Macro-économie / Taux / RTE / Xavier Piechaczyk / PPE
Macro-économie / Taux
RTE / Xavier Piechaczyk / PPE
La France ne s’électrifie pas assez rapidement / Un frein à l’essor des énergies renouvelables
Une abondance sur laquelle il faut capitaliser. La lecture du bilan prévisionnel dévoilé ce mardi par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) fait apparaître un risque de voir l’économie tricolore être contrainte de réduire la voilure sur ses projets nucléaires ou bien sur les autres sources d’énergie décarbonées. Plusieurs trajectoires de consommation pour les 10 ans à venir sont proposées par la filiale d’EDF et elles se révèlent inférieures à celles proposées il y a bientôt quatre ans.
Il était effectivement question début 2022 d’une consommation tricolore qui se situerait dans une fourchette comprise entre 525 et 615 TWh en 2035. Aujourd’hui, les équipes de RTE proposent deux scénarios, un dit de décarbonation lente, lequel "correspond malgré tout à une augmentation de 25 TWh de la consommation d’électricité par rapport à la consommation actuelle (470 TWh à l’horizon 2030 et 505 TWh en 2035)" et l’autre proposant un rythme nettement plus rapide (quelque 510 TWh en 2030 puis 580 TWh en 2035). Ce dernier présenterait plusieurs avantages pour l’Hexagone ; il aurait le mérite de concilier réindustrialisation et croissance du PIB de l’ordre de 1,1 %, tout en faisant diminuer les coûts du système électrique (plus élevé de 7 % en euro par MWh dans une décarbonation lente relativement à celle rapide) ou encore de faire rentrer Paris dans les clous de l’objectif européen "fit for 55".
Dépasser
L’enjeu n’est pas la seule donne économique à écouter Thomas Veyrenc, membre du directoire de RTE et directeur général de pôles en charge de l’Économie, de la Stratégie et des Finances depuis 2023, lequel déclarait en amont de la publication du bilan que "la décarbonation de notre économie n’est plus uniquement une question de respect des objectifs climatiques, c’est un enjeu d’indépendance et de souveraineté". Il considérait également que "les transformations du système électrique que la France va devoir mener découlent de cet impératif et s’inscrivent dans ce contexte".
Pour autant rien n’est joué selon RTE, puisque son bilan prévisionnel considère que "cet épisode transitoire de surcapacité perdurera au moins deux à trois ans ". Ses experts tirent une partie de leur optimisme des exemples passés ; ils expliquent effectivement qu’une telle surcapacité était déjà présente lors de la seconde partie des années 1980. Plus frappant encore, les années 1990 ont "vu cet excédent s’accroître puis culminer au début des années 2000 ", autant de situations qui "ont généralement été avantageuses pour la France ". Elles auraient permis de développer différents usages de l’électricité, de réduire le pan de l’appareil de production fonctionnant au charbon et au fioul ou encore d’augmenter les exportations tricolores. Une nécessité demeure cependant pour emprunter la voie de la décarbonation rapide, celle d’une transformation des outils de l’exploitation du système électrique.
Diverger
Parmi les leviers à actionner, l’état des lieux des volumes de projets qui sont encore à concrétiser est particulièrement éclairant. Une liste est proposée dont la réalisation de 60 % de celle-ci, d’ici 2030, doit permettre " d’augmenter la consommation de l’industrie à environ 113 TWh par an, environ 15 TWh pour les data centers (contre 5 TWh en 2025) et environ 15 TWh pour l’hydrogène", et de propulser la France vers le haut de la fourchette évoquée précédemment. Les équipes de RTE rappellent qu’un certain nombre d’industriels "ont déjà contractualisé leur accès au réseau pour les prochaines années (environ 30 GW). L’hydrogène, l’industrie et les data centers devraient ainsi concrétiser, respectivement, environ 2,9 GW, 3,4 GW et 4,3 GW de projets".
Un autre levier est également envisageable, celui d’un ajustement temporaire du développement de la production renouvelable, cependant l’équilibre obtenu de cette façon est considéré comme "moins efficace économiquement que de réussir une électrification rapide du pays". Le retard qu’il ferait prendre à la filière hexagonale incite RTE à considérer qu’il faut user de cette possibilité avec proportionnalité. Notamment puisqu’en cas de consommation n’augmentant pas ou peu, il pourrait être fait le choix de " limiter les investissements dans des installations très capitalistiques et à privilégier plutôt la prolongation de la durée de vie de celles qui existent, ou à investir dans les filières les plus compétitives à court terme". Le renouvellement du parc nucléaire tricolore ou encore la filière de l’éolien en mer flottant ne seraient alors pas de la partie. Il faudra cependant trancher à un moment donné face à une décarbonation lente effective, étant donné qu’elle engendrerait une perte de revenus marchés pour les producteurs de l’ordre de quelque 20 milliards d’euros par an par rapport à une trajectoire rapide.
Un bilan qui n’a pas manqué également de faire réagir à Bercy, où on se réjouit que "grâce à son mix énergétique, la France dispose d’une production d’électricité décarbonée, abondante et compétitive " et on considère que ce document "confirme la nécessité d’accélérer sur l’électrification des usages pour atteindre nos objectifs". Il a également été évoqué la volonté du Premier ministre que Bercy travaille à établir une stratégie d’électrification qui soit complémentaire à la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Des décisions sur cette dernière seraient à attendre d’ici Noël.
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