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G7 / Elysée / déséquilibres

Plein phare sur les remèdes aux déséquilibres mondiaux / De grandes puissances face à leurs responsabilités

Remis à l’Élysée dans le cadre du G7, un rapport d’experts alerte sur le retour des déséquilibres mondiaux (importants excédents et déficits extérieurs générés par les économies) et propose une stratégie coordonnée pour restaurer une croissance stable et limiter les risques de crise.
Xi Jinping, président de la république populaire de Chine et Emmanuel Macron, président de la république française - Photo par SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP
Xi Jinping, président de la république populaire de Chine et Emmanuel Macron, président de la république française - Photo par SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP

Les déséquilibres mondiaux font leur grand retour. Derrière cette expression technique se cache une réalité simple : certains pays accumulent des excédents extérieurs croissants quand d’autres creusent leurs déficits. Autrement dit, l’économie mondiale se polarise entre nations qui vivent au-dessus de leurs moyens et celles qui vivent en dessous. Ces écarts traduisent des différences profondes dans les modèles de croissance, les niveaux d’épargne et d’investissement.

La France, dans le cadre de sa présidence du G7, s’est fait un devoir de faire la lumière sur les politiques permettant leur résorption. C’est dans ce contexte que le président de la République Emmanuel Macron a missionné quatre économistes pour se pencher sur la question.

« Les déséquilibres mondiaux […] sont de plus en plus tenaces […] ce qui accroît le risque d’ajustement chaotique », préviennent les auteurs du rapport, parmi lesquels, Gita Gopinath, ancienne numéro deux du Fonds monétaire international (FMI).

Attention, tous les déséquilibres ne sont pas nocifs. « Ils reflètent souvent le fonctionnement normal d’économies ouvertes et interconnectées », soulignent les économistes.

Un pays vieillissant peut, par exemple, accumuler des excédents en épargnant pour l’avenir, tandis qu’une économie dynamique peut afficher un déficit en attirant des capitaux pour financer son expansion. Ces mécanismes sont au cœur de la mondialisation.

Le problème apparaît lorsque ces écarts deviennent durables, massifs et mal orientés. « Les déséquilibres mondiaux et sectoriels posent problème lorsqu’ils compromettent […] l’équilibre de la croissance et […] la réciprocité des échanges commerciaux ». À ce stade, ils peuvent nourrir tensions politiques, protectionnisme et instabilité financière. L’histoire récente en témoigne, des accords du Plaza dans les années 1980 à la crise financière mondiale de 2007.

Face à ce constat, le rapport défend une approche résolument collective. « Il est dans l’intérêt individuel et collectif des pays […] de rééquilibrer leurs stratégies de croissance », affirment les auteurs.

Pour la Chine, l’enjeu est sans doute le plus structurant. Son modèle, fondé depuis des décennies sur l’investissement massif et les exportations, montre aujourd’hui ses limites. Résultat : une épargne très élevée, une consommation insuffisante et des excédents extérieurs persistants.

Le rapport appelle à un basculement vers une économie tirée par la demande intérieure. Cela passe d’abord par un renforcement de l’État social : santé, éducation, retraites, assurance chômage. Objectif : réduire l’épargne de précaution des ménages.

Mais la transformation doit aller plus loin. Les économistes recommandent de réorienter l’investissement vers les services et de réduire le poids du secteur manufacturier exportateur. Les autorités locales, aujourd’hui incitées à soutenir la production industrielle, doivent changer de cap pour stimuler la consommation.

Autre priorité : corriger les distorsions liées aux politiques industrielles. Subventions ciblées, crédits bon marché ou accès facilité au foncier ont contribué à une surcapacité dans certains secteurs. Leur réduction permettrait « d’améliorer l’allocation des ressources » et de limiter les tensions commerciales.

Le secteur immobilier constitue également un point critique. Sa crise a fragilisé la demande intérieure. Le rapport plaide pour un assainissement des bilans financiers afin de restaurer la confiance et soutenir la consommation.

Enfin, une plus grande flexibilité du taux de change est jugée souhaitable, tout comme des réformes des finances locales pour limiter les investissements inefficaces.

Les auteurs mettent en garde contre un risque majeur : celui d’une économie prise dans une spirale déflationniste et confrontée à des barrières commerciales croissantes. Sans réforme, la Chine pourrait « s’écraser contre le mur du protectionnisme ».

À l’opposé du modèle chinois, les États-Unis se caractérisent par une demande intérieure forte, mais financée par des déficits massifs. Leur déséquilibre extérieur refléterait avant tout un déséquilibre budgétaire.

La priorité est donc de réduire les déficits publics et stabiliser la dette. L’objectif est de restaurer l’épargne nationale et de limiter la dépendance aux capitaux étrangers.

Mais le rapport ne s’arrête pas à la politique budgétaire. Il met également en lumière les vulnérabilités du système financier américain, devenu le centre d’attraction des capitaux mondiaux.

Les flux massifs vers les actions américaines, notamment dans les secteurs liés à l’intelligence artificielle, alimentent des valorisations élevées et concentrent les risques. Une correction brutale pourrait avoir des effets globaux.

Les économistes pointent aussi le rôle croissant des intermédiaires financiers non bancaires, moins régulés, qui amplifient les risques de liquidité et de contagion. D’où la nécessité de renforcer la supervision. Garantir la stabilité du marché des obligations souveraines est également crucial, compte tenu de son rôle central dans le système financier international.

L’Oncle Sam doit trouver un équilibre délicat : préserver son dynamisme économique tout en réduisant les fragilités qui alimentent les déséquilibres mondiaux.

L’Europe se situe dans une position intermédiaire, mais non moins problématique. Elle accumule des excédents extérieurs non pas par excès de compétitivité, mais par manque d’investissement. Le rapport est sans appel : « l’épargne est insuffisamment orientée vers des investissements risqués à haut rendement ».

La priorité est donc d’augmenter l’investissement, public comme privé. Cela passe par une intégration plus poussée des marchés de capitaux et la création d’un véritable marché financier européen capable de financer l’innovation.

Les auteurs insistent sur la nécessité de soutenir les secteurs stratégiques : énergie, défense, technologies avancées, santé. Des investissements communs, financés par une dette européenne, pourraient jouer un rôle clé.

L’intégration du marché intérieur est un autre levier majeur. Aujourd’hui, la fragmentation freine l’émergence d’entreprises capables de rivaliser à l’échelle mondiale. Le rapport plaide pour faciliter le passage à l’échelle des entreprises innovantes et pour développer un « capital patient ».

L’Europe est également encouragée à attirer davantage d’investissements étrangers, notamment pour accélérer les transferts de technologies et la productivité.

Le rapport insiste sur un point clé : leur efficacité dépend de leur mise en œuvre simultanée. Une coordination des politiques permettrait non seulement de réduire les déséquilibres, mais aussi de soutenir la croissance mondiale. À l’inverse, des ajustements isolés pourraient produire des effets contre-productifs.

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