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Airbus déjoue une crise majeure / Une vulnérabilité résolue, mais un autre point de vigilance apparaît
La séance de lundi avait débuté sur une note prudente pour Airbus. Le titre cédait initialement un peu plus de 3 %, une réaction mesurée au regard de la défaillance logicielle révélée juste avant le week-end. Mais l’atmosphère s’est durcie en fin de matinée et la séance a pris un tour plus heurté, la baisse s’amplifiant jusqu’à frôler les 10 %. Deux phénomènes distincts se superposent : l’impact objectivement limité de l’incident logiciel, puis, plus tard dans la matinée, une vague de ventes déclenchée par des rumeurs industrielles sans lien avec celui-ci.
Selon des informations relayées par Reuters, Airbus aurait identifié un défaut sur les panneaux de fuselage de plusieurs dizaines d’A320 en production, entraînant des retards ponctuels de livraison. Les sources citées précisent qu’aucun appareil en service ne serait affecté. Le constructeur n’a pas réagi dans l’immédiat, mais l’apparition de ce sujet relance les interrogations liées à la montée en cadence, un défi structurel auquel Airbus fait face depuis de longs mois. Si elles étaient confirmées, ces informations illustreraient les tensions persistantes sur la chaîne de production, dans un contexte où le groupe vise une fin d’année record en matière de livraisons.
Une campagne de rappel hors norme
Avant que ces rumeurs ne viennent troubler l’atmosphère ce lundi, l’essentiel de l’attention portait donc sur l’incident initial et sur la campagne d’urgence menée durant le week-end. Une mobilisation technique exceptionnelle : une campagne de rappel d’une ampleur inédite, touchant quelque 6 000 appareils de la famille A320, soit l’une des plus grandes immobilisations de flotte de l’aviation commerciale contemporaine pour un constructeur unique. À titre de comparaison, la mise au sol des 737 MAX en 2019 avait concerné moins de 400 avions. Le parallèle avec la crise traversée par Boeing en 2018 et 2019 est inévitable. À ceci près que l’avionneur européen, lui, n’a pas attendu que deux crashs mortels surviennent pour immobiliser plusieurs milliers d'appareils.
La séquence ayant conduit à l’alerte commence le 30 octobre : un A320 de la compagnie américaine JetBlue subit une perte d’altitude non commandée, entraînée par un dysfonctionnement de l’ordinateur pilotant les gouvernes après une mise à jour logicielle récente. L’analyse des données réalisée au cours des semaines qui suivent met en évidence une vulnérabilité plus large : un niveau élevé de radiation solaire peut corrompre des paramètres essentiels au fonctionnement des commandes de vol, affectant potentiellement les familles A318, A319, A320 et A321. Dans son premier communiqué du vendredi 28 novembre, Airbus indique avoir identifié " un nombre significatif d’appareils en service susceptibles d’être concernés" et, en lien avec l’EASA, l’agence européenne chargée de la sécurité aérienne, demande aux compagnies d’effectuer sans délai la mise à jour logicielle prévue ou l’intervention matérielle nécessaire pour les appareils concernés.
La réaction du groupe ne s’est pas fait attendre. La mise à jour logicielle a pu être déployée à distance sur l’immense majorité de la flotte, évitant une vague d’immobilisations prolongées. Dans son second communiqué, publié ce lundi 1er décembre, Airbus fait ainsi état d’un déploiement quasi complet : "la vaste majorité " des quelque 6 000 appareils potentiellement concernés a déjà reçu la modification nécessaire, et " moins de 100" restent encore à traiter avant de pouvoir reprendre leurs opérations normales.
Des perturbations limitées
Durant le week-end, les réseaux ont absorbé une grande partie du choc. Aux États-Unis, American Airlines indiquait samedi soir que seuls quatre de ses 209 avions restaient à mettre à jour, quand United et Delta maintenaient des programmes quasi intacts. JetBlue a en revanche dû annuler plusieurs dizaines de vols. En Europe, les grands opérateurs comme easyJet et Wizz Air ont mené les changements logiciels dans la nuit et prévu d’assurer leurs programmes de vols habituels. Le groupe Lufthansa, de son côté, n’anticipait pas d’annulations significatives. L’Asie-Pacifique a connu une situation plus contrastée, ANA supprimant 95 vols samedi, tandis qu’en Inde IndiGo finalisait les contrôles sur 160 de ses 200 appareils sans perturber ses opérations.
Même si la situation n’est pas encore totalement résolue, une chose est sûre, l’épisode a révélé la capacité d’Airbus à activer en urgence une campagne de rappel mondiale. Celle-ci a "démontré la réactivité de l’ensemble de la chaîne de maintenance de l’A320", souligne Deutsche Bank. "Une démonstration de leadership de la part d’Airbus, qui a clairement fait passer la sécurité avant tout, malgré le risque de fortes perturbations du trafic pendant le week-end de Thanksgiving ", ajoutent les analystes de la banque allemande.
Une montée en cadence toujours sous surveillance
La résolution rapide de l’incident n’efface toutefois pas totalement la question de son coût. Airbus n’a pas révisé ses prévisions pour 2025, ce qui suggère que l’impact financier du problème logiciel est encore en cours d’évaluation ou considéré comme limité à ce stade. Le faible nombre d’appareils encore immobilisés ce lundi, de l’ordre de 100, semble pour l’instant soutenir cette seconde hypothèse.
Les rumeurs sur un possible défaut de qualité en production, rappellent, elles, que la montée en cadence reste un point de vigilance dans un contexte industriel tendu. Elles tombent toutefois au moment le moins opportun pour un groupe qui sort tout juste d’une mobilisation mondiale autour des A320.
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