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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Rayan Nezzar, conseiller référendaire en service extraordinaire à la Cour des comptes

EXCLUSIF. Animé par les enjeux d’éducation, l’énarque s’est attelé à épauler Gabriel Attal durant ses multiples aventures ministérielles. En 2025, l’ex-tour de contrôle budgétaire de Matignon a basculé de l’autre côté du miroir, devenant un Sage de la rue Cambon.
Rayan Nezzar - DR
Rayan Nezzar - DR

« Très tôt, elle m’a transmis une culture du soin, du service d’autrui et de l’engagement social ». Cet héritage constitue sans doute la première pierre de l’édifice qui façonnera le parcours de Rayan Nezzar. Fils unique, élevé par sa mère au sein d’un foyer monoparental modeste, il grandit entre Montreuil et le 20ᵉ arrondissement de Paris. Immigrée algérienne exerçant dans le secteur hospitalier, celle-ci imprime durablement sa vision du monde. Élève précoce, Rayan Nezzar saute deux classes à l’école primaire et obtient son baccalauréat à seulement 15 ans. À l’issue du lycée, il s’engage dans des études de médecine. Un choix qui ne répond pas à une vocation mais à l’influence de sa sphère familiale. De plus, « les classes préparatoires, les écoles d’ingénieurs ou encore Sciences Po m’étaient totalement inconnus », confie-t-il à WanSquare.

 

Diagnostic sans appel

 

L’expérience se révèlera décevante. « Seules les disciplines les plus quantitatives, comme les statistiques, ainsi que certaines matières relevant des sciences humaines appliquées à la santé, ont véritablement retenu mon intérêt », explique-t-il. À 17 ans, conscient que la réussite au concours est désormais hors de portée, il décide d’abandonner la médecine. Cette rupture ouvre une période d’incertitude. Dépourvu de projet professionnel clairement défini, il tente d’intégrer le monde du travail, mais se heurte à plusieurs refus d’embauche du fait de son jeune âge. C’est précisément au cours de cette phase de questionnement qu’il découvre, au fil de ses recherches personnelles sur Internet, auquel il n’avait alors pas accès à son domicile, Sciences Po Paris. L’établissement correspond bien davantage à ses attentes, notamment l’histoire, la philosophie et l’économie. Oui mais voilà, son parcours atypique constitue un obstacle.

Il choisit alors de se réorienter vers une licence de droit à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Au cours de ses études, il multiplie les stages afin d’explorer différents univers professionnels. L’un d’eux, effectué à la Direction générale des finances publiques (DGFiP), intervient dans un contexte de profonde réorganisation consécutive à la fusion de la Direction générale des impôts (DGI) et de la Direction générale de la comptabilité publique (DGCP). « Cette expérience a constitué un jalon déterminant dans mon parcours », souligne-t-il. Chargé d’analyser et de synthétiser les comptes rendus des concertations sociales entre l’administration et les organisations syndicales, il découvre concrètement les effets des décisions publiques sur le quotidien des agents de l’État. « J’ai alors pris conscience du lien direct entre l’organisation administrative, la qualité du service public et la poursuite de l’intérêt général. J’ai compris que le travail administratif pouvait avoir un impact tangible sur la vie des citoyens, et c’est à ce moment-là que s’est développé mon intérêt profond pour les politiques publiques », indique Rayan Nezzar.

 

Jouer avec l’Histoire

 

Parallèlement à son parcours universitaire, un autre pan de son existence se construit loin des amphithéâtres et des administrations : celui du jeu vidéo. Adolescent, Rayan Nezzar se passionne pour les grands jeux de stratégie historique développés par Paradox Interactive, tels qu’Europa Universalis, Victoria ou Crusader Kings. Très vite, il s’initie au « modding », consistant à enrichir les jeux de nouveaux contenus. Ce hobby prend une dimension inattendue lorsque l’éditeur suédois décide d’ouvrir son moteur de jeu à des équipes indépendantes. Avec plusieurs passionnés rencontrés sur Internet (historiens, cartographes, développeurs et designers issus de différents pays), il élabore un projet original qui retient l’attention de Paradox. Cette collaboration aboutit au développement de « Darkest Hour : A Hearts of Iron Game ».

