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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Stéphane Dahmani, directeur adjoint au Pôle « économie » Medef

EXCLUSIF. Comprendre l’économie pour mieux comprendre le monde. Une conviction ayant guidé très tôt la trajectoire de Stéphane Dahmani qui se veut un trait d’union entre la sphère publique et les entreprises.
Stéphane Dahmani - DR
Stéphane Dahmani - DR

Il est des parcours professionnels qui semblent, à première vue, relever d’une succession d’expériences sans lien apparent. Finance de marché, administration centrale, fédération professionnelle, organisation patronale… des cultures différentes et des logiques parfois opposées. « J’y vois une continuité », assure Stéphane Dahmani, dans un entretien accordé à WanSquare.

Pour l’appréhender, il faut remonter aux années lycée. À cette époque déjà, il est convaincu que comprendre l’économie revient, dans une large mesure, à comprendre le monde. « Les questions de croissance, d’emploi, d’investissement ou encore de finances publiques constituent des leviers essentiels pour décrypter le fonctionnement des sociétés contemporaines », nous explique-t-il. Cela le conduit naturellement vers des études supérieures d’économie, puis vers un master centré sur l’économie internationale, la politique macroéconomique et la conjoncture à l’Université Paris-X. « L’enseignement, fortement orienté vers l’analyse quantitative, m’a permis d’acquérir une maîtrise approfondie des outils économétriques, des modèles macroéconomiques et des mécanismes qui structurent les économies modernes », nous indique-t-il.

 

Le bain des marchés

 

Cette formation lui ouvre rapidement les portes de la finance de marché. À la sortie de ses études, alors que certains de ses camarades envisagent une carrière académique, il choisit de rejoindre directement le secteur privé. L’idée d’entreprendre une thèse l’a pourtant traversé. Mais le contexte économique mondial joue un rôle déterminant. Nous sommes en 2007-2008, au moment où éclate la crise financière internationale. Face à l’ampleur des bouleversements, il ressent le besoin de confronter immédiatement ses connaissances théoriques à la réalité des marchés.

Il intègre alors Louis Capital Markets, un courtier international implanté entre Paris, Londres et New York. « Je travaillais sur des modèles économétriques appliqués aux marchés financiers. Ma mission consistait à développer des outils d’analyse pour repérer des opportunités d’investissement », décrit-il. Cette première expérience professionnelle lui apprend l’exigence intellectuelle propre aux salles de marché, mais aussi la nécessité de transformer rapidement des raisonnements théoriques en outils directement opérationnels. Très vite, il éprouve le besoin de prendre davantage de recul sur les phénomènes économiques qu’il observe. Comprendre les mécanismes des crises financières est une chose, comprendre la manière dont les pouvoirs publics y répondent en est une autre.

 

Les années Bercy

 

C’est cette réflexion qui l’amènera à rejoindre la Direction générale du Trésor (DG Trésor). Son arrivée au ministère de l’Économie et des Finances intervient dans une période particulièrement dense. Les conséquences de la crise financière sont encore très présentes et l’Europe s’apprête à traverser la crise des dettes souveraines. Durant près de cinq années, il occupe successivement trois postes qui lui offrent une vision de plus en plus large de l’action publique. Il débute au sein du bureau chargé du diagnostic économique de la France, où il participe à l’élaboration des prévisions d’inflation destinées à alimenter les projets de loi de finances. Il rejoint ensuite les équipes chargées de l’analyse conjoncturelle. À ce poste, il travaille sur les perspectives de consommation à court terme et développe une expertise sectorielle, notamment sur les questions énergétiques.

Sa troisième affectation le fait évoluer au sein du service du financement de l’économie. Il travaille, dans ce cadre, en étroite collaboration avec la Banque de France, les organisations patronales, les fédérations professionnelles et les différents acteurs du système bancaire. Les réunions de place, les échanges avec les partenaires économiques et les travaux consacrés au financement de l’économie lui font progressivement découvrir un univers beaucoup plus ouvert sur les entreprises. « C’est cette dernière expérience qui m’a véritablement projeté vers le secteur privé. Cela m’a fait comprendre que derrière les politiques publiques se trouvent des entreprises confrontées quotidiennement à des contraintes très concrètes », analyse-t-il. Il garde avant tout un souvenir marquant de la culture professionnelle du Trésor, caractérisée par un environnement d’une grande rigueur intellectuelle. « Les économistes, statisticiens et financiers travaillent ensemble dans une logique permanente de relecture, de remise en question des hypothèses et de recherche de robustesse des analyses », explique Stéphane Dahmani.

 

L’appel des entreprises

 

Son intérêt croissant pour les entreprises le conduit finalement à rejoindre l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). À la tête du pôle « économie », il pilote alors un portefeuille particulièrement large. Les sujets de compétitivité industrielle côtoient les questions fiscales, les politiques environnementales, les négociations commerciales entre industriels et distributeurs ou encore les réflexions sur la souveraineté alimentaire. Cette période correspond également à une succession de grandes réformes qui transforment profondément l’industrie agroalimentaire française. Parmi les nombreux dossiers traités, deux épisodes l’ont particulièrement marqué. Le premier est celui des États généraux de l’alimentation. « Cette vaste concertation nationale a constitué une véritable école de la négociation. Je découvre que les compromis les plus solides ne reposent pas sur un accord parfait entre toutes les parties prenantes. Au contraire, une négociation réussie est celle où chacun accepte d’avancer malgré des désaccords persistants », estime-t-il. Puis, il y a eu la crise pandémique. Alors que les consommateurs découvrent des rayons parfois vides dans les magasins, il dit observer, depuis les coulisses de la filière, une importante mobilisation des entreprises agroalimentaires. Les sites industriels réorganisent leurs lignes de production, les salariés travaillent en horaires décalés et les chaînes logistiques sont adaptées en urgence afin de maintenir les approvisionnements. « Cette expérience a profondément affecté ma perception du rôle des entreprises dans la société. À mes yeux, elles apparaissent comme un facteur essentiel de résilience nationale », souligne-t-il.

 

Le pari du dialogue

 

Après six ans au sein de cette organisation, il rejoint le Medef, dont l’Ania figure parmi les fédérations adhérentes. Il poursuit, à l’échelle interprofessionnelle, son travail sur la politique industrielle, la compétitivité, la simplification réglementaire, la souveraineté économique et le dialogue avec les pouvoirs publics.

Au fil de ses expériences, Stéphane Dahmani en tire une conviction : la compétitivité d’une filière ne dépend pas seulement de la performance de ses entreprises, mais aussi de leur capacité à parler d’une même voix. « Les politiques publiques sont parfois conçues sans une connaissance suffisante des réalités opérationnelles, tandis que les entreprises peinent parfois à appréhender les contraintes auxquelles sont confrontés les décideurs publics », résume-t-il. Avec l’objectif de rapprocher ces deux univers, il s’est investi dans plusieurs instances de concertation, notamment les comités stratégiques de filière, le Conseil national de l’industrie, la Médiation des entreprises et le Médiateur des relations commerciales agricoles.

Interrogé sur son avenir, il estime que la poursuite de son engagement dans la représentation des entreprises, un retour dans le secteur public ou une nouvelle expérience en entreprise restent autant de perspectives ouvertes. « Je ne m’interdis rien. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le travail de co-construction et la capacité à bâtir des solutions collectives pour défendre des intérêts communs », affirme-t-il.

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