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Hassiba Kaabêche / TPE / PME

Médiation du crédit : Hassiba Kaabêche n’entend pas laisser les entreprises filer au pied du mur / Ce qui se traduit dans ses priorités d'action

À la tête de la Médiation du crédit à la Banque de France depuis octobre dernier, Hassiba Kaabêche milite pour que les TPE et PME françaises se saisissent (enfin) des dispositifs d’aide qui leur sont offerts, à l’instar de celui qu’elle dirige. Elle compte donc bien renforcer sa collaboration avec l’ensemble de leurs partenaires et les acteurs de la place, pour mieux les mettre en lumière auprès des chefs d’entreprise et changer la logique de leur accompagnement. Et prévenir ainsi des situations de lourdes difficultés, qui auraient pu être évitées.
Hassiba Kaabêche, médiatrice nationale du crédit à la banque de france. crédits : banque de france
Hassiba Kaabêche, médiatrice nationale du crédit à la banque de france. crédits : banque de france

C’est un constat, souvent répété, mais d’autant plus regrettable en période de turbulences économiques : les chefs d’entreprise français n’ont pas assez recours aux dispositifs d’aide qui sont mis à leur disposition. Soit parce qu’ils ne les connaissent pas assez, ou bien parce qu’ils y font appel trop tardivement pour pouvoir en profiter. « La Médiation du crédit est perçue comme un dispositif de traitement de la difficulté de financement en période de crise. Or, il serait préférable qu’elle devienne un outil de gestion du quotidien des difficultés de financement des entreprises », explique à WanSquare Hassiba Kaabêche, Médiatrice nationale du crédit à la Banque de France.

 

Un paradoxe

 

En dépit de son efficacité établie, le nombre de sollicitations auprès de ce service, proposé aux TPE et PME qui rencontrent des difficultés avec un établissement financier, est en baisse depuis plusieurs années. En mai, le nombre de dossiers acceptés était de 80 (dont 2 restructurations de Prêt garanti par l’État), dans la moyenne des six mois précédents. En cumul depuis janvier, il s’élève à 404, soit une baisse de 14 % par rapport à la même période en 2025.

Certes, la bonne tenue du financement de l’économie - les encours de crédit bancaire étaient par exemple en hausse de 3,4 % en avril par rapport au mois de mars, selon les dernières données disponibles, après une hausse de 2,8 % alors déjà observée -, peut expliquer, en partie, le recul des saisines. Mais cette vision macroéconomique du sujet n’occulte pas une analyse microéconomique de la situation : « Il y aura toujours une entreprise à qui on réduira un découvert, ou à qui l’on refusera de réaménager sa dette, par exemple. Il y en a tous les jours. Et au regard du nombre d’entreprises en France, le nombre de saisines éligibles mensuelles peut sembler surprenant », indique Hassiba Kaabêche. Il reste par ailleurs à noter que les situations d’inéligibilité des dossiers, liées à des demandes hors champ de la médiation, ou à des saisines trop tardives par rapport à l’évolution de la santé financière de l’entreprise, ont été en hausse en 2025, en comparaison avec la période pré-pandémique.

Ainsi, la Médiatrice nationale du crédit entend axer son action autour de trois priorités. Tout d’abord, mieux faire connaître ce service confidentiel et gratuit, s’appuyant par ailleurs sur 105 médiateurs territoriaux (métropole et Outre-Mer). « Ils peuvent, de par leur connaissance du territoire, de leur expertise en analyse financière, des techniques de financement, accompagner au mieux l’entreprise et proposer des solutions adaptées, dans un dialogue étroit avec les différentes parties prenantes. Notre mission est de trouver un accord entre les partenaires financiers et l’entreprise », rappelle-t-elle. « Mon but est aussi de faire évoluer la logique d’accompagnement « en allant vers l’entreprise », pour que leurs partenaires fassent mieux connaître les outils de pilotage, de gestion, ou de les aider à identifier les difficultés », explique-t-elle. Et, enfin, de continuer d’approfondir le travail de coopération avec les acteurs bancaires et financiers de la place.

