort constant. À cette époque, son avenir semble pourtant déjà tracé : il veut devenir psychiatre. Non par fascination pour la médecine, mais par goût des autres. « On peut faire le tour du monde, on ne fera jamais le tour d'une personnalité », résume-t-il.
Les vertus de l'échec
« Vous allez voir : dans mon parcours, il n’y a aucun choix, il n’y a que des échecs », prévient-il, en référence aux Vertus de l’échec de Charles Pépin. Le premier est brutal. Recalé en première année de médecine à Nantes – « même pas classé, pour vous dire à quel point je me suis planté » –, il renonce à redoubler et traverse une dépression de près d'un an. Pour remonter la pente, il se tourne vers le travail manuel. Réorienté « un peu par défaut » vers le droit à Nantes, il travaille parallèlement deux ans et demi comme boucher, charcutier et poissonnier chez Casino, puis enchaîne les saisons dans la restauration, sept au total. Une façon de se rassurer : en cas de nouveau revers, il resterait capable de gagner sa vie. « Je savais faire quelque chose de mes mains. »
Le droit, en revanche, se révèle une discipline qui lui correspond. Là où la médecine l'avait confronté à ses limites, les études juridiques lui paraissent presque naturelles. Il y trouve un terrain plus conforme à ses aptitudes : comprendre, ordonner une pensée, construire une argumentation. Les résultats suivent sans difficulté. Un temps, il se rêve avocat. Défendre les intérêts d'un autre, plaider sa cause : une autre voie pour renouer avec ce qui l'avait conduit vers la psychiatrie.
Melbourne, la révélation
Après Nantes, il rejoint la Sorbonne avant de décider de partir à l'étranger. Direction Melbourne. Officiellement, il intègre l'une des meilleures facultés de droit au monde. Officieusement, une rencontre sentimentale pèse dans la décision. L'histoire d'amour s'achève en trois semaines ; les études, elles, dureront dix-huit mois. Pour les financer, il se fait embaucher comme sommelier dans un restaurant. Le responsable le teste d'entrée de jeu : « Si tu arrives à vendre une bouteille de Château d'Yquem dès ta première semaine, tu restes. » Il en vendra douze.
Melbourne lui ouvre des horizons bien plus larges que ceux qu'il était venu chercher. Il découvre un enseignement moins dispersé, qui lui permet d'approfondir chaque matière, mais surtout un métier dont il ignorait jusqu'à l'existence : le wealth management. Un professeur de fiscalité internationale, avocat spécialisé dans l'accompagnement patrimonial de grandes fortunes, lui fait entrevoir un univers où se rencontrent le droit, la finance et l'humain. La révélation est immédiate. Là où il pensait défendre, il pourrait accompagner. Derrière les montages patrimoniaux, il retrouve ce qui l'avait d'abord conduit vers la psychiatrie : comprendre les autres et les épauler dans les moments décisifs de leur vie.
L'Australie lui réserve une autre découverte, plus intime. Lui qui se croyait indépendant mesure à quel point il reste attaché à sa famille. Après quatorze mois sans rentrer en France, et un Noël vécu comme un déchirement, il décide de revenir. « Le temps perdu ne se rattrape guère », lâche-t-il.
Une ascension express
Restait à transformer ce diplôme de droit en métier. À Paris, il intègre le master de gestion de patrimoine de Dauphine, en alternance chez AG2R La Mondiale. Très vite envoyé seul en clientèle malgré son statut d’apprenti, il y signe ses premiers clients. « Certains sont toujours aujourd’hui dans mon portefeuille », glisse-t-il.
Un dossier va ensuite lui ouvrir une porte inattendue. Seul membre de l’équipe capable de déchiffrer les décisions de tribunaux allemands relatives à des obligations du Mittelstand en faillite, il se rend indispensable. « Je vous parle d’un temps où Claude ne traduisait rien », plaisante-t-il. Sa hiérarchie ne l’oubliera pas et lui offrira ce qu’il décrit comme « une passe décisive vers la Banque Hottinguer ».
