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Rencontres du Climat / Getlink

Pourquoi la décarbonation européenne patine / La solution devrait-elle passer par un protectionnisme vert ?

Si la taxe carbone est socialement inacceptable, ses alternatives peinent à convaincre. Entre le volontariat des entreprises, une finance verte encore timide, une Europe trop contraignante et dispersée en manque de volonté politique, la question d’un protectionnisme vert capable d’allier décarbonation, compétitivité et souveraineté industrielle, s’est posée ce mardi matin lors des 5ème Rencontres du Climat organisées par Getlink, autour des économistes Christian Gollier et Anne-Sophie Alsif.
Yann Leriche, Christian Gollier, Anne-Sophie Alsif, Vincent Ducros (DR)
Yann Leriche, Christian Gollier, Anne-Sophie Alsif, Vincent Ducros (DR)

Existe-t-il des alternatives à la tarification du carbone pour atteindre nos objectifs climatiques ? Longtemps Christian Gollier, chercheur et professeur à la Toulouse School of Economics, a plaidé pour cette solution. Dans son dernier ouvrage, "Économie de l’(in)action climatique", il reconnaît néanmoins "qu’elle est socialement inacceptable car elle implique de faire des sacrifices ". Il a donc étudié d’autres solutions : se reposer sur les individus et les entreprises de bonne volonté, des "héros climatiques" ? Pas suffisant selon lui. Tenter un État "Léviathan écologique" ? Difficile pour l’intérêt général et la place de la démocratie. Décarboner par une décroissance numérique ? Compliqué aussi. Avoir recours à des subventions et à la dette publique ? "Ce serait reporter le fardeau sur les générations futures", explique-t-il. Miser sur la finance verte en réduisant l’accès aux capitaux pour les entreprises "brunes" avec pour "carotte incitative" une baisse du coût du capital ? Oui, mais le différentiel avec les entreprises "vertes" reste aujourd’hui faible, a-t-il fait observer ce mardi matin, alors qu’il participait aux 5ème Rencontres du Climat organisées par Getlink.

 

Attendre que les autres fassent n’est pas bon pour la planète

 

Des propos auxquels Yann Leriche, directeur général de Getlink, entreprise faisant partie de ces "héros climatiques" pour Christian Gollier, a prêté une oreille attentive. "Il y a effectivement des entreprises qui font ce qu’il faut pour atteindre la décarbonation avec cette idée que l’exemplarité entraînera un cycle vertueux. Mais elle a ses limites. Il existe en effet des ‘passagers clandestins’. De fait, chaque effort profitant à tout le monde, d’autres sont tentés d’attendre que quelqu’un agisse à leur place. Certains de nos concurrents fonctionnent ainsi. Une traversée transmanche via Eurotunnel émet certes moins de CO2, mais l’action climatique a un coût pour nous, ce qui bénéficie aux ferries. Ce n’est donc ni bon pour l’entreprise qui agit, ni pour la planète", considère-t-il.

Pas question pour le patron de Getlink de baisser les bras pour autant. "Les entreprises savent que le réchauffement climatique aura des conséquences. Leur enjeu est la gestion des risques si elles veulent durer dans le temps. Il y a donc un sujet d’adaptation constant", a-t-il souligné, avec une forme d’optimisme. "D’autant que l’Europe a déjà pris des décisions sur les ETS (crédits carbone, ndlr) par exemple. Les ferries payent ainsi un surcoût d’environ 10 euros par traversée. Il y a aussi le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières qui est encore imparfait, tout comme les agences de notation extra-financières ", a énuméré Yann Leriche.

 

Quand l’Europe préfère importer

 

Et si la "vraie" solution venait par plus de protectionnisme européen ? Pour Anne-Sophie Alsif, associée et cheffe économiste chez BDO France, "sur le climat, que font nos concurrents ? La Chine dicte aujourd’hui ses normes en ayant investi massivement dans la transition énergétique avec pour but d’être un leader de la décarbonation. C’est ce que font aussi les États-Unis, malgré les déclarations de Donald Trump, ils continuent à investir massivement dans l’éolien et le solaire pour alimenter l’intelligence artificielle. La Chine et les États-Unis se basent sur un projet industriel quand en Europe, l’on met en place un marché avec des normes sans se poser la question de l’offre industrielle comme opportunité économique, donc on importe", a-t-elle fait remarquer, plaidant ainsi pour une relocalisation de la production des entreprises européennes. "Nous pouvons redevenir leader sur notre marché avec des transferts technologiques pour créer des géants industriels européens capables d’attirer l’épargne qui part pour l’instant vers les États-Unis", a-t-elle assuré.

Mais à la question de savoir si une politique industrielle commune, à l’instar de la PAC pour les agriculteurs, était possible en Europe, Anne-Sophie Alsif estime que "le problème ce sont les Européens entre eux, en achetant hors de nos frontières. Il n’y a pas de volonté de souveraineté politique. On préfère rester chinois ensemble", a-t-elle répondu, constatant que "nous aurions pu faire l’Europe de l’énergie il y a 20 ou 30 ans, nous avions toutes les technologies. Nous avons choisi une dépendance au gaz russe".

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