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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Olivier Raingeard / Directeur de la stratégie d’investissement de Neuflize OBC

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Olivier Raingeard - DR
Olivier Raingeard - DR

Quel est votre scénario de croissance aux Etats-Unis et en Europe pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ?

 

Nous envisageons une croissance mondiale proche de son potentiel en 2026, soutenue par des conditions monétaires accommodantes et, dans certaines régions, par des stimulus budgétaires conséquents. L’économie américaine devrait progresser de l’ordre de 2.4%, portée par les investissements dans l’intelligence artificielle ; l’économie européenne devrait enregistrer une croissance de 0.9%, qui accélèrera au second semestre.

Nous retenons deux aléas pour 2026 : le premier, potentiellement négatif, tient dans un durcissement des conditions financières provoqué par un stress financier généré par exemple par la perte d’indépendance de la Banque centrale américaine ; le second, potentiellement positif, serait liée à une diminution au moins temporaire du risque géopolitique avec la mise en place d’un cessez-le feu entre l’Ukraine et la Russie.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

La problématique de l’indépendance de l’institution monétaire américaine est clé pour 2026. Sa remise en cause aurait des impacts importants sur les conditions de financement en dollar, les investisseurs s’inquiétant de la "domination budgétaire" sur la politique monétaire. Elle se matérialiserait, à terme, par un affaiblissement sensible du dollar et une hausse des taux d’intérêt à très long terme des Etats-Unis.

L’administration Trump en est sûrement consciente, ce qui devrait permettre d’éviter un tel développement. Pour autant, il est probable que le remplaçant de Jérôme Powell pratique une politique monétaire plus accommodante que nécessaire, ce qui soutiendra la croissance américaine au cours des prochains trimestres mais portera le risque de créer des déséquilibres macro-financiers à moyen terme.

Pour l’instant, nous anticipons un abaissement du taux directeur de la Fed à 3% d’ici fin 2026.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

La Commission européenne s’est emparée du rapport Draghi pour construire sa "boussole pour la compétitivité" axée sur 3 priorités : combler l’écart en matière d’innovation ; poursuivre la feuille de route de la décarbonation ; renforcer la sécurité et réduire les dépendances excessives. Pour autant, l’exécution du plan Draghi est trop lente, moins de 15% des recommandations ayant été mises en œuvre. L’Union européenne doit accélérer, sous peine de voir se détériorer davantage sa compétitivité.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

 L’intelligence artificielle (IA) aura de profondes implications pour notre système économique, dont celui de soutenir la productivité, au cours des prochaines années. Il y a néanmoins des interrogations sur l’ampleur du choc productif et sa rapidité de matérialisation, ce qui questionne la rentabilité future des investissements annoncés par les grandes sociétés américaines telles que Meta ou Microsoft.

Pour l’instant, nous ne considérons pas que la thématique de l’IA fasse l’objet d’une bulle généralisée. Certes, des niveaux de valorisation excessifs sont constatés pour certaines entreprises, mais le secteur technologique américain dans son ensemble se valorise autour de 30 fois les bénéfices attendus à 1 an, niveau très éloigné de ceux constatés à a la fin des années 90 par exemple.

 

Quelles sont les perspectives pour l’économie française ? L’absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir fait-elle peser le risque d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

La France a de nombreux atouts, avec une économie diversifiée assise sur une main d’œuvre qualifiée et des infrastructures de qualité, un fort potentiel d’innovation ou encore une épargne abondante. Mais elle se distingue également par un poids des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires, respectivement à 57% et 43%, sensiblement supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE, et par un accroissement tendanciel de sa dette publique. La France doit restaurer la trajectoire de ses finances publiques sous peine de perdre son attractivité.

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