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Rubis ouvre un front européen dans le bitume / Et suscite des interrogations dans l’hydrogène

À défaut d’évolution sur le front capitalistique, Rubis avance par ajustements ciblés. Le groupe déploie une plateforme européenne de bitume, transposant un modèle logistique éprouvé en Afrique, avec une contribution attendue à moyen terme, tandis que son retrait de la gouvernance de Hydrogène de France interroge sur l’avenir de cette participation.
À Anvers, Rubis amorce l’extension européenne de son activité bitume.
À Anvers, Rubis amorce l’extension européenne de son activité bitume.

Rien de nouveau sur le front capitalistique chez Rubis depuis que Bloomberg avait indiqué en septembre que CVC Capital Partners et Trafigura étudiaient séparément un possible rachat du groupe. Rubis avait alors confirmé être en contact avec diverses contreparties industrielles et financières, tout en précisant que les discussions restaient « très préliminaires ».

C’est sur le terrain opérationnel que le groupe en commandite se signale en ce début d’année 2026, avec l’annonce, la semaine dernière, du développement d’une plateforme européenne de distribution de bitume, un métier qu’il pratique déjà depuis longtemps en Afrique, où il a distribué 650 000 tonnes depuis 2015.

Autre annonce intervenue ces derniers jours, Hydrogène de France a indiqué le 6 février la démission de Rubis de l’ensemble des mandats qu’il détenait au sein de la société, à effet immédiat. Rubis a quitté son poste d’administrateur, tandis que sa filiale Rubis Énergie a renoncé à son mandat de censeur, deux fonctions exercées depuis juin 2021, à l’occasion de l’introduction en Bourse de HDF. Le communiqué évoque un changement de gouvernance, sans en préciser les raisons. Une évolution qui interroge, étant donné que Rubis détient 17% du spécialiste des infrastructures hydrogène. Pour les analystes d'Invest Securities, "se pose désormais la question de son maintien durable au capital".

 

Tête de pont européenne

 

Le développement du bitume en Europe obéit, en revanche, à une logique beaucoup plus lisible. L’opération repose sur un bail exclusif de cinq ans, renouvelable, portant sur 60 000 tonnes de capacités de stockage au terminal ATPC d’Anvers, premier terminal d’importation de bitume de la région. Depuis le 1er janvier, Rubis Asphalt, l’activité bitume du groupe, exploite cette infrastructure, adaptée aux grands navires comme aux barges et opérant en continu.

Sa localisation, au nord-ouest de l'Europe, en fait une porte d'entrée stratégique vers les marchés belge et néerlandais, mais aussi français et allemand.

Les 60 000 tonnes de capacité d’Anvers forment ainsi une tête de pont logistique, calibrée pour organiser les premiers flux d’importation en Europe. « Cette expansion en Europe reste à ce stade modeste par rapport aux volumes de bitumes distribués en Afrique (429 000 m³) mais Rubis dispose de l'expertise du produit et des infrastructures locales pour développer cette activité en Europe », observe le bureau d’analystes Portzamparc.

 

La transposition d’un modèle éprouvé

 

Car dix années d’expérience dans le bitume en Afrique ont permis à Rubis de bâtir un dispositif logistique intégré, couvrant l’approvisionnement en raffinerie, le transport maritime, puis le stockage et la livraison vers les centrales d’enrobage. « Cette expansion permet au groupe de tirer parti de sa vaste chaîne logistique intégrée dans le bitume », relève de son côté le cabinet Edison Research.

Il n’est donc pas question d’une diversification opportuniste, mais de l’extension d’un métier existant à une nouvelle zone géographique, dans une démarche incrémentale. Les ambitions affichées apparaissent, à ce stade, mesurées, avec la volonté d’installer progressivement un dispositif capable de capter des flux réguliers sur un marché structurellement importateur.

Cette prudence se reflète dans le calendrier affiché. La direction comme les analystes convergent sur l’idée d’une montée en puissance graduelle, sans contribution significative à court terme. « Rubis s’attend à ce que 2026 soit une année de transition, avec un impact plus visible sur les résultats de cette nouvelle activité à partir de 2027-2028 », indique Edison Research, qui anticipe à cet horizon une contribution de l’ordre de quelques millions d’euros au niveau du résultat net.

Mais, « même si l’impact sur les résultats devrait rester relativement modéré et progressif, cette initiative illustre la capacité du groupe à tirer parti d’opportunités favorables sur les marchés de l’énergie en s’appuyant sur son expertise opérationnelle existante », poursuit le cabinet. Une lecture qui renvoie à l’ADN de Rubis, historiquement positionné sur des activités de niche, intensives en logistique et génératrices de flux récurrents.

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