Rayan Nezzar participe à la conception des mécanismes de décision politique et diplomatique, au développement des systèmes d’intelligence artificielle ainsi qu’à l’élaboration de scénarios uchroniques. L’un d’eux explore notamment l’hypothèse d’une absence d’armistice entre la France et l’Allemagne en juin 1940. Commercialisé en 2011, le jeu s’écoulera à près de 100 000 exemplaires. L’équipe est même invitée à le présenter à l’E3 de Los Angeles, principal rendez-vous mondial de l’industrie vidéoludique. Une proposition de recrutement lui est alors adressée, qu’il choisit néanmoins de décliner. « Dans une autre vie, j’aurais pu être développeur de jeux vidéo », sourit-il. C’est dans le sixième arrondissement de Paris que se jouera la suite.

 

Diplomatie, crise et ballon rond

 

En effet, son admission à Sciences Po Paris marque une nouvelle étape. Et Rayan Nezzar d’y arriver avec un profond sentiment de décalage social. Entouré d’étudiants aux parcours internationaux et aux ambitions déjà clairement affirmées, il doute de sa légitimité. Progressivement, ses résultats académiques dissiperont ces interrogations. Son passage par le master Affaires publiques le conduit naturellement vers la préparation du concours de l’École nationale d’administration (ENA), qu’il réussit. S’ouvre alors une série de stages tous plus palpitants les uns que les autres.

À l’ambassade de France au Canada, il évolue dans un contexte marqué par les négociations de l’accord économique et commercial entre le Canada et l’Union européenne ainsi que par les débats entourant les politiques énergétiques. « Je participe à la préparation de visites officielles, rédige des analyses politiques et suis l’ascension de figures comme Justin Trudeau », explique-t-il. Il est également chargé de rédiger plusieurs télégrammes diplomatiques, notamment sur la réception au Canada du livre "Le Capital au XXIᵉ siècle" de Thomas Piketty, dont le retentissement dans les milieux intellectuels et universitaires nourrit alors de nombreux débats sur les inégalités et les politiques économiques.

Son parcours se poursuit ensuite à la préfecture de la Charente-Maritime. Au contact quotidien des élus locaux et des services déconcentrés de l’État, il participe aux travaux de réforme territoriale et de redécoupage intercommunal. « Par ailleurs, au moment des attentats de janvier 2015, j’assiste aux réunions de coordination préfectorale et découvre, sans y être directement impliqué, les rouages institutionnels de la gestion de crise », se souvient-il. Dernière étape de cette séquence de formation : la Ligue de football professionnel (LFP). Supporter de l’Olympique de Marseille depuis l’enfance, Rayan Nezzar découvre cette fois les coulisses de la gouvernance du football français. Il contribue notamment à l’organisation du Trophée des champions disputé au Canada et réalise plusieurs études comparatives sur les modèles économiques des principaux championnats européens. « J’ai alors pris conscience que la dépendance excessive aux droits audiovisuels fragilisait l’ensemble de l’écosystème, au détriment du développement des revenus commerciaux et des partenariats. Les difficultés actuelles du football français en sont une triste illustration », observe-t-il.

