Macro-économie / Taux
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Natalité : la potion miracle dévoilée pour la réveiller ? / Le télétravail pourrait avoir un impact
Une révolution silencieuse qui pourrait bien redessiner les politiques familiales. La baisse de la fécondité est désormais un phénomène mondial, avec des conséquences économiques et sociales majeures. Depuis des années, les gouvernements tentent d’enrayer ce déclin à coups de politiques natalistes : aides financières, congés parentaux, subventions à la garde d’enfants. Mais ces dispositifs ont souvent des effets limités.
D’après une étude publiée par le National Bureau of Economic Research (NBER), institut de recherche américain, l’angle mort des politiques publiques pourrait être l’organisation même du travail. C’est ce que soutiennent une équipe de sept chercheurs composée notamment de Nicholas Bloom, Katelyn Cranney et Mathias Dolls.
« La compatibilité entre vie familiale et carrière est devenue un facteur clé de la fécondité dans les pays à revenu élevé », expliquent-ils. Pour tester cette idée, les chercheurs ont analysé des données inédites couvrant 38 pays, issues de deux grandes enquêtes sur les conditions de travail. Leur constat est sans appel : les personnes ayant accès au télétravail ont davantage d’enfants ou projettent d’en avoir plus. « La fécondité réalisée, les projets de fécondité et la fécondité totale […] sont plus élevés chez les répondants qui travaillent à domicile au moins un jour par semaine », indiquent-ils.
L’effet est encore plus marqué au sein des couples. Lorsque les deux partenaires télétravaillent, la fécondité augmente significativement : jusqu’à +14 % dans l’échantillon international, et +18 % aux États-Unis. « Il s’agit de la première étude apportant des preuves solides que le télétravail est associé à une fécondité plus élevée ». Reste à comprendre pourquoi. « Nous voyons trois possibilités fondamentales pour expliquer pourquoi la fécondité pourrait être liée au statut de télétravail », indiquent-ils.
« Premièrement, une explication causale simple : en facilitant la conciliation entre l'éducation des enfants et l'emploi rémunéré, les emplois en télétravail incitent les femmes et leurs partenaires à opter pour une fécondité plus élevée. Deuxièmement, une explication purement sélective : les familles avec enfants choisissent des emplois offrant des possibilités de télétravail, mais la fécondité est insensible au statut de télétravail. Troisièmement, la sélection en tant que force causale : la disponibilité d’emplois permettant le télétravail augmente la fécondité en élargissant les possibilités actuelles et futures de choisir des emplois adaptés aux parents », jugent les chercheurs.
Pour s’assurer de la nature causale de la relation liant les deux variables ils ont étudié comment la fécondité au niveau individuel réagissait aux possibilités de télétravail au sein du ménage. « Nous constatons clairement que les taux de fécondité sur un an augmentent avec les possibilités de télétravail au niveau de la profession. Cette tendance se confirme après la pandémie (2023-2025) et avant la pandémie (2017-2019) », soulignent-ils.
« Les résultats montrent que l'augmentation des taux de télétravail au niveau national jusqu'à la valeur de référence entraînerait une hausse modeste mais non négligeable de la fécondité. Les gains de fécondité sont les plus importants dans les pays qui affichent actuellement de faibles taux de télétravail », indique l’étude. Le gain de fécondité pour le Japon représenterait 31 800 naissances supplémentaires par an et respectivement 17 000 et 12 800 naissances pour la France et l’Italie.
« Le travail hybride n'est pas une solution miracle. La fécondité dépend de nombreux autres facteurs, notamment les coûts d'opportunité de la maternité, les coûts en temps et en argent liés à la garde d'enfants et à l'éducation, les normes sociales, le logement et l'incertitude économique », tempèrent les chercheurs.
Reste que, « les gouvernements pourraient envisager des politiques favorisant des modalités de travail flexibles et revoir celles qui découragent de telles modalités », affirment-ils, estimant que l'une des marges les plus importantes de la politique familiale au cours de la prochaine décennie pourrait ne ressembler en rien à la politique familiale traditionnelle.
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