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TotalEnergies, bien plus qu’un effet prix / La force de la diversification

La flambée des prix du pétrole et du gaz n’explique pas à elle seule les solides résultats trimestriels de TotalEnergies. Hausse des volumes hors zone de conflit, performances du GNL et redressement du raffinage ont largement contribué à la dynamique du groupe, qui récolte aussi et surtout les fruits de sa diversification.
Patrick Pouyanné, le directeur général de TotalEnergies (Photo by Mandel NGAN / AFP)
Patrick Pouyanné, le directeur général de TotalEnergies (Photo by Mandel NGAN / AFP)

Il fallait s’y attendre : les solides bénéfices dégagés par TotalEnergies au premier trimestre, en pleine guerre au Moyen-Orient, ont suscité mercredi des commentaires acerbes sur les bancs de l’Assemblée, où l’on a notamment entendu que le groupe serait un « profiteur de guerre ». « S’il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d’une redistribution qui pourrait être à due proportion ou pas », a déclaré, plus sobrement, Sébastien Lecornu. Mais à due proportion de quoi ? Oui, la flambée des prix de l’énergie provoquée par le conflit a soutenu les résultats. Mais il est difficile, d’une part, d’y voir un enrichissement sur le dos du consommateur français : depuis le début de la guerre, le groupe maintient un plafonnement des prix à la pompe en France, encore prolongé fin avril.

Ce serait oublier, d’autre part, l’autre face du tableau : le conflit a simultanément retranché environ 100 000 barils équivalent pétrole par jour de la production du groupe sur le trimestre, soit un impact de 4 % sur les volumes totaux. En cette fin avril, les arrêts au Qatar, en Irak et sur les offshore des Émirats arabes unis représentent 360 000 barils par jour, soit près de 15 % de la production totale de la compagnie. L’actif saoudien de SATORP a lui aussi été touché début avril. TotalEnergies subit donc aussi la guerre autant qu’il bénéficie de la hausse des prix.

 

La production comme premier levier

 

En réalité, la performance du groupe sur ces trois mois doit beaucoup à des ressorts qui n'ont rien à voir avec les cours du baril. Le premier moteur est la croissance organique. Hors impact du conflit, la production d’hydrocarbures a progressé d’environ 4 %, portée par une série de mises en service de nouveaux champs, notamment Lapa SW au Brésil et Mabruk en Libye, ainsi que par le démarrage de projets offshore dans le golfe du Mexique américain, Anchor et Ballymore, sans compter la montée en puissance de développements lancés antérieurement. « Nous démontrons trimestre après trimestre notre capacité à faire croître fortement notre production », a insisté mercredi Patrick Pouyanné, le directeur général du groupe, lors de la conférence avec les analystes. Résultat : le secteur Exploration-Production affiche un résultat opérationnel net ajusté de 2,6 milliards de dollars, en hausse de 43 % sur le trimestre.

Deuxième pilier, le gaz naturel liquéfié, dont le résultat opérationnel net ajusté a progressé de 43 % sur le trimestre, à 1,3 milliard de dollars, tandis que le cash-flow a augmenté de 54 %, à 1,8 milliard. La performance provient d’abord d’une augmentation de la production. Celle-ci a progressé de 12 % sur le trimestre, portée par l’Australie revenue à pleine capacité, les États-Unis et la Malaisie. Les ventes atteignent 12,4 millions de tonnes.

Si l’effet prix existe, c’est surtout via la volatilité des marchés et les performances de négoce, davantage que par le prix moyen réalisé du GNL, resté stable sur le trimestre à 8,48 dollars par MMBtu. Le TTF, référence européenne du gaz naturel, a bien bondi de 34 % par rapport au quatrième trimestre 2025, à 13,7 dollars par MMBtu (million d’unités thermiques britanniques), dans un marché secoué par la crise moyen-orientale. Mais cet indice ne constitue pas à lui seul le prix de vente du groupe, largement tributaire d’un portefeuille mondial de contrats, souvent indexés avec décalage sur d’autres références.

 

L’aval, surprise majeure du trimestre

 

C'est toutefois l'aval qui a fourni la surprise la plus saillante du trimestre. « L'aval a signé son meilleur trimestre depuis plusieurs années », note le bureau de recherche indépendant AlphaValue. Le résultat opérationnel net ajusté du secteur Raffinage-Chimie a atteint 1,6 milliard de dollars, multiplié par 5,3 sur un an. L'indicateur de marge de raffinage européen s'établit à 11,4 dollars la tonne, là encore multiplié par 2,9 sur un an. La clé : les raffineries ont retrouvé leur pleine disponibilité opérationnelle dès le début de l'année, avec un taux d'utilisation supérieur à 90 %, leur permettant de capturer pleinement les marges exceptionnelles de mars. Le négoce de brut et de produits pétroliers a amplifié le mouvement.

Ce trimestre met surtout en lumière la diversification méthodiquement bâtie par le groupe au fil des années. « Nous sommes intégrés tout au long de la chaîne de valeur pétrole, gaz, GNL, électricité, ce qui nous permet de capturer marges et prix à chaque étape », a résumé Patrick Pouyanné devant les analystes. Une organisation qui confère à TotalEnergies une capacité de résistance rare parmi les majors. AlphaValue relève ainsi une « résilience du portefeuille de production réparti sur 11 pays pleinement démontrée ».

 

Des retours actionnaires confortés

 

Pour le reste de 2026, le groupe maintient 15 milliards de dollars d’investissements sur l’année, mais regarde déjà comment accélérer certains projets courts cycles pour profiter de prix durablement élevés. La production hors Moyen-Orient est attendue en croissance d'environ 4 % au deuxième trimestre. Le taux d'utilisation des raffineries devrait en revanche refluer entre 80 et 85 %, pénalisé par la maintenance de deux mois sur Donges et la capacité réduite de SATORP.

Sur le dividende, le conseil a décidé d'augmenter de 5,9 % le premier acompte, à 0,90 euro par action, la plus forte croissance parmi les majors pétrolières. Les rachats d'actions sont autorisés jusqu'à 1,5 milliard de dollars au deuxième trimestre, le conseil réitérant un objectif de pay-out supérieur à 40 % pour l'année. « Il n’y a aucune raison de ne pas tenir tous nos engagements de forts retours aux actionnaires. », a souligné Patrick Pouyanné.

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