 

Incursion au pays des slogans

 

À l’issue de sa scolarité, vient le moment décisif du choix d’affectation. Rayan Nezzar opte pour le ministère de l’Économie et des Finances, en rejoignant la direction du Budget (DB). « Cette décision reposait sur une conviction forgée au fil de mes stages : quelle que soit la politique publique concernée, la question budgétaire demeure toujours centrale », explique-t-il. Lors de la journée d’accueil des nouveaux élèves de l’ENA, il assiste à une intervention d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. Le discours marque durablement une partie de cette promotion de futurs hauts fonctionnaires. Rayan Nezzar est captivé par une vision de l’action publique articulée autour de trois idées : la transformation de l’État, la responsabilité des nouvelles générations de fonctionnaires et la capacité de l’administration à se réformer de l’intérieur. « Je n’avais aucune adhésion militante. Mais j’ai été frappé par une énergie, une ambition intellectuelle et institutionnelle qui tranchaient avec ce que nous avions connu jusque-là », raconte-t-il.

Quelques mois plus tard, à l’été 2016, un premier contact se noue avec les équipes qui gravitent autour du futur candidat à l’élection présidentielle. Sollicité pour contribuer à des travaux techniques, il intervient d’abord de manière ponctuelle sur les politiques sociales et économiques. Son implication s’intensifie progressivement lorsqu’il rejoint des groupes de travail plus structurés animés notamment par Jean Pisani-Ferry, David Amiel et Marc Ferracci. Le samedi matin, il lui arrive de défendre ses propositions devant Alexis Kohler. Celui qui deviendra secrétaire général de l’Élysée les dissèque à la loupe : chaque mesure est passée au tamis, chaque détail interrogé. « C’était un exercice extrêmement exigeant », résume-t-il.

Parallèlement, Rayan Nezzar participe à la présentation publique du programme présidentiel. « Pour la première fois, j’étais confronté à la traduction politique d’un travail technique : il fallait simplifier les raisonnements, adapter le langage aux contraintes médiatiques et accepter que les propositions soient discutées, parfois critiquées », explique-t-il. Amené à rédiger plusieurs discours de campagne d’Emmanuel Macron, il découvre également les réalités de la fabrication de la parole politique. Au fil des arbitrages, des réécritures et des multiples intervenants, les textes évoluent parfois jusqu’à s’éloigner profondément de leur version initiale. Une mécanique qui le laisse souvent frustré. « Je me souviens d’un discours que j’avais rédigé et qui s’était finalement transformé en : "Pensez printemps", lors d’un meeting à Clermont-Ferrand. Je me suis dit : bon, j’arrête et je retourne à mes dossiers ‘technos’ », raconte-t-il.

 

Dans le ventre de Bercy

 

C’est surtout à la DB que se joue son ancrage professionnel. Son premier poste le place au cœur des politiques sociales. Très rapidement, il se voit confier un chantier d’une complexité certaine : la création d’un tableau de bord de l’ensemble des prestations sociales françaises afin d’établir pour chaque situation individuelle, les aides auxquelles un individu a droit, en fonction de sa zone d’habitation, de son niveau de revenu et de sa situation familiale. Il devra ensuite mettre sur pied un modèle de micro-simulation, c’est-à-dire passer des cas types à l’ensemble de la population. « L’objectif était de pouvoir simuler l’impact de variations de paramètres de certaines prestations : si on modifie telle règle ou tel paramètre, combien cela coûte, ou combien cela génère », explique Rayan Nezzar. Peu après, il est confronté à un autre dossier sensible : la crise migratoire de 2015. Il participe alors à l’évaluation des coûts associés à l’accueil des réfugiés, en intégrant l’ensemble des dimensions du dispositif : hébergement, accompagnement social, formation et soutien administratif. « C’était un travail extrêmement responsabilisant », résume-t-il.

Il rejoint ensuite le bureau chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, où il découvre une autre facette de la décision budgétaire : les négociations permanentes entre la direction du Budget et les ministères dépensiers. « C’est là que j’ai véritablement appris les techniques de négociation interministérielle », explique-t-il. À ce poste, il assure également la tutelle financière du CNRS, l’un des plus importants opérateurs de l’État. Au cours d’un passage plus bref consacré aux politiques du logement, il contribue aux travaux préparatoires de ce qui deviendra MaPrimeRénov'. Il participe notamment au calibrage budgétaire du futur dispositif ainsi qu’à la modélisation de son coût à moyen terme, dans un contexte où la transition énergétique devient un axe majeur de l’action publique.

