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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Clément Tonon, coordinateur du projet présidentiel d’Edouard Philippe

EXCLUSIF. L’ancien rapporteur général du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan murmure à l’oreille d’Edouard Philippe depuis plusieurs années déjà. À la manœuvre sur le plan doctrinal, ce conseiller d’État s’attache à ne rien laisser au hasard pour lui ouvrir le chemin de la magistrature suprême.
Clément Tonon - DR
Clément Tonon - DR

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu devenir un serviteur de l’État ». Depuis l’Aude, à Castelnaudary, où il grandit loin des cercles du pouvoir, Clément Tonon nourrit très tôt une fascination pour Paris. Son père, ingénieur, l’incite à suivre une voie scientifique au sortir du lycée. Lui choisit finalement une classe préparatoire commerciale, un compromis entre les attentes paternelles et ses aspirations littéraires. « Les choix moyens ne sont jamais les bons choix en matière d’orientation », juge-t-il, dans un entretien accordé à WanSquare.

Pour autant, Clément Tonon garde de beaux souvenirs de ses deux années à Louis-le-Grand. « Les classes préparatoires sont une formidable école de rigueur », soutient-il. À leur issue, il intègre HEC Paris. Une expérience qu’il dit avoir vécue avec une certaine frustration, déjà convaincu que son avenir se jouerait au sein de la puissance publique et non dans l’entreprise. L’école lui ouvre néanmoins des perspectives enthousiasmantes, notamment grâce à une année d’échange à l’université Johns Hopkins, située aux États-Unis, dans le Maryland. « Découvrir l’enseignement à l’américaine m’a beaucoup plu, c’était dingue », raconte celui qui deviendra capitaine de l’équipe de handball de la fac.

 

Premier contact

 

Au cours de sa scolarité à Jouy-en-Josas, plusieurs stages en finance, notamment chez Amundi, lui permettront de mieux appréhender les rouages du monde économique, sans jamais le détourner de son projet initial. Sa vocation le rattrape lorsqu’il rejoint, en dernière année, Sciences Po Paris et sa filière Administration publique. C’est dans ce cadre qu’il fait ses premiers pas en politique. Lors de la primaire de la droite de 2016, il s’engage bénévolement auprès de l’équipe d’Alain Juppé, participant à la rédaction de notes et de discours aux côtés de conseillers d’État. Il y croise pour la première fois Édouard Philippe, alors membre de l’état-major de campagne. Une rencontre furtive, qui ne débouche pas sur une relation suivie.

À l’issue de son cursus à Sciences Po, Clément Tonon prépare le concours de l’École nationale d’administration (ENA) tout en rejoignant le Sénat comme conseiller auprès du groupe présidé par Claude Malhuret. Chargé des finances publiques, il y approfondit sa connaissance des rouages parlementaires et élargit son réseau au sein du centre droit, croisant notamment Christophe Béchu. « Ces années sénatoriales ont constitué un terrain décisif pour la suite », résume-t-il.

 

L'exaltante ENA

 

Admis au sein de l'école de formation des hauts fonctionnaires, il dit y avoir vécu les plus belles années de sa vie étudiante. Son premier stage le conduit à l’ambassade de France au Caire, où il participe notamment à la préparation d’une visite d’État présidentielle, du sommet Union européenne - Ligue arabe et de plusieurs séquences diplomatiques. Une expérience qui renforce son intérêt pour les affaires internationales et fait émerger un attachement durable à l’Égypte, pays dans lequel il retourne chaque année. Son passage à la préfecture de la Dordogne confirme ensuite son goût pour l’administration territoriale. Puis, au sein de la direction de la stratégie de SNCF Réseau, il travaille sur les premiers projets de services express régionaux métropolitains (SERM), les futurs « RER métropolitains ».

Classé quatrième de la promotion « Hannah Arendt », il choisit le Conseil d’État, à l’instar d’Édouard Philippe deux décennies auparavant, plutôt que la carrière diplomatique. « Cette institution est la meilleure école de la décision publique. La richesse intellectuelle du travail juridictionnel est incroyable : elle oblige à passer quotidiennement d’un domaine complexe à un autre et forme à la prise de décision collégiale ainsi qu’à la maîtrise du droit, la "langue de l’administration" », explique-t-il.

 

Du Palais Royal à l’Hôtel de Roquelaure

 

Clément Tonon intègre le Conseil d’État à l’automne 2020, quelques mois après le départ d’Édouard Philippe de Matignon. L’ancien Premier ministre cherche alors un jeune haut fonctionnaire pour nourrir sa réflexion politique, préparer ses discours et rédiger des notes. Plusieurs figures du centre droit issues de la galaxie juppéiste recommandent son nom. Leur première véritable rencontre prend la forme d’une longue marche entre le Sénat et le Conseil d’État. « Il aime bien mener ses entretiens en déambulant dans Paris », sourit Clément Tonon. Convaincu, Édouard Philippe le recrute. Depuis, il l’accompagne dans la construction de son projet présidentiel, en parallèle de ses fonctions au Palais-Royal.