Chez Hottinguer, il repart de zéro. Aucun portefeuille à reprendre : à lui de trouver ses clients et de bâtir sa propre activité. Il s’y investit sans compter, au point de ne pas prendre de vacances pendant quatre ans. « J’adore ce que je fais », dit-il simplement. Il récuse pourtant l’idée d’un métier commercial : « Vous n’avez rien à leur vendre, si ce n’est vous-même. C’est un métier de conviction, pas un métier de persuasion. » La suite s’accélère : vingt-trois mois après son arrivée, à vingt-huit ans, il devient directeur du développement et entre au capital. En septembre 2021, il est nommé directeur général adjoint en charge de la banque privée.
Manager autrement
Il refuse pourtant d’y voir son seul mérite personnel. « Si j’avais fait les mêmes résultats dans une autre structure, je serais toujours gérant privé aujourd’hui. » Il attribue une part décisive de son ascension à Gary Herrmann, président-directeur général de Messieurs Hottinguer et Cie – Gestion Privée, et à Laurent Deydier, son directeur général délégué, qui ont choisi de faire confiance à un dirigeant encore loin des « tempes grises » traditionnellement associées à la fonction. Une confiance qu’il relie à l’histoire singulière de la maison : huit générations d’entrepreneurs et des dirigeants qui s’endettent parfois de plusieurs centaines de milliers d’euros pour devenir associés. Chez Hottinguer, résume-t-il, « la confiance s’inscrit sur le temps long ».
Cette confiance reçue façonne désormais sa manière de diriger. Il parle davantage de collaborateurs que de performance, davantage d’écoute que d’organisation. Les coachings qu’il a suivis lui ont appris à consacrer plus de temps aux équipes et à comprendre que manager par l’exemple ne suffit plus lorsque l’entreprise grandit.
Sa conviction tient en une phrase : « On a tout à gagner à bien traiter les gens. Plus on leur fait confiance, plus ils apportent à l’entreprise. » Une philosophie qui ne reste pas au stade du discours : elle se traduit aussi dans le partage de la valeur, une part importante des résultats étant reversée aux salariés.
Le banquier confident
Cette même attention aux personnes éclaire le rapprochement qu’il établit volontiers entre son métier et celui dont il rêvait adolescent. Les dossiers patrimoniaux les plus complexes finissent en effet souvent par devenir des histoires intimes. Un couple de clients milliardaires l’appelle un matin pour lui annoncer son divorce avant même d’en informer ses avocats et ses parents ; un autre lui confie qu’il va mourir, sans que sa femme le sache, et lui demande d’organiser les choses pour qu’« elle n’ait aucun papier à gérer ». Face à un divorce international dont il ne peut immédiatement démêler les implications juridiques, il commence par faire ce qu’il sait le mieux : écouter.
Dans ces moments-là, les compétences techniques passent au second plan. Maxime Cagić en tire une définition très personnelle de son métier : « Vous faites plus souvent œuvre de confident que de banquier. » Derrière les montages patrimoniaux, il y a d’abord des vies à accompagner. Le patrimoine n’est jamais seulement une question d’argent ; il repose aussi, et peut-être surtout, sur la confiance.
« Tous dans le même bateau »
Lorsque le rythme parisien devient trop intense, Maxime Cagić retourne en Bretagne. Ancien adepte des sports nautiques, il pratique désormais la chasse sous-marine dans les eaux de Concarneau. Une parenthèse de quelques heures loin de toute sollicitation : « Là au moins, je suis sûr que mon portable ne passe pas », sourit-il.
Trois semaines par an, il quitte son appartement de Montorgueil pour Madagascar, où il officie comme assistant dentaire bénévole au sein de l’association Armada. Cet engagement prolonge sept années consacrées à l’Ardhis (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour), où il a accompagné des demandeurs d’asile LGBTQIA+, avec quelque 250 dossiers menés à bien.
Une même conviction relie ces engagements à sa manière de travailler : « On est tous dans le même bateau. » Elle vaut pour sa banque, où dirigeants et salariés partagent les risques comme les fruits ; pour ses clients, aux côtés desquels il investit ; et jusque dans la relation nouée avec un couturier qu’il a aidé à boucler une levée de fonds. Devenu son ami, celui-ci sera aussi son témoin de mariage, en septembre à Barcelone, et taillera le costume qu’il portera ce jour-là. Chez Maxime Cagić, réussir n’a jamais voulu dire réussir seul.
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