La dernière séquence de son parcours à la direction du Budget est sans doute la plus intense. Nommé à l’été 2020 chef du bureau chargé des comptes sociaux et de la santé, il prend ses fonctions alors que la pandémie de Covid-19 bouleverse l’ensemble des équilibres budgétaires. La DB devient l’un des centres névralgiques de la gestion de crise. Les arbitrages portent sur l’acquisition de matériel médical, de tests de dépistage, de vaccins ou encore sur le financement des dispositifs d’urgence sanitaire. « Les montants engagés étaient sans précédent et les décisions devaient être prises dans des délais extrêmement courts, souvent dans un contexte d’incertitude scientifique et logistique », témoigne-t-il.

 

Quand la technique devient politique

 

À mesure que ses responsabilités s’élargissent, son profil gagne en visibilité au sein de la haute administration. Si bien que plusieurs supérieurs hiérarchiques, qu’il décrit comme de véritables mentors, accompagnent son évolution. Il cite notamment Amélie Verdier et Mélanie Joder, qui se sont succédé à la tête de la direction du Budget. Le soutien de Mélanie Joder s’avérera d’ailleurs déterminant lorsqu’elle recommande sa candidature auprès du ministère des Comptes publics. Tant et si bien qu’après plusieurs années passées à analyser, modéliser et instruire les politiques publiques en amont des décisions, Rayan Nezzar rejoint finalement l’endroit où celles-ci sont tranchées. Gabriel Attal, alors ministre délégué chargé des Comptes publics, le recrute comme conseiller "comptes et budgets sociaux". « Une part essentielle de mon travail consistait à rendre intelligibles des dispositifs d’une très grande complexité afin qu’ils puissent être arbitrés par des décideurs dont le temps et l’attention sont, par définition, limités », explique-t-il.

Très rapidement, il est associé aux travaux préparatoires de la réforme des retraites portée par la Première ministre Élisabeth Borne. Aux bancs, lors de l’examen à l’Assemblée nationale, il devra passer au crible près de 20 000 amendements en collaboration avec la Direction de la Sécurité sociale. C’est également à cette époque que Rayan Nezzar dit observer les premiers signes d’une dégradation durable des finances publiques. « Je voyais perdurer des dépenses exceptionnelles héritées de la crise sanitaire, auxquelles sont venues s’ajouter les conséquences budgétaires de la guerre en Ukraine ainsi que les contraintes politiques liées à l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale », se souvient-il.

Lorsque Gabriel Attal est nommé ministre de l’Éducation nationale, Rayan Nezzar choisit une nouvelle fois de le suivre. « Travailler sur des politiques publiques qui concernent près de 12 millions d’élèves représentait une perspective particulièrement stimulante », explique-t-il. Rue de Grenelle, il souhaite toutefois s’éloigner des seules questions budgétaires afin d’investir davantage le champ des ressources humaines et des politiques éducatives. Plusieurs chantiers lui sont confiés. Le premier concerne la formation des enseignants. « La littérature académique établit un lien très fort entre les performances des élèves et la qualité des enseignants ainsi que leurs conditions d’exercice », souligne-t-il, citant notamment les trajectoires du Portugal et de l’État du Mississippi, dont les progrès enregistrés dans les évaluations internationales PISA ont retenu l’attention. Il participe également à l’élaboration des réformes pédagogiques regroupées sous l’appellation de « choc des savoirs ». Dans ce cadre, il conduit des travaux de comparaison internationale et échange avec de nombreux experts afin d’identifier les politiques éducatives les plus efficaces.

