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Banijay et All3Media, le retour d’un dossier stratégique / Un rapprochement repensé, une logique inchangée

Deux ans après une première tentative, Banijay rouvre le dossier All3Media. Si le schéma envisagé a évolué, la logique industrielle demeure : élargir le portefeuille de contenus, renforcer la taille critique et peser davantage face aux plateformes mondiales, dans un secteur audiovisuel engagé dans une phase de consolidation.
Peaky Blinders, l’un des programmes scripted emblématiques de Banijay
Peaky Blinders, l’un des programmes scripted emblématiques de Banijay

Il arrive que l’histoire repasse les plats, mais pas nécessairement à l’identique. En 2023, lorsque Banijay avait tenté de mettre la main sur All3Media, l’opération visait un rachat classique, avec une ambition : élargir le catalogue scripted - des séries et fictions reposant sur un scénario entièrement écrit -, gagner en taille critique à l’international et renforcer le portefeuille de formats dits voyageants, ces concepts télévisuels majoritairement non-scripted, comme les jeux ou la téléréalité, déclinables dans de nombreux pays et générant des revenus de licence récurrents.

Deux ans plus tard, les discussions ont repris, mais le cadre a changé. Révélés lundi par Reuters, confirmés par Banijay, ces nouveaux pourparlers concernent "une éventuelle combinaison entre Banijay et All3Media", le groupe prenant le soin de souligner qu’"aucune décision n’a été prise à ce stade" et qu’"il ne peut y avoir aucune assurance qu’une transaction soit conclue". Leur reprise intervient après le récent abandon par Banijay de son projet d’acquisition d’ITV Studios, qui lui aurait permis de se renforcer massivement dans le scripted premium. Ce renoncement a libéré des marges de manœuvre financières pour explorer d’autres configurations, et donc se réintéresser à All3Media.

 

Un point de départ qui n’est plus le même

 

Sauf qu’en deux ans, les termes de l’équation ont évolué. D’abord, le Banijay de 2026 n’est plus celui de 2023 : le groupe a changé de dimension et de profil. Rebaptisé Banijay Group après le rebranding de FL Entertainment en mai 2024, il a multiplié les acquisitions structurantes, de Balich Live et The Forge en 2023 à Tipico en 2025 pour environ 3 milliards d’euros. Le gaming représente désormais près de la moitié du chiffre d’affaires, contre un peu plus d’un quart auparavant. Cette diversification accélérée s’est traduite par un endettement accru, qui limite mécaniquement la capacité à financer des rachats massifs dans la seule production audiovisuelle. La dette nette de Banijay Group atteignait ainsi près de 2,8 milliards d’euros au 30 juin 2025, contre 2,6 milliards d’euros fin 2024.

All3Media n’est pas resté immobile non plus. Le groupe a changé d’actionnaire au printemps 2024, passant de Liberty Global et Warner Bros. Discovery à RedBird IMI. Sous l’impulsion de son dirigeant Jeff Zucker, la stratégie est devenue plus offensive, avec un accent mis sur la croissance organique, la valorisation des propriétés intellectuelles et un développement renforcé aux États-Unis et en Asie. Malgré une contraction du chiffre d’affaires d’environ 132 millions de dollars sur l’exercice, l’actif a été repositionné comme une plateforme de contenus premium, à forte identité créative.

 

D’un rachat à une combinaison partielle

 

Conséquence de ces évolutions, il n’est plus question d’un rachat pur et simple d’All3Media par Banijay, mais d’une combinaison partielle. Le schéma évoqué repose sur un rapprochement entre l’unité Entertainment & Live de Banijay et All3Media, accompagné d’une injection de capitaux par RedBird IMI, actionnaire de ce dernier et de taille plus modeste que Banijay Group.

Les logiques industrielles, en revanche, demeurent. La nouvelle entité viserait environ 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, selon Reuters, combinant Banijay Entertainment & Live (environ 4 milliards d’euros) et All3Media (environ 1,7 milliard), aux côtés du fonds RedBird IMI. Et la complémentarité entre contenus scripted et non-scripted reste au cœur du raisonnement. L’agrégation de fictions premium et de formats adaptables à grande échelle permettrait de renforcer le pouvoir de négociation face aux diffuseurs traditionnels comme aux plateformes mondiales - Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ ou Apple TV+ - tout en diversifiant les sources de revenus via la distribution internationale, les licences et l’exploitation des catalogues.

 

Une question de taille critique

 

Une telle opération accélérerait aussi la consolidation d’un secteur européen encore très fragmenté. En mutualisant certaines fonctions de production, en élargissant le portefeuille de droits et en augmentant l’échelle opérationnelle, l’ensemble gagnerait en capacité à mener de futures opérations de croissance externe. Une logique de taille critique devenue centrale dans un environnement où les plateformes mondiales dictent de plus en plus leurs conditions.

Reste qu’une combinaison de cette ampleur ne manquera pas de poser des questions antitrust, notamment sur certains marchés nationaux où les catalogues cumulés seraient dominants. Elle impliquerait également une dilution pour les actionnaires de Banijay, coté à Amsterdam, la structure financière du groupe, déjà marquée par un levier plus élevé qu’il y a trois ans, réduisant les marges de manœuvre pour un financement exclusivement en dette.

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