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Ieva Group, la « beauty tech » qui met le cap sur la Bourse de Paris / Le nouveau fonds « small caps » de Bpifrance signe son premier investissement en s’engageant sur l’IPO
La Bourse de Paris s’apprête à agrandir ses rangs. Ieva Group a lancé mercredi son introduction en Bourse sur Euronext Growth, qui sera ouverte jusqu’au 25 mars. Cette « beauty tech » prévoit de réaliser une augmentation de capital de 8 millions d’euros. Le prix de souscription des actions nouvelles a été fixé à 12,79 euros par titre, faisant ressortir une capitalisation pré-monnaie de près de 119 millions d’euros.
L’entreprise a déjà reçu un engagement de souscription de 3 millions d’euros de la part de Bpifrance BlueSpring, un nouveau fonds lancé par la banque publique d’investissement. Il signe de ce fait, par la même occasion, sa première opération. Ce véhicule de 200 millions d’euros a été spécialement pensé pour investir dans les « small caps » de la cote parisienne, un segment de marché ayant été particulièrement mis de côté par les investisseurs ces dernières années. Mais qui se peuple pourtant de sociétés innovantes et performantes. Bpifrance entend donc y insuffler davantage de dynamisme grâce à de l’investissement de long terme, dans la lignée d’autres initiatives récentes, comme celle menée par la Caisse des Dépôts en fonds de fonds (avec CDC Croissance).
Actionnaires de taille
Destiné à intervenir tant sur des IPO qu’à entrer au capital d’entreprises déjà cotées, en fonction des cas, le fonds a vocation à se concentrer sur des secteurs matures, aux perspectives de croissance prometteuses. Les investissements seront réalisés sur fonds propres. Comme à son habitude, Bpifrance sera un actionnaire minoritaire actif, chaque prise de participation étant conditionnée à l’obtention d’une représentation au sein de la gouvernance. Dans le cas de Ieva Group, « c’est une entreprise avec une équipe dirigeante solide, positionnée sur un marché de croissance et ayant des ambitions à la fois de croissance organique et de M & A. Nous voulons accompagner activement cette phase d’accélération », résume Emmanuel Blot, directeur d’investissement chez Bpifrance.
En entrant au capital de Ieva Group, la banque publique rejoindra TF1, Crédit Mutuel Innovation, Unilever et Seb Alliance, qui y siègent aux côtés de son fondateur et président-directeur général, Jean Michel Karam, ainsi que de son management et autres actionnaires individuels. Au-delà de son engagement de souscription de 3 millions d’euros, Bpifrance dispose d’une option d’achat auprès de TF1 Social E-commerce, pour un montant additionnel du même ordre. Par ailleurs, une clause de liquidité prévoit que les parties fassent en sorte que le marché de l’action dispose d’un flottant suffisant, avec pour objectif qu’il soit d’au moins 30 % du capital, sur la base du nombre total d’actions en circulation à fin 2028.
L’objectif de l’IPO
Le but de cette opération sera essentiellement de réaliser des acquisitions et de s’internationaliser davantage, notamment en mettant le cap sur les États-Unis à moyen terme. À date, Ieva Group génère 81 % de ses revenus en France, 9 % dans le reste de l’Europe et 10 % en Asie. L’entreprise a réalisé 43,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, traduisant un taux de croissance annuel moyen de 70 % depuis 2020. L’objectif sera de le doubler d’ici 2028. Le groupe prévoit d’être rentable dès 2026.
Pour Jean Michel Karam, le modèle de son entreprise s’explique de manière lisible : « Nous sommes le Netflix de la beauté. Nous avons des abonnés et nous nous occupons de leur beauté », a-t-il expliqué lors d’une présentation à la presse. Derrière cette comparaison, se trouve l’idée d’une plateforme intégrant des marques propriétaires et d’autres ne l’étant pas, permettant aux abonnés de réaliser des gains économiques lorsqu’ils l’utilisent.
L’entreprise possède déjà un savoir-faire en matière de croissance externe. Ces cinq dernières années, elle a par exemple procédé à l’acquisition de l’Atelier du Sourcil, celle de My Little Paris auprès de TF1 - une plateforme de média et de commerce en ligne permettant notamment de s’abonner à la livraison de coffrets de beauté personnalisés -, ainsi que de Ioma, une marque de cosmétiques haut de gamme et personnalisés, (de nouveau) acquise auprès d’Unilever en 2023 : elle avait été fondée par Jean Michel Karam avant d’entrer dans le giron de la multinationale.
Un continuum d’activités
Des marques fortes, auxquelles s’ajoute la plateforme de services de personnalisation myIEVA et autour desquelles le groupe a structuré ses quatre piliers d’activité. Il y a donc la beauté (soins du visage, capillaires et maquillage), la tech (avec des capteurs et dispositifs d’analyse embarqués, objets connectés, infrastructures de données et outils d’IA pour produire des recommandations), l’expérience (avec près de 130 boutiques L’Atelier du Sourcil ou Le Boudoir du Regard, en propre et en franchise) et enfin My Little Paris. Le tout repose sur un modèle de distribution alliant le digital et un réseau de partenaires (Marionnaud et Douglas, entre autres), sur une famille de cinq brevets protégeant ses technologies et sur une communauté de 4 millions de personnes fédérée autour de ses abonnements.
Ieva Group a créé un modèle « beauty as a service », en référence au « software as a service », couvrant la chaîne de ses activités : la découverte grâce à des recommandations, l’achat de produits et services, l’engagement via des abonnements, l’expérience physique en boutique puis la fidélisation. À ce jour, les revenus récurrents découlant d’abonnements représentent 55 % de son chiffre d’affaires, les produits 18,9 %, les services 19,7 % et le reste se répartit à parts égales entre le média et les redevances.
Gestion agile
Ce modèle repose sur une structure à faible intensité capitalistique et à coûts flexibles, sans sites de production, autrement dit "fabless" : la fabrication des cosmétiques est réalisée par des laboratoires et les systèmes technologiques par des partenaires industriels. De quoi faciliter le déploiement international et assurer une mise à l’échelle facilement, souligne l’entreprise, qui disposait d’une trésorerie nette de 5,4 millions d’euros à fin 2025.
D’autant que le groupe devrait profiter de tendances porteuses sur les années à venir. Le segment de la « beauty tech » croît environ trois fois plus vite que le marché de la beauté, indique-t-il, avec un taux annuel de croissance moyen de 18 % à l’échelle mondiale. D’ici à 2030, il devrait atteindre 173 milliards de dollars. « Cela est tiré par trois moteurs : la personnalisation, la tech et la digitalisation », a expliqué Jean Michel Karam.
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