 

10 000 000 000

 

Quand Gabriel Attal est nommé Premier ministre, en janvier 2024, Rayan Nezzar figurera dans ses valises pour la troisième fois. À Matignon, il prend la tête du pôle budgétaire dans un contexte d’extrême tension sur les finances publiques. Dès les premiers jours, Emmanuel Moulin, directeur de cabinet du Premier ministre, lui présente une note signée de la main du directeur général du Trésor, c’est-à-dire lui-même quelques semaines plus tôt, datée du 7 décembre 2023, prévenant le gouvernement que le déficit public de 2023 devrait être bien plus élevé qu’escompté dans la loi de finances (près de 20 milliards d’euros, apprendra-t-on en mars 2024).

« Jette un coup d’œil et dis-moi ce que tu en penses », lui lance-t-il. « Je propose un plan d’économies », répond le chef de pôle. « Bonne réponse, combien ? », l’interroge Emmanuel Moulin. « Cinq, six milliards d’euros ? », rétorque Rayan Nezzar. « Non, au moins dix », tranche le dircab. Ce sera dix. Au-delà, l’exécutif aurait dû en passer par un collectif budgétaire, le montant maximum des crédits pouvant être annulés par voie réglementaire étant fixé à 1,5 % des crédits ouverts en loi de finances de l’année en cours.

Gabriel Attal valide le projet, tout en fixant deux lignes rouges. « Il me disait qu’il fallait éviter de générer une récession ou des manifestations », rapporte-t-il. S’engage alors, dans la plus grande discrétion, la préparation du décret d’annulation de crédits. Le calendrier est extrêmement contraint et le secret soigneusement préservé afin d’éviter que les arbitrages ne suscitent des réactions prématurées des ministères concernés ou ne viennent alimenter des controverses politiques et médiatiques avant leur officialisation.

« Lorsqu’ils l’ont appris, certains ministres sont devenus fous de rage. J’étais dans le bureau lorsqu’ils appelaient Emmanuel Moulin. Il se faisait copieusement invectiver », raconte-t-il. C’est également de cette période que daterait un texto de Rachida Dati, ministre de la Culture, adressé à Gabriel Attal, dans lequel elle suggérerait de transformer Volta, le chien du Premier ministre, en une célèbre spécialité culinaire orientale.

Parallèlement, un débat s’ouvre au sommet de l’État sur l’opportunité de présenter un projet de loi de finances rectificative (PLFR), option défendue en coulisses par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances. Rayan Nezzar se montre réservé face à cette hypothèse. « J’y étais défavorable surtout parce qu’un PLFR aurait eu pour conséquence de raviver tous les débats fiscaux qui n’étaient pour moi pas la priorité alors qu’il fallait rapidement freiner les dépenses publiques », justifie-t-il.

 

Vertiges

 

Dans le même temps, la campagne des élections européennes bat son plein. Rayan Nezzar participe notamment à la préparation du débat télévisé opposant le Premier ministre à Jordan Bardella. « J’ai joué le rôle de sparring-partner », explique-t-il. Puis, vient la soirée du 9 juin 2024. La majorité présidentielle essuie une lourde défaite aux élections européennes. Mais, dans les couloirs du 57 rue de Varenne, un autre événement monopolise rapidement toutes les attentions : l’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale. « Au départ, je n’y ai pas cru », raconte-t-il. Lorsque la décision est confirmée, une véritable sidération s’empare des équipes gouvernementales. « Une forme de gueule de bois collective », résume-t-il. Les semaines suivantes sont consacrées à la préparation d’un projet de loi de finances pour 2025 élaboré dans un contexte inédit, celui d’un gouvernement démissionnaire. « Nous avons construit un budget de reconduction : maintien des dispositifs existants, respect des lois de programmation, poursuite des économies déjà engagées et absence de réformes fiscales majeures », explique-t-il.

