Fonds d'investissements
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Avec Blue Sea, Bpifrance veut continuer de pallier certaines failles de marché / Ce fonds pour les grands acteurs non cotés viendra ajouter à une boîte à outils récemment étoffée
Avec quelque 320 dossiers réalisés par an, la direction du capital-développement de Bpifrance n’a pas ralenti la cadence en 2025 : 2,5 milliards d’euros d’investissements, 3,2 milliards d’euros de cessions. Des chiffres à mettre en regard de contexte actuel du marché du capital-investissement, a rappelé le directeur exécutif en charge du capital-développement de la banque publique d’investissement, José Gonzalo, à l’occasion d’un point presse, alors que les levées de fonds stagnent, et que le contexte géopolitique et les basculements liés à l’intelligence artificielle créent des craintes chez les investisseurs. « Nous jouons notre rôle contra-cyclique. Réaliser 2,5 milliards d’euros d’investissements dans un environnement compliqué, c’est volontariste. Nous ne sommes pas là pour lever les stylos quand cela va moins bien », a-t-il résumé.
Ce qui fait notamment la particularité de cette activité de Bpifrance, aux 30 milliards d’euros d’actifs sous gestion, est sa capacité à déployer des tickets d’investissement allant d’1 million à 1 milliard d’euros. La composition de son portefeuille de 700 participations le reflète : 50 % de PME, mais aussi de grandes vedettes de la cote parisienne. Ceci grâce à des fonds sectoriels (environnement, tourisme, défense, automobile), mais aussi des fonds généralistes : small cap, mid cap (en dette et en equity), et large cap, dont fait partie « Lac1 ». « Nous avions constaté qu’il y avait très peu d’actionnaires français au capital des grandes sociétés françaises cotées. Ce sont toujours les mêmes noms anglo-saxons », a rappelé José Gonzalo. De fait, au sein du CAC 40 par exemple, les Américains BlackRock, Vanguard et Capital Group sont les seuls gestionnaires d’actifs à figurer parmi le top dix des actionnaires de l’indice phare de la Bourse de Paris.
Ce fonds, qui compte parmi ses participations Veolia, Bureau Veritas, EssilorLuxottica, Ipsos ou Vusion, entre autres, arrive néanmoins au terme de sa période d’investissement. Et comme cela avait été annoncé, il aura bien un successeur, « Blue Sea », mais cette fois réservé aux grandes entreprises non cotées. Un segment de marché encore peu pratiqué par les fonds français, à l'heure où les questions de souveraineté et d'autonomie stratégique de l'Europe rythment l'actualité. « Quand les sociétés commencent à être d’une certaine taille, qu’elles ont atteint des valeurs d’entreprise de plusieurs milliards d’euros, c’est encore une fois les Américains qui viennent prendre des gros tickets dans ces sociétés. Il y a une sorte de faille de marché », a regretté José Gonzalo.
Les détails
Bpifrance a entamé son road show auprès des investisseurs pour la collecte. José Gonzalo et Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, se rendront notamment dans les prochaines semaines en Asie. D’une taille cible de 4 milliards d’euros, le fonds misera sur la diversité géographique de ses capitaux et devrait donc aussi accueillir des investisseurs d’Europe, du Moyen-Orient et d’Amérique du Nord. Bpifrance en sera le premier contributeur, avec un poids de 20 % à 25 %. La première clôture, qui permettrait ainsi de commencer à investir, est visée pour la fin d’année ou le début d’année prochaine, tandis qu’un second pourrait intervenir un an après.
L’idée sera de prendre des participations minoritaires en déployant des tickets pouvant aller de 200 à 500 millions d’euros, « dans de belles réussites françaises et européennes. Il faut que nous bâtissions l’Europe avec de grands acteurs européens », a pointé José Gonzalo. Dans l’idée, 60 % des fonds seront investis dans des entreprises 100 % françaises, tandis que le reste sera réservé à des sociétés européennes, mais à l’ADN tricolore avéré (par exemple au regard de l’implantation d’actifs sur le territoire). Enfin, et suivant les méthodes usuelles de Bpifrance, obtenir un siège au conseil d’administration sera une condition sine qua non de l’investissement.
Dette privée et sociétés délaissées en Bourse
S’il faudra donc attendre encore quelque temps pour connaître les premiers investissements de Blue Sea, l’on connaît en revanche déjà le premier de Blue Spring, un nouveau fonds dévoilé par Bpifrance au mois de mars, d’une taille de 200 millions d’euros et ayant participé à l’introduction en Bourse de la « beauty tech » Ieva Group. Une manière, de nouveau, de venir pallier un manque sur le marché. « Il est destiné aux petites capitalisations boursières, de 50 à 500 millions d’euros. Il y a beaucoup de sociétés qui sont en Bourse et en déshérence, personne ne s’en occupe. Nous voulons investir dans ces entreprises pour leur redonner de l’énergie et de la visibilité » a expliqué José Gonzalo.
Enfin, autre nouveauté : après avoir lancé une activité de dette privée en 2017, avec un premier fonds de 140 millions d’euros, une quatrième génération de fonds est née à la fin de 2025. Sa taille a désormais doublé et a été portée à 1 milliard d’euros. Il cible les PME et ETI, avec des tickets compris entre 5 et 30 millions d’euros. « C’est une demande des entreprises, c’est une source de financement qui évite les dilutions capitalistiques. Et comme il y a beaucoup d’acteurs anglo-saxons sur le créneau, il fallait aussi que nous puissions y répondre », a détaillé José Gonzalo. « Nous les analysons comme si c’étaient pratiquement des projets d’equity, avec une due diligence approfondie, ce qui fait que nous avons un taux de sinistralité de zéro », a ajouté le dirigeant.
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