Fonds d'investissements / philippe tibi
Fonds d'investissements
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L’initiative Tibi entre dans sa troisième phase / La deeptech et les ambitions européennes y seront au cœur
Et de trois. L’initiative Tibi, lancée en 2020 afin de mobiliser les investisseurs institutionnels en faveur du financement des entreprises technologiques en forte croissance, attaque sa troisième phase. Les investisseurs partenaires de ce projet - qui porte le nom de l’économiste l’ayant mise au point, Philippe Tibi – se sont en effet engagés à mobiliser 13 milliards d’euros supplémentaires (sécurisés) au profit des scale-ups françaises et européennes jusqu’en 2032, a annoncé le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure. L’objectif sera d’atteindre 15 milliards d’euros d’ici la fin de l’année. L’innovation de rupture y sera mise à l’honneur, puisque 50 % des fonds seront fléchés vers la deeptech (quantique, intelligence artificielle, biotech, space tech, etc.), contre 35 % au terme des deux premières phases.
Pour mémoire, la mécanique « Tibi » repose sur trois étapes : Bercy sollicite les investisseurs pour qu’ils indiquent le montant qu’ils souhaitent investir. Ensuite, les fonds de capital-risque, de capital-croissance et boursiers (qui contribuent au financement des scale-ups lors de leurs introductions en Bourse) souhaitant profiter du fléchage de ces financements se doivent d’être parrainés par un des institutionnels partenaires, puis d’être homologués par un vote de ces derniers, sur la base d’un cahier des charges dont la Direction générale du Trésor assure le respect. Enfin, celle-ci s’assure que les investissements réalisés – des institutionnels, puis des fonds homologués – restent cohérents avec les engagements de départ. À la faveur de la nouvelle enveloppe, ce sont près de 31 milliards d’euros qui auront été mobilisés dans le cadre de l’initiative, depuis sa naissance. À date, 16 milliards d’euros ont été déployés par les institutionnels et 176 fonds ont été homologués.
De la continuité et de nouvelles ambitions
Ce troisième chapitre réunit 42 investisseurs de long terme. Parmi eux, les grands assureurs et les grandes banques françaises, la Caisse des Dépôts et Consignations, Bpifrance, de grands groupes, ou bien des family office. Cette année, elle accueille plusieurs nouveaux acteurs : Carac, SNCF, RATP, ainsi que Naval Group, MBDA et Eutelsat, en lien avec ses ambitions mises à jour.
« Cette troisième phase s’inscrit dans la continuité et l’accélération », résume en effet Philippe Tibi. Dans la continuité, car elle permettra de financer des actifs technologiques stratégiques et que sa gouvernance reste inchangée, en dépit de quelques nouvelles arrivées. Mais aussi dans l’accélération, donc, motivée par deux sujets principaux. « Le premier, ce sont les conclusions de la consultation de place sur la base industrielle et technologique (BITD) de défense, qui a fait apparaître un manque de financement de sa composante technologique, qui est essentiellement de la deeptech », explique l’économiste, par exemple en ce qui concerne les drones de nouvelles générations, le cryptage ou l’intelligence artificielle (IA) embarquée. Le deuxième sujet est celui de l’IA sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, du logiciel à l’infrastructure, des métaux critiques en amont jusqu’aux systèmes appliqués pour les entreprises en aval. À la demande des investisseurs, elle sera aussi mise au cœur de l’initiative.
Européaniser le dispositif
Enfin, cette troisième phase s’accompagnera d’une ambition européenne musclée. Car Philippe Tibi l’a reconnu : si ces 30 milliards d’euros mobilisés au total sont une nouvelle bienvenue, pouvoir rivaliser avec les États-Unis et la Chine appelle à atteindre une taille critique. « Et cette taille critique, nous l’atteindrons avec l’Union européenne et une Europe élargie. Nous devons continuer à dialoguer avec nos partenaires comme nous l’avons déjà fait », a souligné l’économiste, citant par exemple l’initiative allemande Win, inspirée de ce modèle, ou encore Innovate Poland en Pologne. Un dialogue structuré avec d’autres pays, comme l’Italie notamment, suit aussi son cours. « Il nous faut constituer une base cohérente, fédérative et un écosystème européen », a assuré Philippe Tibi, estimant qu’un minimum de 150 milliards d'euros serait nécessaire, en comptant l’ensemble de ce genre d’initiatives européennes et d’ici la fin de la décennie, pour entendre rivaliser avec les autres grandes puissances technologiques et militaires. La France prévoit ainsi accompagner les États membres volontaires dans la mobilisation de leurs propres investisseurs institutionnels.
Par ailleurs, conformément aux recommandations du rapport Noyer-Kukies et dans le prolongement de la feuille de route franco-allemande sur le financement des scale-ups annoncée en janvier dernier, la France et l’Allemagne travaillent à créer un réseau paneuropéen d’investisseurs institutionnels. D’ici la fin de l’année, le premier but sera de créer une première plateforme qui permettra de réunir les investisseurs institutionnels des deux pays autour de fonds franco-allemand, implantés et actifs sur les deux territoires. « Ouvert dès son lancement aux autres États membres ayant structuré leur dispositif national, ce réseau a une vocation véritablement européenne de financement de l’innovation, dans laquelle la France entend jouer un rôle central », indique Bercy.
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