À l’issue de cet été intense, l’Élysée souhaite le voir diriger le cabinet d’Anne Genetet, nouvelle ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de Michel Barnier. L’intéressé est très réticent. « Je souffrais d’un véritable syndrome de l’imposteur. Je me disais que je n’étais pas recteur et que les organisations syndicales allaient me mettre en difficulté », confie-t-il. Prenant acte de ses réserves, Anne Genetet lui propose finalement le poste de directeur adjoint de cabinet, qu’il accepte. Le principal défi auquel il est confronté est d’ordre budgétaire. « Des économies avaient été annoncées sans avoir réellement été mises en œuvre, ce qui plaçait le ministère dans une situation financière particulièrement délicate. Il fallait reprendre le pilotage de manière très rigoureuse », explique-t-il.

 

L’école, chantier permanent

 

Le ministère relance également plusieurs réformes engagées sous Gabriel Attal, notamment le « choc des savoirs ». Rayan Nezzar veille à la mise en œuvre du nouveau programme de mathématiques au lycée ainsi qu’à la publication des nouveaux programmes scolaires. « La littérature montre qu’un programme efficace doit expliciter précisément les attendus, avec des objectifs de maîtrise définis année par année, voire trimestre par trimestre. Jusqu’à présent, les programmes étaient organisés par cycles de trois ans, ce qui laissait une trop grande marge d’interprétation sur les apprentissages réellement attendus », explique-t-il. Selon lui, cette organisation finissait par "désorienter les enseignants quant à la progression des apprentissages ».

Il cite également parmi les dossiers qu’il a contribué à finaliser le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS). « La pornographie produit des effets considérables sur les jeunes et les écrans sont omniprésents. Les enfants recevront de toute façon une éducation à la sexualité. La vraie question est de savoir où ils la recevront », fait-il valoir. S’il reconnaît le rôle fondamental des familles, il estime qu’il ne saurait suffire. « L’école a aussi une responsabilité, au moins en matière de prévention, notamment sur les infections sexuellement transmissibles et la notion de consentement », affirme-t-il.

La chute du gouvernement de Michel Barnier ouvre ensuite une nouvelle période d’incertitude institutionnelle. Face au risque d’une non-adoption du budget, une cellule de continuité est constituée au ministère afin de préparer un scénario de fonctionnement dégradé de l’Éducation nationale. Les travaux portent sur la sécurisation du versement des rémunérations, la hiérarchisation des dépenses indispensables, l’identification des crédits pouvant être différés et l’activation des mécanismes d’urgence prévus par les règles budgétaires.

 

Le doute, côté Cour

 

Quelques mois plus tard, Rayan Nezzar rejoint la Cour des comptes comme conseiller référendaire en service extraordinaire. « C’est un travail beaucoup plus approfondi, fondé sur l’évaluation des politiques publiques, l’analyse détaillée des dispositifs et la mesure de leurs effets économiques et sociaux, que ce que j’ai pu faire en cabinet », explique-t-il. Il décrit également un changement de posture intellectuelle. « À la Cour, la vertu première est le doute. Il faut poser les bonnes questions et savoir mettre le doigt là où cela fait mal. Tous les documents peuvent être obtenus ; encore faut-il savoir lesquels demander… », observe-t-il, tout en rappelant qu’il est tenu au secret sur les rapports auxquels il participe.

Alors que Gabriel Attal est candidat à l’élection présidentielle de 2027, son ancien conseiller prévient qu’il ne sera pas dans l’organigramme de campagne. « Je peux être sollicité ponctuellement pour échanger sur des sujets de fond, notamment en économie ou sur l’éducation, mais je n’appartiens pas au premier cercle décisionnel », précise-t-il. Une chose est certaine, il ne sera « jamais » salarié d’un parti politique. « Je cultive jalousement mon indépendance », affirme-t-il. À plus long terme, c’est vers l’Éducation nationale qu’il aimerait revenir. « C’est le ministère où j’ai pris le plus de plaisir à évoluer. Les enjeux qu’il porte sont déterminants pour l’avenir du pays. À mes yeux, ils constituent la priorité absolue pour la France », argue Rayan Nezzar.

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