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Jean Laurent Poitou dévoile la nouvelle feuille de route d’Ipsos / Cap sur la croissance organique et les marges, et de l'IA à tous les étages

Le champion des études de marché et des sondages a détaillé, jeudi, ses ambitions à l’horizon 2030. Une feuille de route portée par le nouveau directeur général d’Ipsos, Jean Laurent Poitou, visant à renouer avec l’accélération de la croissance organique tout en soignant ses marges. Le tout, à l’aide d’un catalyseur bien identifié : l’intelligence artificielle. Un programme d’investissements de plus d’un milliard d’euros sera engagé sur les cinq prochaines années.
Siège d'Ipsos et Jean Laurent Poitou. Crédits : Ipsos
Siège d'Ipsos et Jean Laurent Poitou. Crédits : Ipsos

Quelques mois après avoir été nommé directeur général d’Ipsos, Jean Laurent Poitou a révélé ce jeudi les fondements de la stratégie qui guideront le champion des études de marché et des sondages pour les cinq prochaines années : "Horizons". Un plan stratégique présenté lors de la journée investisseurs du groupe, ayant été bien accueilli par les marchés. Le titre Ipsos s’affiche en effet dans le vert depuis l’ouverture de la Bourse de Paris, grimpant encore de plus de 7 % cet après-midi. "L’objectif de ce plan stratégique est de dire ce que nous allons faire. L’essentiel réside dans notre capacité à l’exécuter", commente Jean Laurent Poitou auprès de WanSquare.

L’objectif est en tout cas clair : tirer parti de la Tech et plus particulièrement de l’intelligence artificielle (IA) afin de s’engager sur une nouvelle trajectoire de croissance organique. Sans mettre de côté la progression de la marge opérationnelle. Alors que le chiffre d’affaires du groupe (hors acquisition) devrait progresser de 0,6 % en 2025 et que sa marge devrait être de 12,8 % (à périmètre constant, car celle incluant l’effet dilutif lié aux acquisitions de BVA et infas s’établira à 12,3 %), Ipsos met la barre plus haut pour les prochaines années. "La croissance organique est ce qui permet de montrer que nous visons juste", nous rappelle le directeur général d’Ipsos.

Sur la période 2026-2028, Ipsos vise ainsi une croissance organique moyenne comprise entre 3 % et 4 %, accompagnée d’une marge opérationnelle attendue à 13,5 % en 2028. Pour 2029-2030, le but sera que cette croissance moyenne soit supérieure à 5 %, tandis que la marge devrait dépasser les 14 %. "Être profitable et en croissance est ce qui nous permet de rester indépendants", a souligné Didier Truchot en introduisant la présentation du plan stratégique, qui passera le relais de la présidence du groupe à Laurence Stoclet à la fin du mois de février.

 

Deux axes, six piliers

 

La profitabilité bénéficiera des synergies réalisées grâce aux acquisitions conclues en 2025, de gains de productivité et de l’amélioration du mix de ventes. Et pour parvenir à doper sa croissance, Ipsos compte s’appuyer sur deux axes majeurs d’exécution, plaçant l’IA en leur centre. D’un côté, il s’agira de réinventer le cœur de métier en capitalisant sur les acquis du groupe : cela s’opérera en répondant aux attentes de rapidité des clients, en élargissant les moyens de collecter des données, ou encore par une excellence commerciale accrue. "Faire de la vente à petite échelle est un art, cela devient une science à plus grande échelle", indique Jean Laurent Poitou.

De l’autre, Ipsos entend accélérer l’adoption, l’expansion et la production de ses services et solutions à plus forte valeur ajoutée. Parmi eux, la plateforme Ipsos. digital, permettant d’offrir un accès direct et automatique aux solutions du groupe, ou encore l’analyse et le traitement des données, ainsi que les services gérés à l’échelle mondiale. Ces derniers permettent notamment d’assurer une cohérence globale, d’innover pour déployer de nouvelles solutions à l’échelle ou encore de cibler les mandats des clients mondiaux. Générant une croissance à deux chiffres, sur une base de revenus de plusieurs centaines de millions d’euros, ces services comprennent par exemple les mesures comportementales, ou encore les tests de produits.

Ces deux axes de croissance viendront ainsi s’articuler aux six piliers stratégiques de l’entreprise qui concernent, entre autres, la capitalisation sur la maîtrise de l’IA comme levier de différenciation, la facilitation de la prise de décision grâce à des informations à forte valeur ajoutée, la rapidité et l’exploitation du plein potentiel de la large gamme de services, donc, l’accroissement des panels propriétaires grâce à l’accès à des répondants réels, ou bien le fait de tirer parti de la présence mondiale de l’entreprise. Installée dans 90 pays, sa taille critique et son empreinte locale font en effet partie de ses cartes maîtresses, en termes de force de frappe et de connaissance de ses marchés.

Deux régions du monde seront néanmoins plus particulièrement mises à l’honneur au travers de "Horizons" : les États-Unis, qui représentent un tiers des revenus du groupe, ainsi que la Chine. "Cela sera utile à tous nos marchés, car les innovations naissent généralement sur ces deux-là", estime Jean Laurent Poitou, se montrant aussi optimiste quant aux capacités du groupe à aller de l’avant outre-Atlantique, en dépit d’une dynamique y ayant infléchi au cours des derniers trimestres, grâce à un plan de croissance organisé."Les géants de la Tech sont parmi nos plus grands clients et ont accès à une mine de données gigantesque. C’est notre rôle de les accompagner dans l’analyse et le traitement le plus pertinent", ajoute-t-il.

 

Une enveloppe d’1,2 milliard d’euros pour investir

 

Pour appuyer ses ambitions, le groupe prévoit de déployer jusqu’à 1,2 milliard d’euros d’investissements sur les cinq prochaines années, dans des "opérations de transformation" - à savoir des acquisitions et des investissements stratégiques. Il est vrai qu’Ipsos a fait ses preuves en la matière. Le groupe a mené, depuis sa fondation en 1975 par Didier Truchot, une stratégie M & A pour le moins active : plus de 100 opérations de croissance externe ont en effet été réalisées sur la période.

Sans s’interdire de racheter de "petits Ipsos" pour compléter son empreinte géographique, il s’agira désormais de se concentrer encore davantage sur deux autres terrains."Nous allons opérer comme un investisseur industriel, afin d’aller chercher de nouveaux catalyseurs de croissance : des briques technologiques et d’IA, qu’il ne serait pas utile de développer en interne tant le marché évolue vite, ou bien des sociétés opérant sur des marchés adjacents sur lesquels nous voulons nous étendre", détaille Jean Laurent Poitou, assurant qu’Ipsos restera discipliné sur les multiples de valorisation des cibles.

Cette enveloppe d’investissements sera portée par les free cash-flows que le groupe prévoit de générer sur les cinq prochaines années - à savoir environ 1,4 milliard d’euros. Il lui sera aussi possible d’accroître son endettement jusqu’à 600 millions d’euros, ce qui lui permettra toutefois de conserver un ratio d’endettement inférieur, au maximum, à deux fois d’ici 2030. Outre les investissements de croissance, ces fonds permettront également de gratifier les actionnaires d'Ipsos. Ces derniers pourront prétendre à un retour porté de 40 à 50 % des bénéfices annuels, soit 600 à 700 millions d’euros sur toute la période, sous forme de dividendes. Enfin, le reste de l’allocation du capital sera réservé aux plans d’actionnariat salarié de l’entreprise, dont le partage de la valeur avec ses collaborateurs fait partie de l’ADN.

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