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Rubis engrange un cash-flow record / Un modèle toujours porté par la distribution d’énergie
Neuf mois après l’entrée de Patrick Molis et d’Anne Lauvergeon au conseil de surveillance, qui marquait l’irruption des actionnaires contestataires dans la gouvernance de Rubis, le groupe pétrolier et énergétique semble poursuivre sa route sans inflexion visible. Rien n’a filtré non plus des discussions préliminaires révélées à l’automne 2025 avec CVC et Trafigura autour d’un éventuel rachat du groupe, total ou partiel. Sans doute faut-il y voir l’explication du manque d’entrain des investisseurs à l’annonce des résultats 2025 du groupe d’énergie indépendant. L'action Rubis a terminé la séance de jeudi en baisse de 7,6%, à 32,94 euros.
Sur le plan opérationnel, pourtant, les comptes ne prêtent guère le flanc à la critique. Un Ebitda de 741 millions d’euros, en hausse de 3 % sur un an et dans la partie haute de la fourchette d’objectifs (entre 710 et 760 millions d’euros) ; un résultat net part du groupe de 309 millions d’euros, en progression de 19 % hors la plus-value exceptionnelle de cession de Rubis Terminal enregistrée en 2024 ; un cash-flow opérationnel record de 735 millions d’euros, en hausse de 10 % : le tableau est solide.
Le bitume tire la croissance
« 2025 a été une nouvelle année record pour Rubis, malgré la dépréciation du dollar par rapport à l’euro », a souligné la gérante Clarisse Gobin-Swiecznik lors de la conférence en ligne avec les analystes. Ce point mérite d’être relevé. À taux de change euro-dollar constant et hyperinflation constante, l’Ebitda aurait atteint 772 millions d’euros, soit une progression organique de 7 %. L’effet dollar - le groupe réalise une part significative de ses revenus en monnaie américaine, notamment dans les Caraïbes et en Afrique - a donc amputé la performance publiée d’environ 31 millions d’euros. Que les fondamentaux opérationnels aient pu absorber ce handicap confirme la résilience du modèle.
Ce modèle, c'est avant tout la distribution d'énergie, pilier quasi-exclusif de la rentabilité du groupe. L'Ebitda de cette branche a atteint 754 millions d’euros sur l'exercice, en hausse de 3 %, porté par une croissance des volumes de 6 % et des marges brutes de 6 % toutes géographies et tous produits confondus. Le bitume se distingue particulièrement, avec des volumes en bond de 28 %, porté par la « reprise de la demande au Nigeria après deux années difficiles », rappelle Jean-Christian Bergeron, directeur général de Rubis Énergie. S’y ajoutent la consolidation de la participation en Angola, portée de 35 % à 95 %, et l’entrée du groupe en Libye.
Dans les carburants, le Kenya a retrouvé des couleurs grâce à l'ajustement de la formule de prix réglementée, tandis qu'Haïti a tiré profit de la réorganisation logistique avec l’introduction de barges pour approvisionner le marché. En Europe, le GPL affiche des volumes à un plus haut historique en France, soutenu par la demande sur l'autogas et des gains de parts de marché.
La discipline financière porte ses fruits
Cette bonne tenue de l’activité se reflète directement dans la génération de trésorerie. « L’excellence opérationnelle n’est pas seulement un moteur de performance, mais aussi un facteur clé de stabilité des marges et de génération de trésorerie », insiste Clarisse Gobin-Swiecznik.
Outre la performance opérationnelle, le cash-flow a profité aussi de "l’absence de pertes de change », a précisé le directeur financier Marc Jacquot. Les couvertures mises en place au premier semestre 2024 ont joué leur rôle. En 2025, aucune perte de change significative n’a été enregistrée. Résultat : le levier corporate tombe à 0,9x l’Ebitda, contre 1,4x fin 2024, et la dette financière nette totale recule de 10 % à 1,17 milliard d’euros.
Photosol, pari stratégique encore coûteux
Reste le cas de Photosol, la filiale de production d’électricité renouvelable acquise par Rubis en 2022, qui a nourri ces dernières années des interrogations sur le bien fondé de diversifier le groupe au-delà de son cœur de métier pétrolier. Sur le papier, la trajectoire opérationnelle progresse : la capacité installée augmente de 21 % pour atteindre 633 mégawatts-crête, tandis que le chiffre d’affaires progresse de 26 % à 62 millions d’euros et que le portefeuille sécurisé dépasse désormais 1,4 gigawatt-crête.
Sur le plan des résultats en revanche, l’Ebitda consolidé de Photosol s’établit à 23 millions d’euros, en recul de 11 % sur l’exercice, sous l’effet de l’accélération des coûts de développement liés à la montée en puissance du portefeuille de projets.
Les dirigeants invitent toutefois à distinguer la rentabilité des actifs déjà en exploitation, ce qu’ils appellent l’Ebitda « power », des coûts de développement qui pèsent sur les comptes consolidés. Sur cette base, la performance atteint 46,7 millions d’euros, en hausse de 32 %, sans pour autant dissiper toutes les interrogations. Photosol reste une activité très consommatrice de capitaux. Les investissements ont atteint 190 millions d’euros en 2025, contre 82 millions un an plus tôt. À court terme, Photosol continue donc de peser sur les comptes, le prix à payer pour bâtir la plateforme du groupe dans les énergies renouvelables.
Une trajectoire 2026 dans la continuité
Pour 2026, Rubis vise un Ebitda compris entre 740 et 790 millions d’euros, sur la base d’un taux de change euro-dollar constant de 1,13 et d’un environnement d’hyperinflation inchangé. Le point médian, autour de 765 millions d’euros, prolonge la trajectoire actuelle. Il repose notamment sur la poursuite de la dynamique dans les Caraïbes, le plein effet de la réforme tarifaire en Afrique et la montée en puissance progressive de l’activité bitume en Europe autour de la plateforme d’Anvers.
Dans ce schéma, Photosol restera encore un pôle d’investissement avant de devenir un véritable contributeur aux résultats. La transformation énergétique de Rubis s’annonce progressive.
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