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Danone / Antoine de Saint-Affrique
Les moteurs de Danone montent en régime / La zone américaine reste le point d’attention
« La santé par l’alimentation n’a jamais été aussi pertinente. C’est précisément là que Danone est idéalement positionné. » En présentant vendredi les résultats annuels de l’entreprise qu’il dirige, Antoine de Saint-Affrique n’a pas manqué de mettre en avant l’avantage structurel de Danone : un portefeuille orienté santé, dans un monde où les liens entre alimentation et bien-être s’imposent de plus en plus comme une priorité de consommation. Les chiffres publiés vendredi matin sont venus conforter la portée de ce message bien rodé.
Sur l’ensemble de l’exercice, la croissance organique atteint +4,5 %, portée par un volume/mix de +2,7 %. Une croissance tirée par les volumes vendus et par l’amélioration du mix produit - c’est-à-dire une montée en gamme et un meilleur poids des références à plus forte valeur - plutôt que par le seul levier prix, là où une partie du secteur a surtout joué sur les tarifs pour soutenir ses performances.
Une année de qualité
Le chiffre d’affaires ressort à 27,3 milliards d’euros, quasi stable en données publiées sous l’effet d’un euro fort. La marge opérationnelle courante progresse de 44 points de base à 13,4 %, le free cash-flow atteint 2,8 milliards d’euros et le BNPA courant gagne 4,6 % à 3,80 euros, proche de ses plus hauts historiques. Ce que Danone qualifie « d’année de forte performance » repose en réalité sur la convergence de plusieurs moteurs, dont certains montent désormais en puissance de façon visible.
« Nos moteurs de croissance tournent à plein régime et la dynamique est claire », a résumé le directeur général. Dans le détail, la progression s’appuie d’abord sur les segments à forte valeur nutritionnelle. La plateforme high protein continue de tirer la croissance, notamment aux États Unis où Oikos a franchi le milliard d’euros de chiffre d’affaires. En parallèle, le positionnement du groupe sur la santé digestive, porté notamment par Activia, retrouve de l’élan, tandis que la nutrition infantile premium, emmenée par Aptamil, affiche une croissance à deux chiffres avec des performances particulièrement marquées en Asie, où les ventes ont par exemple doublé au Vietnam en un an.
L’Asie confirme son rôle de moteur
Dans ce dispositif, la nutrition médicale prend une place croissante. Avec l’intégration de Kate Farms, le groupe dispose désormais, selon la direction, « d’une plateforme de nutrition médicale d’environ 500 millions de dollars aux États-Unis », appelée à devenir un levier de croissance significatif outre-Atlantique. Les dirigeants mettent en avant une intégration jugée très bien orientée et une catégorie portée par une demande structurellement dynamique.
Sur le plan géographique, la zone Chine, Asie du Nord et Océanie s’impose comme le principal moteur. Il s’agit même du « point fort incontestable de l’année 2025 », selon le directeur financier Juergen Esser, qui a souligné vendredi lors de la conférence avec les analystes une performance exceptionnelle, tirée par la nutrition spécialisée et par la bonne tenue du Japon dans les produits laitiers fonctionnels, notamment les marques à bénéfice santé comme Oikos et Activia.
L’Industrie 5.0 commence à produire ses effets
La compétitivité opérationnelle constitue l’autre pilier du discours. Le groupe met en avant sa 10e place dans le classement Gartner des meilleures chaînes logistiques mondiales, la plus élevée pour un acteur des produits de grande consommation. La digitalisation industrielle progresse dans le cadre de l’approche « Industrie 5.0 » : contrôle qualité automatisé, maintenance prédictive, suivi en temps réel des performances. Quelque 20 000 salariés ont déjà été formés via une académie interne, tandis qu’une dizaine d’usines pilotes servent de terrain d’expérimentation.
Au-delà de la production, les effets se traduisent aussi dans le besoin en fonds de roulement, ramené à –10,2 % des ventes, un niveau record. Cette amélioration reflète une meilleure maîtrise des flux entre créances clients et dettes fournisseurs, facilitée par la numérisation des processus de back-office.
L’Amérique du Nord sous surveillance
Tout n’est pas aligné pour autant. Antoine de Saint-Affrique ne cherche pas à minimiser : « Il est clair qu’aux États-Unis, notre performance en 2025 n’a pas été à la hauteur de nos attentes ». La zone américaine apparaît ainsi comme le principal chantier opérationnel du groupe. Si les segments des protéines et de la nutrition spécialisée continuent de bien résister, le reste du portefeuille demeure sous pression, des crèmes pour café aux produits végétaux, en passant par les yaourts non protéinés. « Nous savons que nous devons élever notre niveau de jeu », reconnaît le directeur général.
Pour relancer la dynamique, Danone a nommé un nouveau président de zone pour l’Amérique du Nord, Henri Boisseau, et engagé plusieurs ajustements organisationnels destinés à réinstaller une culture d’exécution plus exigeante dans la région.
Le dossier du lait infantile, survenu de manière soudaine en janvier, constitue l’autre point de vigilance, même si les produits du groupe n’ont pas été mis en cause. Les rappels ciblés annoncés en début d’année devraient toutefois peser ponctuellement sur le premier trimestre. Le directeur financier évoque « un impact ponctuel » compris entre 0,5 % et 1 % des ventes au niveau du groupe, lié essentiellement aux ruptures de linéaires chez certains distributeurs européens ayant retiré l’ensemble des références avant tri et réapprovisionnement. La normalisation est attendue courant mars.
La rentabilité des produits laitiers encore en construction
En parallèle, la question de la rentabilité des produits laitiers frais reste en filigrane. Le management reconnaît que le potentiel n’est pas encore pleinement visible dans les comptes. « Vous ne le voyez pas encore se refléter… parce que nous investissons massivement pour cette croissance », explique le directeur financier. De fait, la marge de la division EDP est restée globalement stable à 8,5 % en 2025, malgré une croissance organique de 3,5 %, tandis que le groupe a continué de réinjecter une part significative de ses gains opérationnels dans ses marques et ses capacités.
Un effort qui, rappelons-le, s’inscrit dans l’Acte II du plan Renew Danone, lancé en 2024, et destiné à accélérer la transformation du portefeuille après une première phase centrée sur le redressement opérationnel. Cette nouvelle étape met l’accent sur l’innovation, la montée en gamme, le renforcement des capacités industrielles et l’expansion dans les segments à forte valeur nutritionnelle, quitte à accepter une pression temporaire sur les marges.
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