Après trois années au sein de la plus haute juridiction de l’ordre administratif, il fait le choix de rejoindre le gouvernement pour devenir conseiller spécial de Christophe Béchu, alors ministre de la Transition écologique dans les gouvernements d’Élisabeth Borne puis de Gabriel Attal. A l’Hôtel de Roquelaure, auprès du secrétaire général d’Horizons, il participe à la préparation du Plan national d’adaptation au changement climatique, aux travaux sur l’économie circulaire, à la loi sur la fast fashion et aux premières réflexions gouvernementales intégrant explicitement l’hypothèse d’un réchauffement de quatre degrés à l’horizon 2100. « Je suis très fier de ce que nous avons fait, c’est un très beau ministère, vous êtes au carrefour entre élus, entreprises, collectivités territoriales et administrations centrales », explique-t-il. Parallèlement à son engagement national, Clément Tonon a d’ailleurs développé un ancrage local, siégeant comme conseiller municipal aux Eyzies, commune d’un millier d’habitants en Dordogne.

 

Au long cours

 

La dissolution de l’Assemblée nationale marquera la fin de son périple au sein de l’exécutif. Il en profite pour écrire un essai, Gouverner l’avenir, qui sera publié aux Editions Tallandier, consacré à la question du temps long en politique. « L’ouvrage naît de plusieurs constats : les enjeux climatiques imposent des politiques qui dépassent les échéances électorales ; la crise institutionnelle provoquée par la dissolution amène à réfléchir aux limites du fonctionnement de la Ve République ; enfin, mon expérience au ministère m’a montré combien l’action publique restait souvent prisonnière du court terme », indique-t-il. Cette réflexion attirera l’attention de l’ancien ministre Clément Beaune, propulsé Haut-commissaire au Plan et commissaire général de France Stratégie. Celui-ci lui propose de devenir rapporteur général afin de piloter la fusion entre les deux institutions. « J’ai accepté sans hésitation, c’est l’organe du temps long, et puis Clément Beaune est un homme d’idées, ce qui a tout pour me plaire », justifie-t-il.

Dans ses fonctions, tournées vers le management, il coordonne les équipes, supervise les travaux stratégiques et participe à la relance d’une institution qu’il souhaite replacer au cœur de la réflexion prospective française. Il met notamment en avant les travaux consacrés à la Chine, au Grand Paris, l’ouverture d’une antenne à Bruxelles et le renforcement du dialogue avec les partenaires sociaux et les entreprises. Pendant toute cette période, il poursuit son travail auprès d’Édouard Philippe, en coordonnant les groupes de travail chargés de préparer le projet présidentiel de l’ancien Premier ministre. Il y a quelques jours, il a officiellement fait ses adieux au Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan pour s’y consacrer pleinement, l’échéance de 2027 approchant.

 

En campagne

 

Le conseiller d’État nous explique que le projet d’Edouard Philippe s’articule autour de quatre axes : la transformation du système éducatif, une réforme profonde de la justice, une refonte du financement du modèle social afin d’alléger le poids des prélèvements pesant sur le travail, et l’adaptation de la France aux trois grandes transitions : climatique, technologique et démographique.

Interrogé sur le détail de la doctrine économique portée, Clément Tonon nous rétorque qu’Edouard Philippe défendra un retour à la politique de l’offre telle que mise en œuvre quand il était à Matignon. « La diminution du taux de prélèvements obligatoires, notamment en lien avec la baisse du taux d’IS, la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU) ou encore la transformation de l’ISF, est allée de pair avec le redressement des finances publiques », pointe le trentenaire.

Fin 2025, Édouard Philippe a proposé une réduction de 50 milliards d’euros par an des impôts de production, en contrepartie d’une baisse équivalente des aides aux entreprises. « Après 2020, la politique de l’offre est devenue la politique du chèque, creusant le déficit public », déplore Clément Tonon. L’ex-Premier ministre projette de ramener le déficit public à 2 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2032, contre 5 % attendu en 2026. Si le maire du Havre venait à remporter son pari, Clément Tonon se verrait-il davantage évoluer à l’Elysée ? Bercy ? « Edouard Philippe décidera où je serai le plus utile, mais je ferai tout pour l’aider à mettre en œuvre le programme », souligne-t-il.

En dehors de ces enjeux politiques majeurs, l’énarque s’imaginerait bien travailler un jour dans le secteur privé. « L’industrie de défense m’attire », confie ce réserviste de la Marine.

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