 

Assurer le suivi

 

Sur l’évolution de la logique d’accompagnement, le mandat de la Médiatrice nationale du crédit, nommée à ses fonctions à la fin du mois d'octobre dernier, a notamment déjà été marqué par la signature d’une « charte de confiance » en février, élaborée sous son égide en liaison avec la Médiation des entreprises, qu’une trentaine de partenaires se sont ainsi engagés à respecter. Son objectif est de mettre en lumière tous les acteurs de cet écosystème et d’inverser la vapeur, en demandant à ceux qui sont en capacité d’observer des signaux faibles de se diriger vers les entrepreneurs le cas échéant. Elle est notamment soutenue par la Banque de France, plusieurs ministères, les assureurs-crédit, l’URSSAF, la Fédération bancaire française, le Conseil national des Greffiers des Tribunaux de Commerce, ou l’Ordre des experts-comptables, entre autres.

Et Hassiba Kaabêche entend bien en faire un outil de terrain. Le 22 juillet prochain, elle réunira par exemple tous les partenaires signataires à la Banque de France, de manière à faire un premier bilan d’étape sur son déploiement. Le but : faire le point sur les actions de terrain réalisées et déterminer des indicateurs et des critères consensuels, pour mesurer la réussite de mise en œuvre de leurs engagements sur le long terme. « Signer des déclarations de bonnes intentions, ou faire une énième charte que l’on laissera au fond d’un tiroir, cela ne m’intéresse pas », assure-t-elle.

D’une manière plus générale, la Médiatrice nationale du crédit ne souhaite pas tomber dans l’alarmisme quant à la situation des TPE et PME françaises. Certes, l’environnement économique n’a rien d’évident, comme ont pu en témoigner les dernières révisions à la baisse des prévisions de croissance de la Banque de France. S’il restera à voir quelles conséquences pourra produire l’accord signé entre les États-Unis et l’Iran, notamment sur les évolutions du prix des carburants et les difficultés d’approvisionnement, reste que leurs patrons apparaissent désormais plus prompts à s’adapter. « Depuis la crise du Covid-19, être chef d’entreprise relève du défi. Ils ont appris à anticiper et à s’adapter à cette incertitude, à adopter certains réflexes de gestion de leurs approvisionnements, de leur production, ou de leurs ventes, selon le secteur d’activité », souligne Hassiba Kaabêche.

 

Plusieurs points d’alerte

 

Mais la conjoncture reste pesante et les défis nombreux. On y retrouve par exemple, entre autres, les problématiques de délais de paiement inter-entreprises (la résolution des différends à l’amiable sur le sujet est gérée par la Médiation des entreprises, rattachée à Bercy). Un sujet également scruté de près par la Médiatrice nationale du crédit, puisque Hassiba Kaabêche est la vice-présidente de l’Observatoire des délais de paiement. Si certaines améliorations semblent se dessiner en ce sens, c’est davantage sur le volet répressif, comme en a attesté le bilan d’activité de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ou bien au regard de la loi du sénateur Olivier Rietmann, visant à réformer les sanctions des mauvais payeurs, adoptée au Sénat en février dernier et qui doit encore poursuivre son chemin à l’Assemblée nationale.

Et puis, les tensions du climat économique se reflètent également sur la hausse des défaillances d’entreprises, qui ont dépassé la barre des 70 000, en cumul sur douze mois, à la fin du mois d’avril. Sans minimiser le défi que cela représente, Hassiba Kaabêche remet aussi certains éléments en perspective. « Nous sommes vigilants et suivons ce point de près. Un facteur est en revanche rarement cité, celui de la démographie des entreprises. Quand on parle de défaillance, donc de mortalité, il faut aussi regarder la natalité. Or, nous n’avons jamais créé autant d’entreprises en France depuis 2019, il est donc aussi important de regarder le nombre de défaillances par rapport au stock de sociétés qui s’accroît », estime-t-elle. Et d’ajouter, dans la droite ligne du cadre de son action : « En général, les difficultés financières ne surviennent pas en six mois, elles résultent davantage d’une accumulation sur plusieurs années. C’est pour cela qu’il ne faut pas attendre, dès que l’on détecte une difficulté. Tous les dispositifs sont efficaces s’ils sont saisis précocement ».

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